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Après plus de vingt ans d’existence, le Jardin Botanique des Cayes a cessé ses activités dans un contexte de tensions autour du terrain. Son fondateur, William Cinéa, retrace une crise née d’un litige foncier ayant conduit à la perte d’un espace scientifique majeur.
Le Jardin Botanique des Cayes a été créé au début des années 2000 sur un terrain loué à la famille Gérard, avec l’accord de la mère des héritiers. Pendant plus de deux décennies, les relations entre les responsables du jardin et la famille auraient été marquées par la coopération. Selon William Cinéa, le projet s’est développé dans un climat de confiance, au point qu’une héritière aurait elle-même proposé de renommer l’initiative, initialement appelée « Haïti Verte », en « Jardin Botanique des Cayes ». Durant plus de vingt ans, le site s’est imposé comme un espace de référence pour la recherche, l’éducation et la sensibilisation à la biodiversité en Haïti, attirant élèves, étudiants, chercheurs et visiteurs.
La situation évolue en 2017 lorsqu’un héritier, par l’intermédiaire d’un avocat, transmet une promesse de vente portant sur l’ensemble du terrain, accompagnée d’une notification de rupture du contrat de bail. Face à cette décision, les responsables du jardin sollicitent l’intervention de l’État haïtien afin de faciliter l’acquisition du terrain. Des discussions sont engagées avec des institutions publiques, notamment le ministère de l’Environnement et l’Agence nationale des aires protégées (ANAP).
Un prix est évoqué, et il est demandé aux propriétaires de fournir les documents fonciers nécessaires à l’intégration du dossier dans le budget national. Mais selon la direction du jardin, ces documents ne seront jamais transmis. Le processus reste alors bloqué, notamment en raison de divergences entre héritiers sur la propriété du terrain. Au fil des années, le dossier n’avance pas. L’héritier concerné quitte le pays, tandis que la mère des héritiers décède en 2024, ce qui semble marquer un tournant dans la gestion du terrain.
Jusqu’à cette période, malgré les incertitudes, le jardin continue d’exister, bien que fragilisé par l’absence de sécurisation juridique définitive.
Selon William Cinéa, la situation bascule en 2025 lorsque l’épouse de l’héritier engage des démarches pour récupérer le terrain. Un délai de huit jours aurait alors été accordé aux responsables du jardin pour évacuer les lieux et déplacer les collections végétales accumulées sur plus de vingt ans. Peu après, l’accès au site est interdit au personnel.
Dans les semaines qui suivent, une partie du jardin est détruite. La direction affirme que des plantes natives et endémiques ont été coupées, certaines ont été transformées en charbon de bois, des zones ont été converties en plantations de bananes. Ces transformations marquent une rupture brutale avec la vocation initiale du site, dédié à la conservation et à la recherche scientifique.
Face à la situation, la direction indique avoir entrepris des démarches auprès du ministère de la Justice et du ministère de l’Environnement, ainsi que des interventions dans les médias.
Cependant, selon William Cinéa, aucune solution concrète n’a été mise en place à ce jour pour protéger le site ou résoudre le conflit.
Contrairement à certaines interprétations reliant la destruction d’espaces naturels à l’insécurité généralisée dans le pays, le fondateur du jardin insiste sur la nature spécifique du dossier. Selon lui, la situation du Jardin Botanique des Cayes n’est pas liée à des activités de gangs, mais à un litige foncier non résolu mettant en péril un espace scientifique et éducatif.
De ce fait, la disparition partielle du jardin représente une perte importante pour la recherche et l’éducation en Haïti. Le site constituait un espace de formation pour plusieurs générations d’étudiants et un lieu de conservation de la flore locale.
Au-delà du cas spécifique, cette situation soulève des questions plus larges sur la protection juridique des projets scientifiques et environnementaux dans le pays, en particulier lorsqu’ils reposent sur des terrains privés.
Pour la direction du jardin, l’enjeu dépasse le cadre d’un simple conflit de propriété. Il s’agit de préserver un patrimoine construit sur plus de deux décennies.
Alors que les démarches restent sans issue, une question demeure : comment protéger durablement les espaces scientifiques en Haïti lorsque leur existence dépend de cadres fonciers fragiles ?
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