La tension reste vive dans la région des Palmes, particulièrement à Gressier et à Léogâne, après plusieurs jours marqués par des affrontements entre les forces de sécurité et des hommes armés. Les détonations d’armes automatiques résonnent dans plusieurs zones, plongeant les habitants dans l’inquiétude et ravivant le traumatisme d’une population déjà durement éprouvée par les violences et les déplacements forcés.

 

La situation s’est particulièrement aggravée jeudi 13 août 2026, après l’ouverture par la Police Nationale d’Haïti (PNH) d’un nouveau poste à Santo, dans la commune de Gressier. L’installation de ce nouveau dispositif sécuritaire a été suivie de violents affrontements entre policiers et groupe armé, transformant certains secteurs de la commune en véritable théâtre de combats. 

Pour les habitants, ces affrontements font craindre une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire dans une zone qui peine encore à se remettre des violences précédentes.

 

Gressier, une commune profondément marquée par les violences

 

Gressier reste profondément marquée par les événements du 10 mai 2024, date à laquelle l’ancien sous-commissariat de la commune a cessé de fonctionner après une période de fortes violences. La commune s’était alors retrouvée largement sous l’emprise de groupes armés, contraignant de nombreuses familles à abandonner leurs maisons et à chercher refuge dans d’autres localités, notamment dans la commune de Léogâne.

 

Depuis, les forces de l'ordre ont multiplié les opérations pour tenter de reprendre certaines positions stratégiques. La récupération de la colline, et de Santo récemment, situées dans la commune de Gressier constitue notamment l’un des points importants de ces opérations. Cette zone, qui représentait autrefois une limite à l’avancée des groupes armés, est aujourd’hui considérée comme un secteur stratégique dans le dispositif visant à empêcher une nouvelle progression des hommes armés.

 

Malgré ces opérations, la situation demeure fragile. La reprise de certains territoires ne suffit pas à rassurer une population qui continue de vivre sous la menace d’une nouvelle offensive. À Gressier, le souvenir des violences reste présent, tandis que les habitants observent avec inquiétude les mouvements des groupes armés et l’évolution des affrontements.

 

Léogâne, dernier refuge pour de nombreuses famille

 

La crainte est d’autant plus grande à Léogâne. Cette commune située à l'entrée sud de Port-au-Prince représente, pour de nombreuses personnes déplacées de Gressier, l’un des derniers espaces où elles espèrent pouvoir trouver refuge. Une nouvelle avancée des hommes armés vers cette ville ferait donc peser une menace directe sur des familles qui ont déjà été contraintes de fuir une première fois.

 

Jeudi 13 août, la Police nationale, la Task Force, le BSAP, les Forces armées d’Haïti ainsi que des brigadiers ont été mobilisés pour renforcer le dispositif de sécurité dans la région. Leur objectif est de contrecarrer la progression des hommes armés et d’empêcher que Léogâne ne bascule à son tour dans une situation similaire à celle connue par Gressier en 2024.

 

La présence à Léogâne de la base centrale des Forces armées d’Haïti donne également à la commune une importance stratégique particulière. Pour les forces de sécurité, empêcher l’ouverture d’un nouveau front dans cette zone apparaît comme une priorité, alors que la région des Palmes fait face à une pression sécuritaire croissante.

 

Derrière les affrontements se trouve une population prise entre la peur et l’incertitude. Plusieurs habitants originaires de Gressier, qui avaient trouvé refuge à Léogâne, disent aujourd’hui ne plus savoir où aller si les violences atteignent la cité d'Anacaona.

Certains racontent encore les événements vécus dans la nuit du 10 mai, dont le souvenir reste profondément ancré dans leur mémoire. Pour ces familles, la perspective de devoir reprendre la route est particulièrement difficile. Après avoir déjà perdu leur maison, leurs biens et leur sentiment de sécurité, elles redoutent de devenir une nouvelle fois des déplacés.

 

" Nous n’avons nulle part où aller ", déclare un habitant, alors que les tirs continuent de nourrir l’angoisse dans plusieurs quartiers. Le traumatisme des précédentes violences demeure visible dans les témoignages de ceux qui ont dû abandonner Gressier pour se mettre à l’abri.

 

Une région sous surveillance

 

En attendant une amélioration de la situation, les forces de sécurité maintiennent une présence renforcée dans plusieurs secteurs stratégiques. La PNH, la Task Force, le BSAP, les Forces Armées d’Haïti et les brigadiers poursuivent leurs opérations afin d'atténuer la menace et d’empêcher une progression des groupes armés vers Léogâne.

 

Mais sur le terrain, l’inquiétude reste palpable. Pour les habitants de la région des Palmes, chaque nouvelle rafale rappelle la fragilité de leur sécurité et la possibilité d’un nouvel épisode de violence. Après les épreuves vécues à Gressier, la population espère surtout que Léogâne ne deviendra pas à son tour une nouvelle zone rouge.

 

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Dans cette région déjà meurtrie par les déplacements et les affrontements, la bataille ne se joue donc pas uniquement pour le contrôle du territoire. Elle se joue également pour préserver le dernier sentiment de sécurité d’une population qui, après avoir fui une première fois, craint désormais de ne plus avoir d’endroit où se réfugier.