13 août 2026, à seulement quatre mois du premier tour, Haïti avance vers un nouveau cycle électoral. Mais entre l’insécurité, les difficultés de circulation et les contraintes logistiques, le pays réunit-il déjà les conditions nécessaires à un scrutin national, libre et crédible ?

 

Le Conseil Electoral Provisoire (CEP) a fixé au 13 décembre 2026 le premier tour de la présidentielle, des législatives et de la consultation constitutionnelle. Le second tour de la présidentielle et des législatives ainsi que les élections des collectivités territoriales sont prévus pour le 21 février 2027. Le CEP lie toutefois la réalisation de ce calendrier à plusieurs conditions, notamment un climat sécuritaire acceptable et la disponibilité des ressources nécessaires, ce qui est nécessaire dans un état dit démocratique.

 

La sécurité, première condition d’un scrutin crédible

 

Une élection ne commence pas le jour où l’électeur dépose son bulletin dans l’urne. Elle commence bien avant, avec la possibilité pour les citoyens de circuler, pour les candidats de mener leur campagne et pour le matériel électoral d’atteindre les différentes régions du pays.

 

Or, la situation sécuritaire demeure particulièrement préoccupante. Plusieurs tous les axes stratégiques reliant Port-au-Prince aux autres départements restent difficiles d’accès ou exposés à l’insécurité. Comment organiser une véritable élection nationale si une partie du territoire reste difficilement accessible par voie terrestre ?

 

La question concerne directement les candidats, les agents électoraux, les observateurs et les électeurs. Le matériel devra circuler, les bureaux devront être installés et les forces de sécurité devront pouvoir intervenir partout où cela sera nécessaire.

 

Comment les candidats pourront-ils faire campagne ?

 

Le problème se pose également avant le scrutin. Comment les candidats feront-ils campagne dans les zones contrôlées ou influencées par des groupes armés ? Pourront-ils organiser des rassemblements, rencontrer les habitants et présenter leurs programmes à Gréssier, Croix-des-bouquets, Kenscoff, Bas-Artibonite...?

 

Et quand / si certaines zones deviennent trop dangereuses pour les déplacements, faudra-t-il s'arranger avec les chef de gang en pour atteindre certains électeurs ? 

 

Une élection nationale suppose pourtant que les candidats puissent, autant que possible, rencontrer les populations qu’ils souhaitent représenter. Peut-on parler d’une compétition équitable si certains candidats peuvent accéder à certaines zones et d’autres non ?

 

Les bureaux de vote seront-ils réellement accessibles ?

 

La même interrogation concerne les bureaux de vote. La Police Nationale d’Haïti pourra-t-elle entrer dans toutes les zones contrôlées par les groupes armés où des bureaux seront installés ou on va exclure ces zones des urnes ? Sinon, sera-t-elle capable d’intervenir rapidement en cas d’incident ?

 

Le CEP a déjà commencé à préparer son dispositif de sécurité électorale, notamment avec la formation d’agents appelés à intervenir dans le cadre du processus. Mais la formation ne suffit pas. Il faudra également garantir leur déploiement effectif dans les zones concernées.

 

Car un bureau de vote peut être installé sur une carte. Encore faut-il que les électeurs puissent y arriver en toute sécurité.

 

Et les électeurs déplacés ?

 

La crise sécuritaire a également provoqué d’importants déplacements de population. Des milliers de citoyens vivent aujourd’hui loin de leur quartier ou de leur commune d’origine.

 

Où voteront-ils, notamment pour les législatives ? Pourront-ils s’inscrire dans leur nouvelle zone de résidence ? Devront-ils retourner dans leur commune d’origine ? Comment garantir leur accès au vote ?

 

En tout cas, ces interrogations sont essentielles si Haïti veut organiser une élection véritablement inclusive. Le droit de vote doit pouvoir être exercé non seulement en théorie, mais aussi dans la réalité.

 

Au-delà de la sécurité, les autres conditions

 

La sécurité constitue une priorité, mais elle ne suffit pas. Il faudra également tenir compte d'un registre électoral fiable, des moyens financiers suffisants, une campagne libre, un accès équitable à l’information, des agents électoraux formés, du matériel disponible, une observation indépendante et des mécanismes crédibles de contestation des résultats. 

 

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La question n’est donc pas simplement de savoir si le 13 décembre 2026 peut être maintenu. Elle est surtout de savoir quelles conditions doivent être réunies pour que cette date puisse produire une véritable expression de la volonté populaire.