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Passer le baccalauréat est un moment charnière dans la vie d’un jeune haïtien. C’est l’aboutissement d’un long parcours scolaire, souvent semé d’embûches, de grèves, d’insécurité et de précarité. Pourtant, dans beaucoup de cas, dès l’annonce des résultats, la joie laisse rapidement place à l’angoisse : quelle université choisir ? Où trouver les moyens ? Comment poursuivre ses études dans un pays en crise ?
L’entrée à l’université en Haïti n’a jamais été simple, mais en 2025, elle relève presque du parcours du combattant. Loin d’un système structuré avec orientation, accompagnement et accès élargi, les jeunes diplômés font face à un vide institutionnel, un manque cruel de places et une offre académique limitée.
Un système universitaire saturé et inégal
Les universités publiques, à commencer par l’Université d’État d’Haïti (UEH), n’ont pas la capacité d’absorber la masse des nouveaux bacheliers. Les concours sont extrêmement compétitifs, avec un nombre de candidats bien supérieur aux places disponibles. Ceux qui échouent ou ne peuvent accéder à ces structures doivent se tourner vers des universités privées… souvent coûteuses et de qualité variable.
Dans ce contexte, de nombreux jeunes se retrouvent désorientés, sans encadrement professionnel ni réelle information sur les filières, les débouchés ou les exigences des études supérieures. Certains s’inscrivent là où ils peuvent, sans conviction. D’autres abandonnent, faute de moyens.
Entre espoir, désillusion et survie
L’aspect financier est l’un des freins les plus puissants. La majorité des familles haïtiennes ne peuvent pas assurer des frais universitaires, encore moins si cela implique de loger ou nourrir leur enfant en dehors de leur commune. Plusieurs jeunes se retrouvent à devoir travailler de manière précaire tout en étudiant, ou mettent carrément leurs études en pause pour aider leur famille.
Pour une génération déjà frappée par l’insécurité, la migration forcée, l’instabilité sociale, cette transition post-bac devient une épreuve. Le rêve universitaire vire parfois au cauchemar. Ce contexte pousse certains jeunes à vouloir quitter le pays à tout prix, souvent sans plan structuré.
L’absence d’orientation : une génération en quête de repères
L’un des grands défis de l’après-bac en Haïti, c’est le manque cruel de structures d’orientation scolaire. Peu de lycées ou d’établissements accompagnent réellement les élèves dans leur réflexion sur les études supérieures. Résultat : de nombreux jeunes choisissent des filières sans connaissance des réalités du marché, ni de leurs propres aptitudes. Certains intègrent des facultés par mimétisme, pression sociale ou simple hasard, ce qui entraîne frustration, échec ou décrochage. L’orientation devrait pourtant être un pilier fondamental de la transition vers l’université.
Migration ou résignation : les deux réponses au blocage
Face à un système bloqué, deux réactions dominent chez les jeunes haïtiens : la volonté de partir ou celle de s’adapter à défaut. Pour beaucoup, l’université étrangère devient un rêve absolu, qu’elle soit dominicaine, américaine, canadienne ou européenne. Mais là encore, les frais, les visas et les contraintes administratives ferment souvent la porte. Ceux qui restent, sans moyen, sans place, doivent alors se résigner, se lancer dans un emploi non qualifié ou attendre un hypothétique soutien. C’est toute une jeunesse en sursis, freinée dans son envol, faute d’un système prêt à l’accueillir.
En somme, passer le bac en Haïti n’est plus une garantie de progrès social. C’est le début d’un nouveau combat dans un système d’enseignement supérieur fragile et inégalitaire. Pourtant, malgré tout, des milliers de jeunes gardent l’espoir d’apprendre, de s’élever, de servir. Il revient à la société, aux institutions et aux acteurs éducatifs de réinventer un parcours post-bac plus humain, plus juste, plus accessible. Car un pays qui abandonne ses diplômés est un pays qui enterre son avenir.
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