République dominicaine : des femmes haïtiennes contraintes d’accoucher dans la clandestinité par peur d’être expulsées

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En République dominicaine, la politique migratoire visant les ressortissants haïtiens continue de provoquer de nombreuses inquiétudes au sein des organisations de défense des droits humains. Selon une enquête publiée par le journal The New York Times, plusieurs femmes haïtiennes vivant sans papiers dans le pays voisin préfèrent désormais accoucher à domicile plutôt que de se rendre dans des hôpitaux publics, par crainte d’être arrêtées puis expulsées par les autorités migratoires dominicaines.

Depuis avril 2025, les autorités dominicaines ont renforcé les contrôles dans les centres hospitaliers publics. Des agents de migration sont déployés dans plusieurs établissements afin d’identifier les migrants en situation irrégulière après leur prise en charge médicale. Cette mesure touche principalement les Haïtiens qui ont fui l’insécurité, les violences armées et la crise humanitaire qui frappent Haïti depuis plusieurs années. Selon les statistiques relayées dans l’enquête, les accouchements de femmes haïtiennes dans les hôpitaux dominicains ont chuté de près de 60 % en seulement un an.

La peur des expulsions pousse les femmes à accoucher chez elles

Face à cette situation, de nombreuses femmes enceintes choisissent de rester cachées jusqu’au moment de l’accouchement. Certaines donnent naissance à leurs enfants dans des maisons abandonnées, des chambres insalubres ou encore des chantiers de construction, souvent sans assistance médicale adéquate. L’article du New York Times rapporte notamment le cas de Katty Joseph, une jeune Haïtienne de 20 ans qui affirme avoir accouché dans l’arrière-boutique d’un garage mécanique à Puerto Plata, dans le nord de la République dominicaine.

Selon son témoignage, elle aurait coupé elle-même le cordon ombilical de son bébé à l’aide d’une lame. L’enfant serait décédé moins de 24 heures après sa naissance. La jeune femme explique avoir refusé de se rendre à l’hôpital par peur d’être arrêtée par les services migratoires dominicains. Des médecins interrogés dans le cadre de l’enquête évoquent plusieurs causes possibles liées aux mauvaises conditions de l’accouchement, notamment une infection, un manque d’oxygène ou encore des complications dues à l’absence de soins médicaux.

Une politique migratoire dominicaine vivement critiquée

Le gouvernement du président Luis Abinader défend cette politique migratoire en affirmant qu’elle est nécessaire pour protéger la sécurité nationale et limiter la pression exercée sur les services publics dominicains. Les autorités soutiennent également que les migrants reçoivent les soins nécessaires avant toute procédure d’expulsion. Selon les données officielles citées dans l’enquête, plus de 478 000 Haïtiens ont été expulsés de la République dominicaine depuis janvier 2025.

Cependant, cette politique suscite de vives critiques au sein des organisations humanitaires et des institutions internationales. Plusieurs groupes de défense des droits humains dénoncent une mesure jugée inhumaine, particulièrement envers les femmes enceintes et les nouveau-nés. Des responsables des Nations unies ont également exprimé leurs préoccupations face aux conséquences humanitaires de ces expulsions dans un contexte où Haïti traverse une crise sécuritaire et sociale majeure.

Des risques sanitaires alarmants pour les mères et les nouveau nés

Des médecins, infirmières et sages-femmes interrogés par le quotidien américain alertent sur les dangers liés aux accouchements clandestins. Ils évoquent une hausse des risques d’hémorragies, d’infections graves, de septicémie et de décès maternels ou infantiles. L’enquête documente aussi le cas de Linline Poleis, une femme haïtienne de 28 ans décédée d’un choc septique quelques jours après avoir donné naissance à des jumeaux dans une maison en construction à Saint-Domingue.

Dans plusieurs régions du pays, des sages-femmes improvisées tentent désormais d’aider discrètement des femmes haïtiennes à accoucher. Certaines assurent accompagner gratuitement des futures mères qui n’ont ni les moyens financiers pour se rendre dans des cliniques privées, ni le courage de fréquenter les hôpitaux publics. Malgré cela, les conditions restent souvent précaires et dangereuses.

Alors que les tensions migratoires continuent de s’intensifier entre Haïti et la République dominicaine, cette situation met en lumière les conséquences humaines d’une politique migratoire de plus en plus stricte, au moment où des milliers de familles haïtiennes cherchent refuge dans le pays voisin pour échapper à la violence et à l’effondrement des services de base en Haïti.

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