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Le 12 mars 2021 reste l’une des dates les plus tragiques de l’histoire récente de la Police nationale d’Haïti (PNH). Ce jour-là, une opération menée à Village de Dieu s’est soldée par la mort de cinq policiers, plongeant leurs familles et toute l’institution policière dans le deuil. Cinq ans plus tard, alors que les gangs ont renforcé leur emprise sur plusieurs territoires, les familles des victimes assistent toujours l’indifférence de l’État face à leur quête de justice.
Dans la matinée du 12 mars 2021, des policiers appartenant notamment aux unités SWAT et BOID avaient été déployés pour tenter de déloger le gang armé qui contrôlait ce quartier stratégique de la capitale. L’intervention, qui visait à rétablir la paix et la sécurité dans cette zone, a rapidement tourné à la catastrophe.
Au cours des affrontements, cinq policiers ont été tués et plusieurs autres blessés. Un véhicule blindé de la police a été incendié tandis qu’un autre a été confisqué par les assaillants. Les policiers tombés en mission sont : Georges Renois Vivender, Désilus Wislet, Eugène Stanley, Ariel Poulard et Lucdor Pierre.
L’événement avait provoqué une onde de choc à travers le pays, notamment après la diffusion sur les réseaux sociaux d’images choquantes montrant la profanation des corps de certains policiers, suscitant l’indignation de la population et des organisations de défense des droits humains.
Quelques jours après l’opération, la Fondasyon Je Klere (FJKL) avait dénoncé ce qu’elle qualifiait d’« amateurisme » dans la préparation et l’exécution de cette intervention policière.
Dans un communiqué publié le 14 mars 2021, l’organisation avait estimé que l’opération avait été menée sans plan tactique et technique suffisant, mettant ainsi inutilement en danger la vie des policiers engagés dans la mission.
La FJKL avait également souligné qu’il s’agissait déjà de la cinquième opération de la PNH à Village de Dieu sans succès notable, ce qui, selon elle, avait contribué à renforcer la confiance et l’influence des gangs dans cette zone.
L’organisation critique certaines prises de position politiques entourant l’opération, notamment l’intervention publique du chef de l’État de l’époque sur les réseaux sociaux alors que les policiers se trouvaient en pleine opération. Selon la FJKL, ces déclarations pouvaient compromettre les relations entre la police et la population.
Par ailleurs, l’organisation évoque la responsabilité de la chaîne de commandement dans l’échec de l’intervention, estimant que les autorités policières n’avaient pas pris toutes les précautions nécessaires pour réduire les risques pour les agents engagés sur le terrain.
La douleur reste vive chez les proches des policiers tués lors de cette opération.
Dorétie Phildor, épouse du policier Stanley Eugène, confiait au Journal Le Nouvelliste un an après les événements que la blessure restait toujours ouverte. « Mon mari était parti travailler comme chaque jour. Mais le 12 mars 2021, il est parti pour ne plus jamais revenir », déclarait-elle avec émotion au journal.
Le policier Eugène laisse derrière lui une fille qui grandira sans connaître l’amour et la présence de son père.
De son côté, Estin Ronald, frère du policier Lucdor Pierre, rappelait qu’une promesse avait été faite par les autorités de récupérer les corps des policiers dans un délai de huit jours. Une promesse qui n’a jamais été tenue.
Cinq ans après ce drame, le sentiment d’abandon demeure profond chez les familles des policiers tués lors de l’opération du 12 mars 2021. Malgré les promesses faites au lendemain de la tragédie, notamment celle de récupérer les corps des victimes et de faire toute la lumière sur les circonstances de l’intervention, peu d’actions concrètes ont été entreprises.
Entre changements de gouvernements, crises politiques et transitions institutionnelles, la mémoire de ces policiers semble progressivement reléguée au second plan. Pour leurs proches, cette situation illustre une forme d’indifférence de l’État face à leur douleur et à leur quête de justice.
De 2021 à 2026, la situation sécuritaire à Village de Dieu demeure préoccupante. Le chef de gang connu sous le nom d’Izo continue d’exercer une influence importante dans cette zone et dans d’autres parties de la région métropolitaine de Port-au-Prince.
D’ailleurs, les activités criminelles liées à ce groupe se poursuivent : enlèvements contre rançon, menaces contre la population, actes de violence armée et extorsion. Malgré que la police commence à faire des efforts pour reprendre le contrôle des territoires occupés depuis début 2025.
Entre-temps, la scène politique nationale a connu de nombreux bouleversements : changements de dirigeants, crises institutionnelles et transitions politiques successives. Pourtant, pour les familles des victimes et pour l’opinion publique, la question de la justice pour les policiers tombés ce 12 mars 2021 reste silencieuse.
Pourtant, aujourd’hui encore, l’échec de l’opération de Village de Dieu est souvent cité comme l’un des épisodes les plus révélateurs des difficultés de l’État haïtien à reprendre le contrôle de certaines zones dominées par des groupes armés.
12 mars, cette date rappelle non seulement le sacrifice des policiers morts dans l’exercice de leurs fonctions, mais aussi la négligence d’un État qui semble ignorer les sacrifices des ses propres fils.
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