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Le Conseil de l’Union européenne a annoncé, ce lundi 12 décembre 2025, l’adoption de nouvelles sanctions ciblées contre trois figures politiques haïtiennes, dont l’ancien président Michel Joseph Martelly et les ex-parlementaires Youri Latortue et Rony Célestin. Ces mesures, justifiées par leur implication présumée dans l’escalade de la violence et de graves violations des droits humains, interviennent dans un contexte d’insécurité persistante et de crise institutionnelle profonde en Haïti.
La communauté internationale continue à santionner, de manière orale et depuis plusieurs années, les acteurs politiques haïtiens sans fournir aucune preuve à la justice en Haïti pour qu’ils puissent être poursuivis, voire jugés conformément à la loi haïtienne. Ces sanctions, à ce qu’il paraît, rentrent plutôt dans une démarche d’intimidation en pointant du doigt les personnalités concernées.
Quelques années avant, dans les rapports publiés par l’Organisation des Nations Unies (ONU), des personnalités politiques haïtiennes étaient déjà sanctionnées oralement, mais sans aucune poursuite jusqu’à présent même s’elles ont l’interdiction de voyager en raison de l’annulation de leur visa.
La dernière sanction concerne l’Union Européenne qui implique non seulement un ancien Président haïtien qui fait déjà l’objet de trois sanctions à son encontre : celle du Canada, des États-Unis d’Amérique ; des Nations Unies, de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC), mais également épingle les deux anciens parlementaires haïtiens et un chef de gang très connu.
En ce sens, tant que des preuves tangibles et des enquêtes approfondies ne permettront pas d’identifier clairement les responsabilités et d’engager des poursuites conformément à la loi, l’efficacité et la portée réelle des sanctions prononcées à l’encontre de certains acteurs politiques haïtiens continueront de susciter des interrogations.
Dans ce contexte, ces rapports et mesures gagneraient à être accompagnés d’éléments probants transmis à la justice haïtienne, afin que celle-ci puisse mener ses propres enquêtes de manière impartiale, tirer ses conclusions en toute indépendance et prendre les décisions nécessaires dans le strict respect de la loi et des droits fondamentaux de chacun.
Quand on aura une justice haïtienne forte et impartiale, les autres États et les faux amis d’Haïti n’auront plus besoin de continuer à s’immiscer dans les affaires qui regardent seulement le pays et que ce dernier seul qui aura à remédier à la situation à laquelle il fait face depuis dès lustres. Car, aucun autre pays ne viendra lui retirer dans l’abîme où il se trouve.
L’Union Européenne c’est quoi ?
Avant même de connaître l’Union Européenne (UE) qui compte aujourd’hui 27 États membres, on a connu la Communauté Economique Européenne (CEE) créée en 1957 dont elle est issue.
Dans le monde l’UE constitue une organisation qui n’a pas d’équivalent. Nombreuses sont les institutions qu’elle se compose. On y trouve la Commission, le Parlement, le Conseil de l’UE et le Conseil Européen ; chacune de ces institutions représente non seulement des intérêts différents, mais intervient également dans les décisions européennes.
Présentement, l’Union Européenne compte près de 450 millions d’habitants (5,6% de la population mondiale), elle s’étend sur 4,2 millions de km2 (3 % des terres émergées) et représente 20% du PIB mondial. Ainsi, le plus peuplé et le plus riche c’est l’Allemagne, alors que le plus vaste c’est la France.
Une pléiade de sanctions imposées sans un véritable effet
Des sanctions à l’encontre des acteurs politiques en Haïti et des chefs terroristes à répétition se prononcent de plus en plus. On se rappelle que récemment, une décision a été prise par les États-Unis et les Nations Unies en vue d’endiguer la violence qui paralyse Port-au-Prince.
Il s’agit de l’ancien chef de la sécurité présidentielle Dimitri Hérard et le chef du gang de Bel Air qui ont été sanctionnés en raison de leur implication présumée dans le réseau de gang en pleine expansion en Haïti, Viv Ansanm.
Désormais les gangs, selon les estimations de l’ONU, controlent environ 90% de Port-au-Prince et ont étendu leurs activités pillages, agressions sexuelles et enlèvements aux zones rurales.
Des membres de l’élite politique et économique sont des personnalités qui ont été sanctionnées par le Canada. Ces personnalités sont accusées pour avoir encouragé la violence en Haïti et de se livrer à des pratiques de corruption.
Dans la liste de ces personnalités accusées, on y trouve Youri Latortue, Rony Célestin, Michel Joseph Martelly. C’était le 15 février 2023.
Or, en ce lundi 12 décembre 2025, on retrouve ces mêmes personnalités que l’Union Européenne a sanctionnées en y ajoutant le chef de gang de Village de Dieu.
Par ailleurs, le 17 octobre 2025, le Conseil de Sécurité annonce la reconduction pour un an le régime de sanctions contre Haïti et proroge de 13 mois le mandat du Groupe d’experts sans aucun résultat concret, à part une interdiction de voyager au sein de l’Union européenne, ces trois individus feront l’objet d’un gel des avoirs.
Recrudescence et pérénnité de la sécurité
Le BINUH a recencé 1881 victimes d’homicides volontaires, entre Septembre et novembre 2024, dont 234 femmes, 33 filles et 40 garçons, contre 1 509 au cours de la même période en 2023.
D’un autre côté, le nombre de victimes d’enlèvements se monte à au moins 447, dont 141 femmes, 11 filles et 18 garçons, contre 835 au cours de la même période l’année précédente.
Simultanément, on assiste à une augmentation des meurtres perpétrés par des groupes autodéfense. De janvier à novembre 2024, au moins 248 membres présumés de gangs ont ainsi été tués, dont 108 en seulement un moins environ, notamment de septembre à novembre, peut-on lire dans le rapport du Conseil de Sécurité des Nations Unies publié le 13 janvier 2025.
Une justice jugée trop faible et fragilisée en Haïti
C’est l’État qui a le monopole de la violence légitime nous dit Max Weber, mais on a l’impression que c’est différent en Haïti, car les bandits sont à l’aise à un point où l’on pourrait se demander s’ils ne remplacent pas l’État qui a failli à ses missions régaliennes.
Dans son Rapport annuel du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et rapports du Haut Commissariat et du Secrétaire général du 9 septembre – 11 octobre 2024, selon le conseil des droits de l’homme, le système judiciaire reste presque totalement paralysé dans la région de Port-au-Prince.
Des gangs ont incendié en Mars, des tribunaux, dont le tribunal de paix de la section sud de Port-au-Prince, ainsi que le tribunal de première instance de Croix-des-Bouquets, vide depuis l’incendie criminel perpétré par des gangs en juillet 2022.
D’autres font l’objet de l’attaque des gangs, notamment la Cour de cassation. Ils ont aussi attaqué des tribunaux en dehors de la capitale, comme à Petit Goâve et aux Gonaïves.
En raison de ces attaques et d’autres attaques similaires antérieures, les tribunaux et le bureau du commissaire du gouvernement qui étaient situés dans le Palais de justice ne disposent pas de locaux appropriés pour exercer leurs fonctions.
Le pire, en raison des grèves répétées des greffiers et des commissaires du gouvernement pour cause de mauvaises conditions de travail, les cours et tribunaux ont fonctionné moins de 10 jours depuis le début de l’année 2024.
Après avoir constaté autant de dégâts causés, il ne suffit pas de prendre des sanctions contre ceux qui sont impliqués dans la déstabilisation du pays. Les pays accusateurs peuvent continuer à aider Haïti en empêchant l’arrivée des armes en provenance de l’étranger.
Parallèlement, ils devraient prouver de manière concrète que les personnalités sanctionnées sont coupables, pour ensuite remettre à la justice haïtienne une bonne documentation afin de les poursuivre conformément à la loi haïtienne.
C’est le plus grand service qu’ils pouvaient rendre à la République d’Haïti, s’il ne sont pas complices.
Références
(s.n.). (2024). Rapport annuel du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et rapports du Haut Commissariat et du Secrétaire général. Conseil des droits de l’homme, Cinquante-septième session.
(s.n). (2025). Bureau intégré des Nations Unies en Haïti : Rapport du Secrétaire général. Conseil de sécurité de l’ONU.
Le Conseil de Sécurité reconduit pour un an le régime de sanction contre Haïti et proroge de 13 mois le mandat du Groupe d’experts, consulté le mercredi 17 décembre 2025.
Sanction : le Canada fait sa liste des corrompus et des belliqueux, Le Nouvelliste, consulté le mercredi 17 décembre 2025.
Les États-Unis et l’ONU sanctionnent l’ancien chef de la sécurité et chef de gang haïtien pour avoir aidé une coalition violente, Haitian Times, consulté le mercredi 17 décembre 2025.
Qu’est-ce que l’Union européenne ?, Toute l’Europe, consulté le mercredi 17 décembre 2025.
Haïti : l’UE santionne des figures politiques et un gang au coeur de la violence, RFI, consulté le mercredi 17 décembre 2025.
Haïti : adoption d’un paquet de santions européennes contre des acteurs violant les droits de l’homme, diplomatie.gouv.fr, consulté le mercredi 17 décembre 2025.
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