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En République démocratique du Congo, le débat autour d’un éventuel troisième mandat présidentiel revient au centre de l’actualité politique. Lors d’une conférence tenue le mercredi 7 mai 2026 à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a déclaré : « Je n’ai pas sollicité un troisième mandat. Mais, je vous le dis, si le peuple veut que j’aie un troisième mandat, j’accepterai ». Une déclaration qui intervient alors que la Constitution congolaise limite pourtant le nombre de mandats présidentiels à deux quinquennats non révisables.
Selon l’article 220 de la Constitution de 2006, le nombre et la durée des mandats présidentiels « ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ». Malgré cette disposition, le chef de l’État congolais envisage une réforme par voie référendaire. Il justifie cette perspective par le contexte sécuritaire actuel dans l’est du pays, marqué par les affrontements impliquant l’AFC/M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le président accuse également le Rwanda voisin de soutenir militairement cette rébellion, une situation qui pourrait, selon lui, conduire au report des élections prévues en 2028.
Mais cette volonté de réforme ne date pas d’aujourd’hui. Dès octobre 2024, soit quelques mois après sa réélection, Félix Tshisekedi avait déjà évoqué l’idée d’une nouvelle Constitution. À l’époque, lors d’un meeting à Kisangani, il avait annoncé la création d’une commission chargée de réfléchir à un nouveau texte constitutionnel, estimant que la question du nombre de mandats relevait avant tout de la volonté populaire. Malgré les critiques de l’opposition et de plusieurs organisations de la société civile, il avait ensuite réaffirmé cette position à Lubumbashi.
Né le 13 juin 1963 à Kinshasa, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo dirige la RDC depuis le 24 janvier 2019. Fils de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, il s’est imposé progressivement comme l’une des principales figures politiques du pays à travers l’UDPS, formation politique fondée par son père. Élu député national en 2011, il avait refusé de siéger pour dénoncer des fraudes électorales avant de prendre la tête du parti après le décès de son père en 2017. En décembre 2018, il devient le cinquième président de la RDC à l’issue de la première transition pacifique du pouvoir dans l’histoire du pays.
Parallèlement aux débats institutionnels, l’est de la RDC reste plongé dans une crise sécuritaire persistante. Depuis plusieurs décennies, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont le théâtre de conflits ethniques et armés complexes. Ces tensions trouvent leurs origines dans les migrations régionales, les rivalités communautaires et les conséquences des crises successives au Rwanda voisin. Les affrontements impliquant différentes communautés et groupes armés ont fragilisé durablement cette région stratégique du pays.
Pour les partisans du président Tshisekedi, la Constitution actuelle serait devenue inadaptée aux réalités politiques et territoriales de ce vaste pays de plus de 110 millions d’habitants. Ils défendent l’idée d’une réforme institutionnelle capable de mieux refléter les équilibres nationaux. À l’inverse, plusieurs analystes et acteurs politiques dénoncent une tentative de prolongation du pouvoir.
Le politologue Jean-Claude Mputu estime d’ailleurs qu’un référendum ne permettrait pas automatiquement au président de remettre les compteurs à zéro. Selon lui, même en cas de nouvelle Constitution, Félix Tshisekedi devrait terminer son second mandat sans pouvoir se représenter. Pour cet analyste, une réforme constitutionnelle pourrait davantage constituer un héritage politique qu’un véritable levier juridique pour un troisième mandat.
Dans ce contexte, une question demeure au cœur du débat politique congolais : si une réforme constitutionnelle ne permettait finalement pas à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, quel serait alors le véritable objectif de cette initiative ? Pour certains observateurs, il pourrait s’agir de redéfinir durablement les institutions du pays. Pour d’autres, cette démarche traduit surtout les tensions persistantes autour de l’alternance démocratique en RDC.
RÉFÉRENCES
https://www.jeuneafrique.com › Félix Tshisekedi : « Si le peuple veut que j’ai un troisième mandat, j’accepterai »/consulté le vendredi 8 mai 2026.
https://www.lemonde.fr › En RDC, le président Félix Tshisekedi ne compte pas céder sa place/consulté le vendredi 8 mai 2026.
https://www.rfi.fr › RDC: révision de la Constitution, qui fait quoi, comment et pourquoi ?/consulté le vendredi 8 mai 2026.
https://presidence.cd › Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo/consulté le vendredi 8 mai 2026.
https://shs.cairn.info › La dynamique des conflits ethniques au Nord-Kivu : une réflexion prospective/consulté le vendredi 8 mai 2026.
https://www.dw.com › RDC: Félix Tshisekedi n’exlut pas de briguer un troisième mandat/consulté le vendredi 8 mai 2026.
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