Haïti : la campagne de Thoy’Art relance le débat sur la responsabilité et la présence des autorités

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Une vidéo publiée le 1er janvier 2026 par le collectif artistique et citoyen Thoy’Art suscite un débat national sur la responsabilité publique et le rapport des autorités au territoire. Le message, porté par un groupe d’enfants dans une mise en scène simple mais directe, a rapidement attiré l’attention : « Toute autorité, conjoint(e) et enfants d’autorité, DOIVENT VIVRE DANS LE PAYS, dans le département ou la commune qu’ils représentent. »

Un message viral qui trouve un écho populaire

En peu de temps, la vidéo s’est propagée sur les réseaux sociaux haïtiens où elle a été massivement partagée. Sur TikTok, Instagram, Facebook et WhatsApp, de nombreux internautes ont salué la pertinence d’une campagne jugée courageuse, dans un contexte où une partie de la classe dirigeante est régulièrement critiquée pour son éloignement du quotidien de la population.
Pour les partisans de l’initiative, l’idée est double : rapprocher les décideurs des réalités du pays et limiter une forme de “double résidence” ou d’“exil familial”, souvent perçue comme une manière d’échapper aux conséquences des décisions politiques. « Quand les responsables vivent eux-mêmes les difficultés du pays, ils n’ont pas d’autre choix que d’agir », affirme une internaute sur Facebook.

Au centre de la campagne se trouve Martine Phebé, connue sous le nom de Maitresse Thoy’Art, figure artistique engagée. Dans une intervention, elle précise la philosophie de la démarche :
« Lorsque les responsables ont leur conjoint(e) et leurs enfants dans le pays, ils voient l’urgence de créer de meilleures conditions de vie. Il ne s’agit pas de pointer du doigt, mais de rappeler un principe élémentaire de responsabilité. »

Un débat qui dépasse la sphère artistique

Si l’initiative s’appuie sur des codes visuels et narratifs artistiques, l’effet dépasse largement le champ culturel. En quelques jours, la campagne est devenue un sujet politique et un thème de discussion dans l’opinion, touchant aussi bien la diaspora que les résidents du territoire. Cette résonance s’inscrit dans un contexte particulier : face aux difficultés économiques, à l’insécurité et aux crises institutionnelles, une partie des familles de responsables politiques ou administratifs vivent à l’étranger, ce qui alimente un sentiment d’abandon au sein de la population. Pour certains observateurs, la campagne de Thoy’Art met en lumière une question souvent tue : qui vit réellement les conséquences des décisions prises ?

Pour autant, le mouvement n’a pas fait l’unanimité. Plusieurs internautes et commentateurs estiment qu’une injonction générale ne saurait suffire à régler les problèmes du pays. D’autres rappellent que l’insécurité et les carences institutionnelles contraignent certaines familles à l’exil, indépendamment de la position sociale. La prise de parole la plus remarquée est venue de l’ancien sénateur du Sud-Est, Edwin Daniel Zenny, qui a publiquement exprimé son opposition à l’idée, avant de présenter des excuses. Une séquence qui a contribué à médiatiser davantage la campagne.

Une campagne qui s’organise et se structure

Loin de s’essouffler, Thoy’Art a poursuivi sa démarche avec intensité. Sous le slogan « Pas de combat sans âme ! », le collectif multiplie les appels à la mobilisation citoyenne et sollicite le soutien d’artistes, d’influenceurs, de personnalités publiques et de médias. Le rappeur Blaze-One, alias Vètèalaparèy, est le premier à répondre favorablement. Il a publié un morceau inspiré de la campagne, selon LSV Media. Pour les initiateurs, la participation d’un artiste issu de la scène musicale est un signal important, susceptible d’élargir la portée du message auprès de la jeunesse.

Alors, au-delà du débat immédiat, la campagne soulève une question plus large sur la conception du service public en Haïti. Dans de nombreux pays, la présence des élus ou des cadres de l’État sur leur territoire est considérée comme un principe démocratique élémentaire. En Haïti, ce principe se heurte à des réalités multiples : insécurité, faiblesse institutionnelle, crise économique et défiance généralisée envers la classe politique.

De ce fait, pour certains analystes, la démarche de Thoy’Art agit comme un révélateur, en articulant art, citoyenneté et politique. Pour d’autres, elle constitue une forme de pression sociale symbolique, à défaut de pouvoir être traduite immédiatement en mesure juridique.

Alors que l’année ne fait que commencer, la campagne Thoy’Art s’impose déjà comme l’un des premiers sujets de discussion sociopolitique de 2026. Reste à savoir si ce mouvement restera un phénomène viral ou s’il s’inscrira dans la durée, en inspirant d’autres initiatives citoyennes. Ce qui est sûr, c’est qu’il réactive une interrogation essentielle : comment reconstruire un lien de responsabilité entre ceux qui dirigent et ceux qui vivent au quotidien les conséquences des décisions publiques ?

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