By TMH
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Pendant longtemps, la question du consentement a été abordée presque exclusivement à travers le prisme féminin. À juste titre, car les violences sexuelles faites aux femmes demeurent massives et systémiques. Pourtant, une autre réalité, plus silencieuse, mérite aujourd’hui d’être examinée avec lucidité : la pression sexuelle exercée sur les hommes. Dans une société où la virilité est associée à la performance, au désir constant et à la domination sexuelle, dire non en tant qu’homme devient souvent socialement inacceptable, voire impossible.
Une masculinité construite sur l’obligation du désir
Dès l’adolescence, les garçons sont socialisés à croire qu’un « vrai homme » doit toujours vouloir du sexe. Le désir masculin est présenté comme automatique, irrépressible, quasi animal. Refuser une relation sexuelle est alors perçu comme un signe de faiblesse, d’impuissance, voire d’anormalité. Cette construction sociale transforme le désir en devoir, et le consentement en obligation tacite.
Dans ce contexte, dire non n’est pas une simple décision personnelle ; c’est un acte qui remet en question l’identité masculine elle-même. Beaucoup d’hommes craignent d’être ridiculisés, suspectés d’homosexualité, accusés de manquer de virilité ou de confiance en soi. Le silence devient alors une stratégie de survie sociale.
Parler de pression sexuelle sur les hommes ne signifie pas nier les violences faites aux femmes, mais reconnaître que la coercition sexuelle peut prendre plusieurs formes et provenir de différents acteurs. Certaines femmes, consciemment ou non, peuvent exercer une pression émotionnelle ou psychologique sur leur partenaire masculin : chantage affectif, culpabilisation, moqueries, remise en question de sa masculinité.
Des phrases comme « Tu es un homme, tu dois avoir envie », « Si tu m’aimais vraiment, tu le ferais » ou « Tous les hommes sont comme ça » participent à cette dynamique. Le refus masculin est alors interprété comme un rejet personnel, une offense, ou une trahison affective.
Le consentement masculin : un concept encore tabou
Le consentement est souvent présenté comme une notion féminine. Dans l’imaginaire collectif, un homme est toujours consentant. Cette vision rend invisibles les situations où les hommes subissent des rapports sexuels non désirés, sous la pression sociale, émotionnelle ou relationnelle.
Un homme peut dire oui sans vouloir, par peur de perdre son partenaire, par crainte du jugement, ou simplement pour « être à la hauteur ». Ce consentement contraint est rarement reconnu comme une violence, et encore moins nommé comme tel.
Par contre, les effets de cette pression sont réels et durables. De nombreux hommes rapportent des sentiments de honte, de confusion, de dégoût de soi ou de détachement émotionnel après des rapports sexuels non désirés.
À long terme, cela peut entraîner anxiété, troubles de l’estime de soi, dépression, voire rejet de l’intimité.
Le problème est aggravé par le fait que les hommes parlent peu. La peur d’être moqués, de ne pas être crus ou d’être accusés d’exagération les pousse au silence. La société, elle-même, ne leur offre que très peu d’espaces de parole légitimes.
La pression sociale et le regard des pairs
Au-delà du couple, la pression sexuelle est aussi alimentée par le regard des autres hommes. Les discussions entre amis valorisent souvent la performance sexuelle, le nombre de partenaires, la capacité à « conclure ». Celui qui refuse ou qui n’a pas envie devient une anomalie.
Cette culture de la performance enferme les hommes dans un rôle qu’ils n’ont parfois pas choisi. Le sexe n’est plus un espace de partage et de désir mutuel, mais une preuve sociale à fournir.
Dire non, pour un homme, demande souvent plus de courage qu’on ne l’imagine. C’est aller à contre-courant des attentes sociales, remettre en question des normes profondément enracinées.
Reconnaître ce droit fondamental ne retire rien aux luttes féministes ; au contraire, cela renforce l’idée universelle du consentement libre, éclairé et réversible. Car,le consentement n’a pas de genre. Il est un droit humain.
Toutefois, parler de la pression sexuelle sur les hommes n’est pas un luxe, ni une provocation. C’est une nécessité sociale. Reconnaître que les hommes peuvent aussi être victimes de coercition sexuelle, c’est avancer vers une société où le désir n’est plus une obligation, mais un choix.
Car au fond, le vrai courage n’est pas de toujours dire oui, mais de pouvoir dire non sans avoir à se justifier.
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