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Les États-Unis ont tout fait pour asphyxier l’économie cubaine en imposant un embargo datant de soixante ans avec une loi de Robert Torricelli qui le durcit davantage. Malgré les avancées faites sous l’administration de Barack Obama dans son second mandat, le Congrès américain ne prend toujours pas la décision de lever l’embargo. L’actuelle administration de Donald J. Trump menacait d’envahir Cuba au lieu de remédier à la situation à laquelle l’île est confrontée, après avoir fait capturer le président du Vénézuéla Nicolás Maduro et son épouse pour les emprisonner aux États-Unis.
En effet, lundi 2 mars 2026, le président cubain Miguel Díaz-Canel a annoncé la nécessité “urgente” de modifier le modèle économique de l’île communiste. Cuba subit une grave crise humanitaire, accentuée par le durcissement de l’embargo américain par Donald Trump.
Selon un expert interrogé par TV5MONDE, Thomas Posado, cette annonce pose la question de la pérennité du régime autoritaire. Une annonce qui, d’apparence, semble être drastique. Selon les médias d’État, Miguel Díaz-Canel lors du Conseil des ministres de Cuba ce jour-là, a déclaré : « Nous devons nous concentrer immédiatement sur la mise en œuvre des transformations les plus nécessaires du modèle économique et social ».
Avec une intensification des pénuries de nourriture, de produits de première nécessité, d’essence, au point où Air France a annoncé le mercredi 4 mars 2026, la suspension de ses vols vers La Havane de fin-mars à la mi-juin. Les conséquences sont extrêmement lourdes. Ainsi, les systèmes de ramassage des ordures peinent à fonctionner. Entretemps, l’accès aux soins en péril. Le volume des cours dans les écoles a été réduit.
En effet, c’est l’une des rivalités les plus anciennes de l’histoire contemporaine : la première puissance mondiale contre une île de moins de 10 millions d’habitants.
Les États-Unis et Cuba sont en conflit depuis le triomphe de la révolution socialiste de Fidel Castro, il y a plus de soixante ans.
Durant cette période, Cuba a subi une invasion soutenue par la CIA, a été menacée d’une confrontation nucléaire et a connu plusieurs crises migratoires.
Des générations de Cubains et d’Américains ont vécu sous le joug d’un antagonisme politique qui demeure irrésolu. Ces dernières décennies, les deux pays ont maintenu un calme précaire, ponctué de hauts et de bas. Par contre, le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2025 a ravivé les tensions. Son administration a durci l’embargo économique en vigueur depuis les années 1960, que La Havane considère comme responsable d’une grande partie de ses difficultés, et a pris des mesures pour entraver l’approvisionnement de Cuba en carburant. De fait, cela aggrave la crise énergétique, économique et sociale qui frappe déjà l’île, crise exacerbée par l’effondrement du soutien vénézuélien suite à la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine début janvier.
Le 15 février 1898, le cuirassé américain Maine explosa dans le port de La Havane. Plus de 260 membres d’équipage périrent.
Suite au naufrage, une commission d’enquête de la marine américaine conclut que le navire avait été détruit par une mine sous-marine. Les soupçons se portèrent sur l’Espagne, alors en guerre contre les rebelles cubains qui luttaient pour leur indépendance depuis 1895. En avril, les États-Unis intervinrent militairement dans le conflit, déclenchant la guerre hispano-américaine, qui précipita la fin de la souveraineté espagnole sur Cuba après plus de quatre siècles de domination coloniale. Ainsi, en 1976, une enquête ultérieure de la marine américaine conclut que l’explosion avait probablement été causée par un incendie interne ayant provoqué la détonation des munitions du navire, et non par une mine espagnole ou un acte de sabotage.
Après la défaite de l’Espagne, l’économie, les infrastructures et l’industrie cubaines furent dévastées par la guerre. Le pays devait se reconstruire, et les États-Unis jouèrent un rôle fondamental.
« Les hommes d’affaires américains y trouvèrent des opportunités à des prix très avantageux. Les États-Unis s’engagèrent directement dans l’économie cubaine », expliqua le professeur Michael Bustamante de l’Université de Miami à BBC Mundo.
Entre 1898 et 1902, Cuba fonctionna comme un protectorat américain. Elle n’accéda à l’indépendance qu’en 1902. Cependant, sa première Constitution comportait des clauses obscures. Plus précisément, un amendement, le Platt, en vigueur de 1901 à 1934, maintenait de fait l’île sous l’influence directe de Washington.
« C’était une république indépendante, mais avec un contrôle politique extérieur manifeste exercé par les États-Unis, qui s’arrogeaient le droit d’intervenir dans les affaires intérieures de Cuba », précisa Bustamante. L’article 3 du premier amendement accordait explicitement aux États-Unis le droit d’exercer ce droit.
C’est ce même document qui a permis, par exemple, la création de la base navale de Guantanamo, qui demeure active et sous contrôle américain à ce jour.
Embargo imposé après une vague de nationalisations des entreprises américaines
En effet, la rupture entre Cuba et les États-Unis ne s’est pas faite automatiquement.
« En réalité, certains au Département d’État pensaient que Castro était simplement un nationaliste et souhaitait entretenir de bonnes relations avec le nouveau gouvernement », se souvient Bustamante. Cependant, au début des années 1960, deux événements ont fragilisé ces relations.
Tout d’abord, une réforme agraire lancée par Castro, proposant la nationalisation d’une partie des terres contrôlées par les États-Unis.
Bustamante précise qu’il ne s’agissait pas encore d’une idée communiste, car elle n’impliquait pas une expropriation générale. Il explique que : « C’était plutôt une vision d’un capitalisme réformé ».
L’inquiétude des États-Unis s’est rapidement manifestée aux États-Unis, notamment avec la visite du diplomate soviétique Anastas Mikoyan à Cuba pour signer des accords avec le gouvernement. Le principal rival géopolitique et économique des États-Unis, l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), gagnait du terrain dans sa propre zone d’influence. Ainsi, l’un des accords entre La Havane et Moscou prévoyait l’échange de sucre cubain contre du pétrole brut russe.
Le problème ? Plusieurs raffineries cubaines appartenaient à des Américains.
Bustamante continue pour expliquer que « Lorsque les États-Unis ont ordonné à leurs entreprises de refuser de traiter le pétrole russe, le gouvernement cubain a saisi les raffineries et les a nationalisées ».
Washington a réagi en réduisant le quota de sucre garanti à Cuba sur le marché américain, et Moscou est devenu le principal acheteur de sucre cubain.
De fait, cela a déclenché la première phase de l’embargo économique américain, auquel La Havane a répondu par la nationalisation complète des industries et entreprises américaines. En janvier 1961, la rupture des relations était totale et Castro a amorcé le tournant socialiste de sa révolution.
C’était un coup dur pour Cuba la disparition de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), son principal partenaire commercial : entre 1991 et 1994, le produit intérieur brut (PIB) de l’île plonge de 35 %. Par la suite, trois ans après l’arrivée de M. George H. Bush au pouvoir, en 1992, le Congrès américain adopte la loi Torricelli, qui intensifie les sanctions contre la population cubaine au prétexte de promouvoir les droits humains.
Selon le représentant Robert Torricelli, son objectif était de : « semer le désordre dans l’île » (The Baltimore Sun, 30 août 1994). La loi confère notamment aux sanctions un caractère extraterritorial, pourtant interdit par le droit international (a priori, la loi française ne s’applique pas en Allemagne !).
Depuis, tout navire étranger — quelle que soit sa provenance — accostant dans un port cubain se voit interdire l’entrée aux États-Unis pendant six mois. En d’autres termes, les entreprises maritimes opérant dans la région doivent choisir de commercer ou bien avec Cuba ou bien avec les États-Unis. Par ailleurs, la loi Torricelli impose des sanctions à tout pays apportant une assistance à Cuba : si par exemple, le Mexique octroie une aide de 100 millions de dollars à La Havane, Washington diminue d’autant son aide à Mexico.
Dans le cadre d’un processus visant à mettre fin à l’embargo à Cuba, sous l’administration de Barack Obama le 17 décembre 2014, La Havane et Washington annonçaient le rétablissement de leurs relations diplomatiques. Lors de son allocution télévisée, le président cubain à l’époque Raúl Castro, a observé : « Cela ne veut pas dire que le problème principal est résolu ». En effet, la question de l’embargo demeure, que seul le Congrès américain peut lever. Celui-ci étrangle l’économie de l’île depuis bientôt cinquante-trois ans.
Par ailleurs, l’impact est dramatique. Les États-Unis ont toujours constitué le marché naturel de Cuba. En 1959, 73 % des exportations de l’île étaient destinées au voisin du Nord ; 70 % des importations en provenaient. Ces échanges s’assèchent totalement en quelques semaines.
Même si effectivement il n’y a pas de restauration entière du capitalisme, mais depuis une trentaine d’années, le système économique communiste a subi des modifications assez nettes. Mais Thomas Posado, maître de conférence en civilisation latino-américaine à l’Université de Rouen explique à TV5MONDE qu’il y a des restaurations du capitalisme dans des espaces qui sont cédés au secteur privé.
Ainsi, le politologue et avocat cubain Roberto Veiga Gonzalez, directeur du centre d’études Cuba Próxima, contacté par TV5MONDE, va plus loin dans son analyse : « Depuis longtemps déjà, Cuba n’est plus gouvernée par un modèle communiste ou même tout autre modèle, mais par une paralysie qui découle d’un dilemme auquel est confrontée la classe dirigeante en termes de réformes, d’insécurité et de fantasme du contrôle », décrit-il.
Avant tout, il ne passe guère plus de vingt-quatre heures sans que la presse ou un homme politique n’évoque la responsabilité de l’embargo pour justifier les piètres résultats de l’économie cubaine. Selon le gouvernement, en 1995, le coût cumulé de l’embargo depuis 1962 correspond à une dépense aupplémentaire de soixante milliards de dollars.
De surcroît, impossibles à chiffrer précisément, les effets négatifs de l’embargo sont surtout visibles au regard des problèmes de financement que rencontre Cuba. Les conséquences de l’embargo américain sont visibles. Il empêche les Cubains d’accéder aux crédits à long terme garantis par les grandes institutions de financement internationales les contraignant ainsi à se financer à court terme à des taux très élevés.
RÉFÉRENCES
https://www.bbc.com › Comment la rivalité historique entre les États-Unis et Cuba a commencé/consulté le lundi 27 avril 2026.
https://www.monde-diplomatique.fr › Petite histoire de l’embargo américain contre Cuba/consulté le lundi 27 avril 2026.
https://information.tv5monde.com › “Ils sont au pied du mur”: le modèle communiste à Cuba est-il en train de flancher face à l’embargo des États-Unis?/consulté le lundi 27 avril 2026.
https://www.irenee.net › La crise de l’économie cubaine, facteur de transformation politique ?/consulté le lundi 27 avril 2026.
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