Le président russe Vladimir Poutine s’est rendu, jeudi 13 août 2026, sur l’île d’Itouroup, dans l’archipel des Kouriles, un territoire contrôlé par la Russie mais revendiqué par le Japon. Cette visite, la première d’un président russe dans l’archipel depuis celle de Dmitri Medvedev en 2010, a immédiatement provoqué une vive réaction de Tokyo.

 

La Première ministre japonaise, Sanae Takaichi, a qualifié le déplacement de « absolument inacceptable », estimant qu’il portait atteinte aux sentiments du peuple japonais. Le ministre japonais des Affaires étrangères, Toshimitsu Motegi, a pour sa part convoqué l’ambassadeur russe à Tokyo afin de lui transmettre une protestation officielle.

 

Une visite présidentielle russe qui ravive un vieux différend

 

Selon les médias russes, Vladimir Poutine s’est rendu à Itouroup après une étape à Ioujno-Sakhalinsk, où il avait notamment visité un établissement hospitalier. Sur l’île, le président russe a visité une école et une usine de transformation de produits de la mer. Il s’est également intéressé aux activités économiques et au développement de cette partie de l’Extrême-Orient russe.

 

Cette visite constitue un événement diplomatiquement sensible. Dmitri Medvedev avait été, en 2010, le premier dirigeant russe à se rendre dans les Kouriles alors qu’il était président. Il y était ensuite retourné en 2019 en tant que Premier ministre, notamment à Itouroup.

 

Le déplacement de Vladimir Poutine intervient alors que les relations entre Moscou et Tokyo sont déjà fortement dégradées depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022 et les sanctions adoptées par le Japon contre la Russie.

 

Un archipel au cœur d’un différend territorial

 

Les îles Kouriles forment un chapelet d’îles volcaniques reliant la péninsule du Kamtchatka à Hokkaïdo, entre l’océan Pacifique et la mer d’Okhotsk.

 

Le différend concerne principalement quatre îles situées au sud de l’archipel : Itouroup, Kounachir, Chikotan et le groupe des îlots Habomaï. Elles sont contrôlées et administrées par la Russie, tandis que le Japon les désigne sous le nom de « Territoires du Nord » et en revendique la souveraineté.

 

La question territoriale constitue depuis des décennies un obstacle majeur à la conclusion d’un traité de paix formel entre la Russie et le Japon. Les quatre îles ont été prises par l’Union soviétique dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, après l’entrée en guerre de Moscou contre le Japon en août 1945.

 

Pour Tokyo, les quatre îles font partie intégrante du territoire japonais. Moscou, de son côté, affirme que sa souveraineté sur l’archipel ne fait aucun doute.

 

Moscou et Tokyo campent sur leurs positions

 

Avant sa visite, Vladimir Poutine avait rejeté les accusations japonaises concernant les intentions russes. Le président russe avait notamment déclaré que Moscou ne menaçait pas le Japon et que c’était Tokyo qui formulait des revendications territoriales à l’égard de la Russie.

 

Après la visite, les autorités russes ont de nouveau rejeté les protestations japonaises. L’ambassade de Russie à Tokyo a affirmé que la souveraineté russe sur les îles ne faisait aucun doute et que les déplacements du président russe à l’intérieur du territoire administré par Moscou ne pouvaient pas être soumis à l’approbation d’un État étranger.

 

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a également dénoncé les critiques japonaises, accusant Tokyo d’adopter une politique de plus en plus hostile envers Moscou.

 

Tokyo dénonce une visite « absolument inacceptable »

 

La réaction japonaise a été immédiate. Sanae Takaichi a déclaré que la visite de Vladimir Poutine était « absolument inacceptable » et qu’elle risquait de rendre encore plus difficile une amélioration des relations entre les deux pays.

 

Toshimitsu Motegi a également convoqué l’ambassadeur russe au Japon, Nikolaï Nozdrev, afin de lui transmettre les protestations de Tokyo. Le ministre japonais a réaffirmé que les « Territoires du Nord » constituaient, selon la position officielle japonaise, une partie intégrante du territoire du pays au regard de l’histoire et du droit international.

 

Cette nouvelle confrontation intervient dans un contexte régional marqué par une montée des tensions sécuritaires. Tokyo surveille notamment de près les activités militaires de la Russie, de la Chine et de la Corée du Nord dans son environnement stratégique.

 

Le Japon entretient par ailleurs une importante alliance militaire avec les États-Unis. Les forces américaines présentes dans le pays comptent environ 55 000 militaires actifs selon les données disponibles pour mars 2026, tandis que les Forces américaines au Japon indiquent environ 60 000 personnels militaires.

 

Un différend qui perdure depuis 1945

 

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a pris le contrôle des Kouriles. La population japonaise présente sur les îles a ensuite été expulsée, tandis que Moscou a progressivement consolidé son administration du territoire.

 

Depuis, les quatre îles méridionales constituent l’un des principaux contentieux territoriaux entre la Russie et le Japon.

 

Le différend a également une dimension stratégique. L’archipel occupe une position importante entre le Pacifique et la mer d’Okhotsk, une zone qui revêt une importance particulière pour les activités navales russes. Les eaux de la région sont également reconnues pour leur forte productivité halieutique.

 

La visite de Vladimir Poutine ne règle donc en rien le différend territorial. Elle intervient au contraire à un moment où les relations entre Moscou et Tokyo sont particulièrement tendues et pourrait compliquer davantage les efforts diplomatiques visant à résoudre le contentieux des Kouriles.

 

Références

 

- "France 24, « Vladimir Poutine visite les îles Kouriles, "inacceptable" pour le Japon »" (https://reference-url-citation.invalid/14), consulté le 13 août 2026.

- "Le Devoir, « Poutine en visite pour la première fois aux îles Kouriles, disputées avec le Japon »" (https://reference-url-citation.invalid/15), consulté le 13 août 2026.

- "La Presse, « Poutine visite pour la première fois les îles Kouriles, disputées avec le Japon »" (https://reference-url-citation.invalid/16), consulté le 13 août 2026.

- "Le Monde, « Sanae Takaichi, la première ministre japonaise, réagit avec virulence à la visite de Vladimir Poutine aux îles Kouriles, la jugeant "inacceptable" »" (https://reference-url-citation.invalid/17), consulté le 13 août 2026.

- "CNews, « Vladimir Poutine en visite pour la première fois aux îles Kouriles, un déplacement dénoncé par le Japon »" (https://reference-url-citation.invalid/18), consulté le 13 août 2026.

- Reuters, « Putin visits disputed island near Japan, drawing Tokyo's ire », 13 août 2026.

- Associated Press, « Putin's first trip to the Pacific island chain claimed by Japan draws a protest from Tokyo », 13 août 2026.