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La Russie a appelé les ressortissants étrangers vivant dans la capitale ukrainienne, dont les personnels diplomatiques, à quitter la ville avant de nouveaux bombardements de l’armée russe, le lundi 25 mai 2026. Le ministère russe des Affaires étrangères, sans donner de délai précis, indique que ces frappes « seront menées sur des centres de décision » et des « entreprises du complexe militaro-industriel » de la capitale ukrainienne. Une menace dénoncée par la présidente de la Commission européenne et l’ONU, ainsi qu’une cinquantaine d’États.
Selon le locataire de l’Élysée, Emmanuel Macron, il s’agit d’une « fuite en avant ». Pour le spécialiste du conflit Ulrich Bounat : « Il y a un besoin, de la part du Kremlin, de réaffirmer sa puissance après avoir fait, le 9 mai dernier, une démonstration de faiblesse. »
Selon les autorités ukrainiennes, l’Ukraine a été visée le week-end dernier par d’intenses frappes russes nocturnes qui ont particulièrement ciblé Kiev, faisant au total quatre morts et une centaine de blessés. Les habitants de la capitale ukrainienne ont de nouveau été plongés sous les bombes. Dimanche matin, l’armée ukrainienne a indiqué que la Russie avait lancé « 90 missiles et 600 drones », dont respectivement 55 et 549 ont été interceptés. Depuis le début de l’invasion en février 2022, il s’agit de l’un des pires assauts aériens.
Après ce week-end qualifié de « meurtrier », la Russie fait planer la menace d’une nouvelle escalade dans ses attaques sur Kiev. Le but de cette communication est d’effrayer les Ukrainiens, mais également de rassurer les Russes sur la puissance du Kremlin à un moment où les difficultés s’accumulent.
En effet, parmi les projectiles lancés contre l’Ukraine, l’un a retenu l’attention : le missile balistique hypersonique Orechnik. D’une portée intermédiaire pouvant atteindre 5 000 km et capable de transporter des ogives nucléaires, cette arme a été utilisée le week-end dernier pour la troisième fois seulement depuis le début de la guerre et pour la première fois dans la zone de Kiev.
Au risque de causer des dommages collatéraux dans le cadre du lancement de ses missiles sur la capitale ukrainienne, Moscou appelle les étrangers à plier bagage. Comme justification, la Russie a fait savoir qu’elle entrait dans cette escalade en raison des récentes attaques de drones lancées par Kiev en Russie et dans les territoires ukrainiens occupés, notamment celle ayant visé vendredi le dortoir d’un lycée à Starobilsk, dans la région occupée de Lougansk.
Selon le dernier bilan russe, cette frappe a fait 21 morts et plus de 40 blessés. Après cette attaque, le Kremlin promet de se venger. Ainsi, dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a annoncé lundi le lancement de « frappes systématiques et répétées contre des entreprises de l’industrie de défense ukrainienne à Kiev, notamment des installations spécialisées dans la conception, la fabrication et la programmation de drones ». Le ministère a prévenu que « les frappes viseront les centres de décision et les postes de commandement ».
L’Union européenne (UE) a annoncé que le chargé d’affaires russe à Bruxelles avait été convoqué ce mardi 26 mai 2026 en signe de protestation et a assuré que la délégation de l’UE resterait présente à Kiev. Plusieurs pays européens ont eux aussi agi de la sorte. Ainsi, à l’ONU, une cinquantaine d’États ont dénoncé les « menaces » de la Russie.
Entre-temps, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, en visite mardi en Lituanie, a rappelé que toute pression exercée sur les pays baltes concernait l’ensemble de l’Europe. Elle a déclaré : « Quand les États baltes sont testés, toute l’Europe est testée. »
Alors que plusieurs services de renseignement occidentaux estiment que, depuis décembre 2025, les pertes russes sur le front seraient très élevées, autour de 35 000 soldats par mois, un rythme supérieur aux capacités actuelles de recrutement du Kremlin, la poursuite de la guerre à ce niveau pourrait devenir de plus en plus difficile pour Moscou sans mobilisation forcée. La Russie multiplie pour l’instant les mesures afin de tenter de renforcer son armée.
Vladimir Poutine, en plus de proposer des salaires mirobolants, vient de signer un décret accordant un allègement de dette aux nouvelles recrues engagées dans la guerre en Ukraine, ainsi qu’à leurs conjoints. Cette mesure s’inscrit dans un ensemble plus large d’incitations destinées à renforcer les effectifs militaires dans un contexte de guerre qui s’enlise et de contestation grandissante au sein de la population.
Selon les autorités locales, les bombardements russes intenses qui ont frappé Kiev et sa région dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 mai 2026 ont fait quatre morts et plus de 60 blessés. Par ailleurs, Vitali Klitschko, maire de Kiev, a indiqué sur Telegram que le bilan des victimes des bombardements nocturnes était monté à deux morts et 56 blessés dans la capitale durement touchée.
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a déclaré : « Trois missiles russes sur une infrastructure d’approvisionnement en eau, un marché incendié, des dizaines d’immeubles résidentiels endommagés, plusieurs écoles ordinaires, et le président russe Vladimir Poutine a lancé son “Orechnik” contre Bila Tserkva. Ils sont vraiment fous. »
Selon plusieurs institutions, le musée d’art national, l’Opéra, le bâtiment du ministère des Affaires étrangères ainsi que ceux du studio de la chaîne allemande ARD et du média DW ont également subi des dégâts. Selon le président Volodymyr Zelensky, le musée de Tchernobyl a été détruit.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a indiqué sur X que, dans la nuit du samedi 24 mai 2026, le bureau de l’Organisation mondiale de la Santé avait « été frappé par les débris de l’une des nombreuses frappes sur la ville, qui ont abîmé des fenêtres du deuxième étage ».
Les autorités locales ont également indiqué que deux personnes avaient été tuées lundi dans des frappes ukrainiennes dans les régions russes de Belgorod et de Briansk, frontalières de l’Ukraine.
Le gouverneur de la région de Kharkiv, Oleg Synegoubov, a indiqué que deux hommes, âgés de 68 ans et 25 ans, avaient été tués et que, parmi les 19 blessés, 17 avaient été hospitalisés, dont trois dans un état grave.
Depuis 2022, Moscou demande aux « ressortissants étrangers, y compris le personnel des missions diplomatiques et des organisations internationales », de quitter la ville « au plus vite », étant donné que les installations visées « sont dispersées dans tout Kiev ».
En ce sens, Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, a renouvelé cet appel lors d’un échange téléphonique avec son homologue américain Marco Rubio, exhortant les États-Unis à évacuer leur ambassade à Kiev.
Par ailleurs, plusieurs experts du conflit s’interrogent :
Escalade militaire ou symbolique ? Bombardements massifs, utilisation d’une arme pouvant emporter une charge nucléaire, pression sur les ressortissants étrangers : Moscou est-il en train de passer à la vitesse supérieure dans son harcèlement de la capitale ukrainienne ? Pas forcément.
La réaction d’un spécialiste de l’Europe de l’Est et chercheur associé chez Euro Créative
Ulrich Bounat, dans son analyse pour BFM, a déclaré : « Il y a, de la part des Russes, une volonté de dramatiser les choses, de se placer dans une posture d’escalade, en tout cas d’un point de vue rhétorique et symbolique. »
En revanche, sur le terrain militaire, la situation, quoique dramatique pour les habitants de Kiev, n’a pas fondamentalement changé. L’annonce par Moscou de frappes contre des sites militaires ne change pas non plus la donne.
Ulrich Bounat note : « L’usine militaire Artem de Kiev a déjà été visée à de très nombreuses reprises. Elle a été visée il n’y a pas plus tard qu’il y a deux jours. On a un peu du mal à comprendre ce que veulent dire les Russes quand ils parlent d’accentuer leurs frappes sur les objectifs militaires. »
Le chercheur poursuit : « La seule escalade notable qu’on pourrait avoir, ce serait des frappes sur les lieux de pouvoir qui, pour l’instant, ont été assez épargnés dans une sorte d’accord tacite entre Kiev et Moscou. Mais ils savent que s’ils font ça, ils s’exposent à des représailles sur la capitale russe. »
De fait, comme l’a observé l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), ces influenceurs nationalistes « ont vivement critiqué les frappes du 24 mai, les qualifiant de coûteuses et inutiles militairement, et ont affirmé que la frappe d’Oreshnik contre Bila Tserkva ne visait aucun objectif militaire significatif ».
Parallèlement, les blogueurs russes ont également jugé les frappes « onéreuses et inefficaces pour l’effort de guerre, alors que les forces russes manquent de ressources et sont incapables de progresser sur la ligne de front ».
Le spécialiste du conflit Ulrich Bounat explique : « Au-delà du message envoyé aux Occidentaux, le redoublement de violence contre Kiev a aussi une portée politique interne. »
« Il y a un besoin, de la part du Kremlin, de réaffirmer sa puissance après avoir fait, le 9 mai dernier, une démonstration de faiblesse », a-t-il ajouté.
Le président français Emmanuel Macron a déclaré : « Après quatre années d’une guerre terriblement meurtrière pour son peuple, l’objectif de Vladimir Poutine, au pouvoir depuis 26 ans, de s’emparer de la totalité de la région industrielle ukrainienne du Donbass n’est toujours pas atteint. »
Selon une analyse de l’Agence France-Presse (AFP) basée sur les données de l’Institut pour l’étude de la guerre, les forces russes ont perdu du terrain en Ukraine entre mars et avril pour la première fois depuis l’été 2023.
De son côté, le consultant défense pour BFMTV, Jérôme Pellistrandi, estime que « Vladimir Poutine utilise la menace, y compris nucléaire, contre l’Europe et les autorités ukrainiennes pour débloquer la situation et obliger Kiev à négocier alors qu’en réalité, c’est lui qui est en difficulté ».
Convocation de l’ambassadeur de la Fédération de Russie après les bombardements
Dans un communiqué, un porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a annoncé que la France avait convoqué mercredi 27 mai 2026 l’ambassadeur russe après l’appel de Moscou aux diplomates étrangers à quitter Kiev avant de nouvelles frappes sur la capitale ukrainienne, déjà bombardée le week-end précédent.
« À la suite des frappes massives du week-end dernier et face aux menaces inacceptables pesant sur les civils ukrainiens et les diplomates étrangers, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères convoque, à la demande du ministre, l’ambassadeur de la Fédération de Russie en France. »
Références
BFMTV, « Appel à évacuer les ambassades, missiles Orechnik… Vladimir Poutine fait monter la pression sur Kiev face à des difficultés sur le front ukrainien et en Russie », consulté le 28 mai 2026.
France TV, « Alerte aux ambassades… Poutine veut-il détruire Kiev ? », consulté le 28 mai 2026.
TF1 Info, « Guerre en Ukraine : la Russie appelle les ressortissants étrangers à quitter Kiev avant de nouvelles frappes », consulté le 28 mai 2026.
Le Figaro, « Guerre en Ukraine : la France convoque l’ambassadeur de Russie après de nouvelles menaces russes contre Kiev », consulté le 28 mai 2026.
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