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Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a effectué le 16 juin 2026 sa deuxième visite officielle en Haïti depuis son déplacement de juillet 2023. Présent dans le pays dans le cadre d’une « visite de solidarité », il est venu constater de près l’ampleur de la crise sécuritaire et humanitaire qui frappe la population haïtienne, tout en plaidant pour une mobilisation accrue de la communauté internationale.
Selon le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), António Guterres a rencontré des femmes, des hommes et des enfants dont la vie a été profondément bouleversée par la violence des gangs. Cette visite lui a permis d’observer directement les défis sécuritaires et humanitaires auxquels le pays est confronté, ainsi que les efforts déployés par les autorités nationales et les partenaires internationaux pour tenter de rétablir la stabilité.
À l’issue de son déplacement, le chef de l’ONU a également tenu une conférence de presse afin d’évaluer l’appui apporté par l’organisation internationale face à la crise multidimensionnelle que traverse Haïti, notamment le soutien logistique et opérationnel accordé à la Force de répression des gangs (FRG), conformément aux résolutions adoptées par le Conseil de sécurité.
Les chiffres présentés par le BINUH témoignent de l’ampleur de la crise. Aujourd’hui, plus de 6,4 millions de personnes, soit plus d’un Haïtien sur deux, ont besoin d’une assistance humanitaire. Près de 1,5 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays en raison des violences, tandis que près de 6 millions d’Haïtiens souffrent d’insécurité alimentaire sévère.
Les femmes et les enfants figurent parmi les principales victimes de cette situation, marquée par la multiplication des déplacements forcés, des violences sexuelles et du recrutement d’enfants par les groupes armés.
Pour le chercheur en droit international et gouvernance Jonel Dilhomme, cette visite dépasse largement le cadre protocolaire.
Selon lui, la présence d’António Guterres intervient à un moment particulièrement sensible de l’histoire nationale et constitue un message fort adressé au peuple haïtien : la communauté internationale n’abandonne pas Haïti.
Le juriste estime toutefois que cette visite doit également conduire à une réflexion approfondie sur les relations entre Haïti et les Nations Unies, ainsi que sur la responsabilité des institutions nationales dans la construction d’un avenir plus stable.
Lors de son séjour, le secrétaire général de l’ONU a salué le travail du personnel humanitaire, majoritairement haïtien, qui continue d’intervenir malgré les risques sécuritaires. Grâce à ces efforts, près de trois millions de personnes ont reçu une assistance vitale au cours de l’année écoulée.
Cependant, le plan de réponse humanitaire des Nations Unies pour 2026, évalué à 880 millions de dollars afin d’aider 4,2 millions de personnes, demeure largement sous-financé.
« Haïti ne demande pas la charité. Haïti demande que le monde tienne parole », a déclaré António Guterres, soulignant l’urgence d’une mobilisation internationale plus importante.
Selon les données du BINUH, plus de vingt femmes et filles ont été victimes d’agressions sexuelles chaque jour en moyenne durant le premier trimestre de 2026.
Le recrutement d’enfants par les gangs a également fortement augmenté. Désormais, jusqu’à un membre de gang sur deux serait mineur. Une situation que le chef de l’ONU a qualifiée d’« absolument intolérable ».
« Cela doit cesser », a-t-il insisté.
Des réactions partagées au sein de la population
Dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince, la visite d’António Guterres a suscité des réactions mitigées.
Certains jeunes estiment que ce déplacement ne modifiera pas concrètement leur quotidien, marqué par l’insécurité, la pauvreté et les déplacements forcés.
D’autres y voient néanmoins un signal positif de l’attention portée à la crise haïtienne par la communauté internationale, tout en soulignant que cette visite ne produira d’effets réels que si elle débouche sur des actions concrètes en matière de sécurité, d’assistance humanitaire et d’organisation des élections.
Cette visite intervient dans un contexte marqué par la mise en place de la Force de répression des gangs (FRG), appelée à remplacer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), jugée insuffisamment équipée pour répondre à l’ampleur de la menace.
Selon les derniers rapports onusiens, les opérations menées par la Police nationale d’Haïti, appuyées par des moyens technologiques et certains groupes d’autodéfense, ont permis de ralentir l’expansion des gangs dans la capitale, même si ceux-ci continuent de contrôler une grande partie de Port-au-Prince.
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a récemment indiqué que les violences des gangs avaient causé au moins 2 300 morts, 1 100 blessés et 99 enlèvements depuis le début de l’année 2026.
« Je vous demande pardon »
L’un des moments les plus marquants de cette visite a été la rencontre d’António Guterres avec des familles déplacées vivant dans un centre d’hébergement de Port-au-Prince.
Face à des femmes ayant tout perdu à cause des violences, le secrétaire général de l’ONU a exprimé son regret de ne pas avoir réussi à mobiliser davantage la communauté internationale.
« Je vous demande pardon de n’avoir pas été capable de mobiliser la communauté internationale », a-t-il déclaré.
Un message fort qui illustre à la fois l’ampleur du drame humanitaire haïtien et les limites de la réponse internationale face à une crise qui continue de s’aggraver.
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