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André Jonas Vladimir Paraison prend les rênes de la Police Nationale d’Haïti (PNH) ce 8 août 2025, dans un contexte marqué par une violence extrême. Les gangs armés ont étendu leur contrôle sur plusieurs quartiers, défiant ouvertement l’autorité de l’État grâce à leurs armes sophistiquées et à leur organisation logistique. La situation sécuritaire est donc très complexe, minée par la peur et l’impunité. Lors de son installation, le nouveau directeur général a affirmé sa volonté de combattre ces groupes criminels et de rétablir la paix dans les zones sous leur emprise. La question demeure cependant : pourra-t-il réellement tenir cet engagement face à la force croissante des gangs ?
La sécurité : une responsabilité de l’État tout entier
La lutte contre l’insécurité ne repose pas uniquement sur la force policière. Comme le souligne le politologue Max Weber, l’État se définit notamment par sa capacité à exercer le monopole de la violence légitime sur son territoire, mais cela implique aussi d’assurer la confiance et la légitimité auprès de la population. En Haïti, si la police parvient à reprendre un quartier occupé par les gangs, cela ne suffit pas : l’État doit être capable d’y établir durablement sa présence, fournir des services publics, et regagner la confiance des citoyens. Or, aujourd’hui, plusieurs zones anciennement contrôlées par les gangs, désormais déclarés terroristes par les États-Unis, restent des « zones rouges » où personne ne souhaite revenir vivre, preuve que l’État peine à s’y implanter durablement.
La lutte contre le trafic d’armes, une clé essentielle
Pour que le nouveau directeur général de la police puisse réellement affaiblir les gangs, la volonté devrait être collective et transversale. Il est urgent que les autorités enquêtent sérieusement et stoppent les réseaux de trafic d’armes et de munitions qui alimentent les groupes criminels. Tant que les bandits auront accès à un approvisionnement constant en armes, ils conserveront leur supériorité sur une police souvent sous-équipée et peu soutenue. La traque des trafiquants d’armes est donc aussi cruciale que les interventions directes contre les chefs de gangs.
Une approche sociale indispensable pour un changement durable
La répression armée seule ne suffit pas à éradiquer le phénomène des gangs. Il faudrait penser la sécurité de manière globale et systémique, en agissant sur les causes profondes de la délinquance, notamment en s’attaquant au phénomène des enfants des rues et à la marginalisation sociale. Sans alternatives ni perspectives, ces jeunes restent des cibles faciles pour le recrutement gangstériste. Empêcher la reproduction de ces réseaux passe donc par des politiques sociales ambitieuses, capables de bloquer la formation de nouvelles générations de criminels.
Un défi collectif au-delà de la police
La réussite de Vladimir Paraison dépendra moins de ses capacités individuelles que de la mobilisation de l’ensemble des pouvoirs publics et de la société civile. La traque des gangs est une lutte d’envergure qui demande des réformes structurelles, une meilleure gouvernance, et un engagement réel contre la corruption et le trafic d’armes. Sans cela, même la meilleure volonté du directeur général risque de se heurter aux limites d’un État affaibli et d’une population démunie.
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