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Tandis que la violence des gangs continue de s’intensifier dans la capitale haïtienne, une vague de déplacés internes transforme peu à peu Pétion-Ville en zone de refuge, créant une pression sociale et démographique sans précédent.
Une capitale livrée à elle-même
La capitale haïtienne vit une descente aux enfers sans précédent. De nombreux quartiers sont aujourd’hui entre les mains de groupes armés qui imposent leur loi dans la terreur. La vie nocturne a disparu, remplacée par la peur constante d’être victime d’une balle perdue. La ville jadis conçue comme un symbole d’urbanisme, il y a quelques années, n’est plus qu’une ombre d’elle-même, où la violence quotidienne ne fait plus de distinction entre citoyens ordinaires et figures d’autorité.
Une ville sans État
Port-au-Prince semble abandonnée par ses autorités. Le Champ de Mars, cœur historique et politique de la capitale, est aujourd’hui déserté par le pouvoir en place. Les membres du Conseil Présidentiel de Transition ont quitté le Palais national pour se réfugier à Delmas 60, laissant le centre du pouvoir symbolique à la merci de la criminalité. Comme l’a dénoncé feu Me Monferrier Dorval, nous sommes dans « un pays qui n’est ni dirigé ni administré ».
700 000 déplacés internes, une urgence humanitaire
Face à cette insécurité grandissante, plus de 700 000 Haïtiens ont été contraints de fuir leurs domiciles, selon l’Organisation internationale pour les migrations. De nombreux déplacés se retrouvent dans des écoles, des ministères ou encore dans des camps de fortune, sans accès à l’eau potable, à l’électricité ou à des services de base. Ces lieux reflètent la misère d’une société dont 80 % vit avec moins de 1,50 dollar par jour.
Pétion-Ville, l’illusion du calme
À quelques kilomètres seulement, Pétion-Ville offre une toute autre image. Comparativement à la capitale, cette commune demeure relativement calme. Les écoles y fonctionnent, les commerces ouvrent leurs portes et la population vit sans la même menace quotidienne.
Cependant,depuis mars, un afflux massif de déplacés y est constaté, engendrant un embouteillage permanent et une explosion démographique qui ne s’explique pas par une hausse de la natalité, mais par une fuite massive due à la criminalité.
Une fracture sociale de plus en plus visible
La situation a exacerbé les inégalités. Tandis que les enfants de Pétion-Ville poursuivent leur année scolaire, ceux restés à Port-au-Prince sont privés d’éducation. Les écoles sont fermées, les universités désertées, les rues barricadées. Le contraste est cruel : une frange de la jeunesse avance, tandis qu’une autre reste en marge, abandonnée par l’État, sans solution durable à leur détresse.
La responsabilité des autorités en question
La gestion de cette crise humanitaire et sécuritaire met en lumière l’inaction et la fuite des autorités haïtiennes. Pétion-Ville ne peut porter à elle seule le poids de toute une capitale déplacée. Il revient au gouvernement de reprendre le contrôle de Port-au-Prince, de rétablir l’autorité de l’État, et de garantir la sécurité des citoyens. La solution ne peut se résumer à déplacer les institutions : elle doit s’attaquer au cœur du problème, à savoir la montée fulgurante des gangs.
La situation actuelle de Port-au-Prince est plus qu’un simple défi sécuritaire : c’est une urgence nationale. L’avenir de toute une génération est en jeu, et le silence prolongé des autorités pourrait bien coûter à Haïti non seulement sa capitale, mais aussi son espoir collectif.
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