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Cette interview a été menée par Christopher Pierre, journaliste rédacteur à Top Media Haïti.
Dans cet entretien, Mardochée Gay, un jeune homme aux multiples facettes, partage ses projets, ses ambitions et son parcours singulier.
CP : Bonjour Mardochée, peux-tu te présenter en quelques mots ?
MG : Bonjour, je suis Mardochée Gay, j’ai vingt-quatre ans et je suis originaire de Jérémie.
CP : Comment te décrirais-tu en trois adjectifs ?
MG : Curieux, créatif, humaniste.
CP : Où as-tu fait tes études ?
MG : J’ai effectué mes études fondamentales à l’Institution Mixte L’Hirondelle, puis j’ai obtenu mon bac à l’École Saint François de Sales de Rivière Froide.
CP : Quelle a été ta matière préférée et pourquoi ?
MG : La littérature, qu’elle soit française ou haïtienne. Mon amour pour la lecture et mon penchant pour l’écriture ont permis aux connaissances acquises de germer en moi. Cela a renforcé ma culture littéraire, m’a permis de me construire et de voyager à travers les mots, tout en enrichissant ma vision du monde et en influençant mon style d’écriture.
CP : Y a-t-il un moment marquant de ton parcours scolaire que tu souhaites partager ?
MG : En seconde, la lecture de deux recueils de nouvelles de Gary Victor, “Histoires entendues et vécues dans un Tap Tap, tomes 1 et 2”, m’a profondément marqué. Inspiré, j’ai rédigé une nouvelle que mes camarades de classe ont accueillie avec enthousiasme. Ce moment a été un tournant majeur, me faisant entrevoir le pouvoir de l’écriture : celui d’apporter une part de lumière au monde.
CP : Quel est le rêve le plus fou que tu aies jamais eu ?
MG : Mon rêve le plus fou est de faire rayonner la lumière sur le monde grâce à l’écriture, à l’éducation et à la culture.
CP : As-tu déjà réalisé un de tes grands rêves ? Lequel ?
MG : Oui, je suis devenu auteur et j’ai publié mes écrits. À ce jour, j’ai publié deux recueils de poèmes, participé à la rédaction d’une anthologie, écrit une dizaine d’articles, ainsi qu’un roman paru en mai 2023.
CP : Si tout était possible, que ferais-tu demain ?
MG : J’ouvrirais un grand centre culturel et littéraire au cœur de Bertin, ma zone de résidence. Ce serait un espace de transmission et de partage, ouvert à tous, où l’on pourrait lire, écrire, et réfléchir. Un tel lieu accueillerait poètes, intellectuels, enseignants, musiciens, pour nourrir les esprits, faire rêver et transmettre une lumière humaine. Je crois qu’une vie éclairée peut en éclairer d’autres, et que la culture peut transformer les existences.
CP : Quel est l’accomplissement dont tu es le plus fier ?
MG : Deux moments me viennent en tête. Premièrement, la fondation du club littéraire Flèche Rose avec mes “frères-volcans” en août 2021. Deuxièmement, plus récemment, l’ouverture d’une salle de lecture dans l’école où je travaille. Ces expériences m’ont permis de me sentir pleinement vivant, d’apprendre, de créer des souvenirs, de tisser des liens, et de contribuer à quelque chose de plus grand que moi.
CP : As-tu surmonté un défi majeur dans ta vie ? Comment ?
MG : En 2022, la route de Martissant était impraticable à cause de la violence armée. Pour me rendre à la faculté, j’ai dû emprunter la route de Ti Kajou, sinueuse et poussiéreuse, ce qui me laissait épuisé. Malgré les conditions difficiles et le fait de devoir dormir dans différentes facultés, mon désir de poursuivre mes études en psychologie à la FASCH de l’UEH a été plus fort que celui d’abandonner. Je suis fier d’avoir surmonté cette épreuve.
CP : Y a-t-il une réussite méconnue mais importante pour toi ?
MG : Oui, le fait d’avoir tenu bon malgré l’adversité dans un contexte social, économique et sécuritaire très difficile. L’année 2022 a été l’une des plus productives pour moi ; j’ai participé à plus d’activités que les années précédentes tout en gardant mes objectifs en vue. C’est une réussite silencieuse mais essentielle.
CP : Quels sont tes projets pour les années à venir ?
MG : J’en citerai trois : la rédaction de mon deuxième roman, l’enrichissement de la salle de lecture de l’institution où je travaille en l’ouvrant à la communauté, et la création d’une cellule de réflexion sur l’enseignement en Haïti, à lancer durant les vacances d’été.
CP : Où te vois-tu dans cinq ou dix ans ?
MG : Comme l’écrivait Antonio Machado : “Voyageur, il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant.” Je fais confiance à la vie. Je veux m’investir dans mes projets, apprendre de mes chutes – comme dirait Frankétienne – et me construire à travers mes expériences, tout en profitant du moment présent.
Écriture et inspiration
CP : Quand et comment as-tu commencé à écrire ?
MG : Au début de mon adolescence, j’écrivais des lettres et des dialogues. Mais tout a pris sens au secondaire, quand j’ai rédigé une nouvelle inspirée par l’illustre Gary Victor.
CP : Qu’est-ce qui t’inspire le plus dans ton processus de création ?
MG : La réalité de mon pays. J’écris pour réfléchir, questionner et garder vivante la mémoire – personnelle et collective. C’est aussi un acte de soin envers moi-même, une façon de mettre de l’ordre en moi.
CP : Quelle œuvre te rend le plus fier ?
MG : Mon premier roman, “Vergetures”, publié chez Flèche Rose Édition en mai 2023. À l’origine, c’était une écriture cathartique pour traverser une période difficile. Puis j’ai compris que mes histoires personnelles pouvaient résonner socialement. J’y parle de blessures individuelles et collectives : hypocrisie religieuse, violences armées, indifférence de l’État, jeunesse en quête de repères. “Vergetures” est un cri d’espoir, un hommage à la résilience, à la lumière possible.
CP : As-tu un genre de prédilection ?
MG : Pas vraiment, mais je pense que mes prochaines œuvres seront principalement des romans.
Vie personnelle et vision d’avenir
CP : Nous sommes à l’approche de ton anniversaire, le 12 juin prochain. Comment te sens-tu à l’idée de célébrer un nouvel anniversaire ?
MG : Cette année, j’ai voulu faire du mois de juin un cheminement spirituel. J’ai participé à de nombreux projets et pris beaucoup d’engagements. Parfois, l’instant présent m’échappe, j’éprouve alors le besoin de me reconnecter à moi-même, de m’ancrer ici et maintenant.
CP : As-tu un souhait particulier pour cette année ?
MG : Oui. Me recentrer, me libérer du superflu, cultiver l’amour, la gratitude et me relier à l’intelligence infinie. Je crois que si je cultive une bonne santé spirituelle, je pourrai dépasser mes limites.
CP : Comment aimes-tu célébrer ton anniversaire en général ?
MG : Dans la plus grande simplicité. Avec des amis chers, de la musique classique, des poèmes lus à voix haute et une ambiance bienveillante. Je veux que ce soit un moment de qualité, entouré de personnes qui rayonnent de douceur, d’énergie positive et qui attirent la vie.
CP : Quelle est ton ambition la plus grande dans la vie ?
MG : Fonder un centre culturel à Bertin.
CP : Y a-t-il un objectif personnel ou professionnel que tu poursuis avec passion ?
MG : Oui. Me former davantage et orienter mes acquis vers des projets concrets, à la croisée de l’écriture, de la psychologie et de mes engagements sociaux.
CP : Quel impact aimerais-tu laisser dans le monde ?
MG : J’aimerais laisser des œuvres qui inspirent, transforment des vies, nourrissent l’espérance, éveillent les consciences et stimulent l’engagement.
CP : Que dirais-tu à un jeune qui doute de lui-même ?
MG : Que chaque être humain a une responsabilité existentielle. Les obstacles sont des éléments essentiels de notre construction. Il faut apprendre à embrasser ses peurs pour révéler sa lumière humaine.
CP : Quel conseil aurais-tu aimé recevoir plus tôt dans ta vie ?
MG : Fais confiance à ton cœur, il connaît le chemin.
CP : Un mot d’encouragement pour la génération actuelle ?
MG : Les moments difficiles forgent les hommes forts. Face à la crise que traverse notre pays, tenez bon. Soyez la lumière dans ces ténèbres.
CP : Merci, Mardochée Gay. À bientôt.
MG : Merci à vous. À bientôt.
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