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Cette année encore, sous couvert de célébration nationale, l’État s’offre une retraite déguisée à Cap-Haïtien. Fuyant l’étreinte des gangs, les autorités ont choisi d’organiser la fête du drapeau dans la deuxième ville du pays. Et l’ironie, dans tout cela, c’est qu’en 2023, Fritz Jean, président du CPT, dénonçait les 90 millions dépensés par Ariel Henry pour cette même fête. En 2025, il en signe 400 millions.
En réalité, selon des citoyens capois, c’est une échappatoire soigneusement déguisée, un prétexte de plus pour investir, non pas dans les citoyens, mais dans une vitrine éphémère. Car depuis quelque temps déjà, selon eux, le Cap-Haïtien est devenu leur zone de repli, leur aire de loisir politique, un lieu sûr où ils viennent se recréer sous des motifs patriotiques, sans jamais laisser de réels changements derrière eux.
Des millions sont débloqués cette fois, 400 millions de gourdes pour faire flotter le drapeau plus haut que les cris de détresse. Selon quelques habitants de la Cité du Peuple, l’argent coule pour les estrades, les tentes, les affiches géantes et les parades. Mais la ville, elle, étouffe sous la poussière et la négligence.
À chaque détour, les routes sont crevassées, les quartiers enclavés, les écoles délabrées. Les autorités défilent, paradent, prononcent de beaux discours, puis s’en vont sans goudronner un seul mètre de route, sans équiper une seule salle de classe, sans répondre à la moindre plainte de la population, selon de jeunes universitaires.
La colère gronde, mais elle semble muette, étouffée par le bruit des tambours officiels. À Madeline, à Petit-Anse, à Carrefour Aéroport, à Sainte-Philomène, à Charrier presque dans toute la ville les routes sont en ruine depuis des années. L’asphalte est remplacé par des remblais qui se transforment en mer de boue à la moindre pluie. Avec les travaux de la DINEPA dans les rues, la circulation devient de plus en plus difficile à cause des trous d’eau qui jalonnent toute la cité christophienne.
Les professeurs battent le macadam pour revendiquer leur dû, pendant que les élèves s’entassent sur des briques faute de bancs. Mais l’État préfère enjoliver la façade plutôt que de réparer les fondations. “Une fête coûteuse pour masquer une gouvernance absente”, pensent certains parents d’élèves.
Et cette hypocrisie ne date pas d’hier. Depuis que le Cap-Haïtien est resté l’une des dernières villes relativement stables, les autorités s’y réfugient régulièrement sous des prétextes creux : rencontres communautaires, forums de dialogue, tournées d’évaluation, etc.
Les Capois pensent qu’à l’occasion de ce 18 mai, on ne peut pas honorer le bicolore haïtien en l’accrochant plus haut, mais en servant ceux qu’il représente. Le Cap-Haïtien mérite mieux qu’un carnaval d’un jour ; il mérite des routes sûres, des écoles dignes, un vrai respect. Tant que les dirigeants continueront à se servir de cette ville comme d’une scène de théâtre, le bleu et le rouge resteront tachés de mépris. Et le peuple capois, lui, continuera de marcher dans la boue.
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