Caracas et une partie de l’opposition vénézuélienne négocient un accord qui pourrait permettre de transférer aux États-Unis quelque 31 tonnes d’or actuellement conservées dans les coffres de la Banque d’Angleterre. Évaluées à environ 4 milliards de dollars, ces réserves pourraient notamment servir de garantie pour financer la reconstruction du Venezuela après les séismes meurtriers du 24 juin.

 

Le Venezuela se rapproche d’un accord destiné à débloquer une partie de ses réserves d’or immobilisées depuis plusieurs années au Royaume-Uni. Selon des informations rapportées le 18 septembre 2026 par le Financial Times et relayées par Reuters, le gouvernement intérimaire dirigé par Delcy Rodríguez et une faction de l’opposition seraient proches d’un compromis pour transférer environ 4 milliards de dollars d’or de la Banque d’Angleterre vers la Réserve fédérale de New York. Reuters précise toutefois que le contenu du projet, rapporté par des personnes proches des négociations, n’avait pas pu être vérifié indépendamment au moment de sa publication.

 

Un transfert encore soumis à plusieurs conditions

 

Les réserves concernées représentent environ 31 tonnes métriques d’or détenues dans les coffres de la Banque d’Angleterre. Dans le scénario actuellement discuté, le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez obtiendrait le contrôle juridique des avoirs, mais ne pourrait pas immédiatement vendre les lingots. Ceux-ci pourraient plutôt être transférés à la Federal Reserve Bank of New York ou placés sous une forme de gestion américaine, afin de servir notamment de garantie à des emprunts destinés à financer des projets publics.

 

L’objectif évoqué dans les négociations est notamment de mobiliser ces actifs pour la reconstruction du pays. Des sources citées par Reuters indiquent que l’opposition souhaite qu’un mécanisme de transparence soit mis en place, avec une surveillance américaine et une validation des projets financés grâce aux ressources libérées. Le transfert définitif reste néanmoins conditionné à la résolution des questions juridiques entourant le contrôle de ces réserves.

 

Un litige qui remonte à la crise politique de 2019

 

Le dossier de l’or vénézuélien est au cœur d’une bataille judiciaire britannique depuis plusieurs années. Après la crise politique déclenchée en 2019, deux conseils d’administration rivaux de la Banque centrale du Venezuela, l’un associé au gouvernement de Nicolás Maduro et l’autre au camp de Juan Guaidó, avaient revendiqué le pouvoir de donner des instructions concernant les réserves détenues à Londres.

 

En décembre 2021, la Cour suprême du Royaume-Uni a examiné précisément cette question de la représentation de la Banque centrale vénézuélienne. La juridiction a confirmé que les tribunaux britanniques devaient tenir compte de la position du gouvernement britannique concernant la reconnaissance de Juan Guaidó comme président intérimaire à l'époque, tout en renvoyant certains aspects du litige devant la juridiction commerciale.

 

Cette bataille juridique a contribué à maintenir les réserves immobilisées. Selon Reuters, la Banque d’Angleterre détient depuis plusieurs années environ 31 tonnes d’or vénézuélien, dont la valeur est aujourd’hui estimée à près de 4 milliards de dollars.

 

Londres amorce un rapprochement avec Caracas

 

Le contexte diplomatique a toutefois évolué en septembre 2026. Le Royaume-Uni a annoncé le 15 septembre sa décision de rehausser ses relations diplomatiques avec le Venezuela et de nommer un ambassadeur. Londres a précisé que cette évolution ne constituait pas une modification de sa position sur les processus électoraux vénézuéliens et ne signifiait pas un soutien à un parti politique particulier.

 

Cette évolution pourrait faciliter le règlement du dossier de l’or, alors que Caracas cherche parallèlement à rétablir ses relations économiques et financières avec plusieurs institutions internationales. Les discussions portent également sur les investissements pétroliers, la restructuration de la dette et la reprise progressive de l’activité économique.

 

Les séismes de juin ont renforcé l'urgence financière

 

Le projet intervient alors que le Venezuela tente de faire face aux conséquences des deux puissants séismes survenus le 24 juin 2026. Les secousses, de magnitude 7,2 et 7,5, ont frappé le nord du pays à seulement 39 secondes d’intervalle. Le bilan humain a ensuite dépassé les 6 000 morts selon les autorités vénézuéliennes.

 

L’ampleur des dégâts a également évolué au fil des évaluations. Le PNUD avait estimé, dans une première évaluation réalisée quelques jours après la catastrophe, les dommages physiques directs à environ 6,7 milliards de dollars. Plus tard, la Banque mondiale a évalué les dommages directs à environ 19,6 milliards de dollars.

 

Face à cette situation, le gouvernement vénézuélien cherche à mobiliser des ressources pour reconstruire les logements, les infrastructures de santé et le réseau électrique, tout en dégageant les décombres. Le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez, avait déjà annoncé en août que la récupération des réserves détenues à Londres faisait partie des priorités du gouvernement.

 

Une économie toujours confrontée à une inflation très élevée

 

La question de l’or intervient également dans un contexte économique extrêmement difficile. En juillet, l’inflation mensuelle vénézuélienne a atteint 19,9 %, contre 13,8 % en juin, selon les données de la Banque centrale reprises par Reuters. Sur un an, Reuters estimait alors l’inflation à 575,9 %, principalement dans un contexte de forte dépréciation de la monnaie et de perturbations économiques liées notamment aux séismes.

 

Le gouvernement de Delcy Rodríguez cherche ainsi à récupérer les actifs vénézuéliens détenus à l'étranger tout en négociant avec les États-Unis et les institutions financières internationales. Lors de son déplacement à New York en septembre, la présidente intérimaire a notamment participé à des discussions concernant la dette, l'énergie, les investissements et la reconstruction du pays.

 

Une réserve stratégique plutôt qu'une vente immédiate

 

L’un des points essentiels du projet actuellement discuté est donc que les 4 milliards de dollars d’or ne seraient pas nécessairement transformés immédiatement en liquidités. Selon le scénario rapporté par Reuters et le Financial Times, les réserves pourraient servir de garantie pour des emprunts publics, notamment destinés à financer la reconstruction après les séismes.

 

Le transfert vers New York ne constitue donc pas encore une restitution définitive ni une opération financière achevée. Les négociations entre Caracas, une faction de l’opposition, Londres et les interlocuteurs américains se poursuivent, tandis que les questions juridiques relatives au contrôle de l’or doivent encore être réglées.

 

Si l’accord aboutit, ces quelque 31 tonnes d’or constitueraient pour Caracas un actif stratégique majeur dans ses efforts pour obtenir des financements, reconstruire les infrastructures détruites par les séismes et tenter de stabiliser une économie confrontée à une inflation parmi les plus élevées au monde.