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À l’ère des réseaux sociaux et de la surconnexion, une nouvelle forme de violence se répand silencieusement dans les coulisses du numérique haïtien. Il ne s’agit ni de balles ni de coups, mais de pixels et de clics, porteurs d’humiliation, de honte, et parfois de tragédie. Le phénomène Haitian Pie, actif exclusivement sur Telegram, en est l’une des manifestations les plus sordides.
Derrière le nom qui pourrait évoquer une douceur créole se cache une véritable machine de destruction d’images. Haitian Pie ne publie ni art, ni opinion, ni culture, ni éducation. C’est un tribunal sexuel clandestin où des vidéos et photos intimes de jeunes Haïtiens principalement des femmes, sont partagées en masse, souvent sans leur consentement. Un clic, un téléchargement, et la vie privée d’une personne devient un spectacle pour des milliers de voyeurs.
Les victimes sont généralement des jeunes, parfois mineures, pris au piège dans une société où l’accès à l’intimité numérique est immédiat, mais l’éducation numérique quasi inexistante. Dans un pays où l’espoir s’amenuise, le téléphone devient un confident, un moyen d’aimer, de se dévoiler, d’exister. Mais lorsque la confiance est trahie, cette intimité se retourne contre eux. La cyber-vengeance, le “revenge porn”, ou même la simple recherche de buzz transforment leur nudité en arme de leur propre chute.
Ce qui choque davantage, c’est le silence complice de la société. Beaucoup regardent, rient, partagent, sans se poser de questions. D’autres accusent la victime au lieu de condamner l’agresseur. Dans l’impunité numérique haïtienne, le voyeur est roi, et la victime devient coupable.
Face à ce fléau, l’État reste spectateur. Aucune régulation claire, aucun suivi judiciaire, aucune politique publique sérieuse sur la protection des données personnelles. Pourtant, les dégâts sont bien réels : dépression, isolement, abandon scolaire, suicides silencieux. Et cela se répand, comme un poison invisible, dans les téléphones de nos jeunes.
Il est temps que la jeunesse haïtienne prenne conscience de la valeur de sa dignité numérique. Il est temps que les écoles, les familles et les médias jouent leur rôle. Et surtout, il est temps que les autorités mettent en place un cadre légal strict pour punir le partage non-consensuel de contenus intimes. Si nous n’agissons pas maintenant, une génération entière risque d’être sacrifiée dans le silence des groupes Telegram et d’ailleurs.
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