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Dans un contexte international marqué par une opération militaire américaine au Venezuela, le 3 janvier 2026, conduisant à l’enlèvement du président Nicolás Maduro, et par la montée des tensions géopolitiques en Arctique, Donald Trump relance une ambition controversée, l’acquisition du Groenland. Derrière les arguments sécuritaires avancés par Washington se cachent des enjeux économiques et technologiques majeurs, notamment la course mondiale aux terres rares, essentielles à l’intelligence artificielle, à l’industrie militaire et à la transition énergétique.
Le Groenland, un territoire stratégique au cœur de l’Arctique
Avec une superficie de 2,1 millions de kilomètres carrés, dont près de 81 % recouverts de glace, le Groenland est la plus grande île du monde. Peu peuplé, avec environ 56 000 habitants, il bénéficie d’un statut de territoire autonome rattaché au Royaume du Danemark. Bien que politiquement lié à l’Europe, le Groenland appartient géographiquement à l’Amérique du Nord et se situe plus près des États-Unis que de Copenhague.
Cette position géographique confère au territoire une importance stratégique croissante. Le réchauffement climatique ouvre progressivement de nouvelles routes maritimes en Arctique, transformant la région en un espace clé pour le commerce mondial et la projection militaire.
La sécurité nationale comme argument officiel
Donald Trump justifie son intérêt pour le Groenland par des impératifs de sécurité nationale. Selon la Maison Blanche, les États-Unis doivent renforcer leur présence en Arctique afin de contrer l’influence grandissante de la Russie et de la Chine dans la région. Contrôler le Groenland offrirait à Washington un avantage stratégique majeur, notamment une ligne directe avec la Russie et une capacité accrue de surveillance des voies maritimes arctiques.
Ces arguments sécuritaires sont régulièrement mis en avant par l’administration américaine pour légitimer une implication plus directe dans les affaires du territoire.
Une présence militaire américaine déjà bien établie
Les États-Unis disposent déjà d’un point d’ancrage stratégique au Groenland avec la base spatiale de Pituffik, anciennement appelée base aérienne de Thulé. Il s’agit de la base militaire américaine la plus septentrionale encore en activité. Placée sous l’autorité de la Force spatiale des États-Unis, elle joue un rôle central dans la surveillance satellitaire et la détection de missiles.
Située sur la trajectoire la plus courte entre les États-Unis et la Russie, cette base constitue un maillon essentiel du dispositif de défense américain. Un accord signé en 1951 avec le Danemark autorise Washington à étendre cette installation et à en créer de nouvelles, avec l’accord des autorités danoises et groenlandaises.
Les terres rares, véritable moteur de l’intérêt américain
Au-delà de la dimension militaire, l’enjeu central du dossier groenlandais réside dans les terres rares. Ces minéraux sont indispensables à la fabrication de technologies stratégiques telles que les aimants permanents, les puces d’intelligence artificielle, les batteries de véhicules électriques, les missiles guidés et les satellites.
En 2025, la Chine a durci ses restrictions sur l’exportation des terres rares lourdes, provoquant des perturbations dans les industries automobile et de défense américaines. Pékin contrôle aujourd’hui près de 90 % du traitement mondial de ces minerais, une dépendance que Washington considère comme une menace stratégique.
Le Groenland disposerait de certaines des plus grandes réserves non exploitées de terres rares au monde, estimées à environ 1,5 million de tonnes. Pour Donald Trump, sécuriser ces ressources permettrait de bâtir une chaîne d’approvisionnement indépendante, réduisant la dépendance américaine vis-à-vis de la Chine.
Le projet Tanbreez, pièce maîtresse de la stratégie
Au centre de cette bataille se trouve le projet minier Tanbreez, dans le sud du Groenland. Contrairement à d’autres gisements comme Kvanefjeld, bloqués en raison de la présence d’uranium, Tanbreez bénéficie déjà d’une licence d’exploitation et est considéré comme techniquement plus facile à exploiter.
En janvier 2026, la société Critical Metals Corp, qui gère le projet, a vu son cours en Bourse bondir après des rumeurs d’un investissement massif de la part de Washington. L’objectif serait de lancer l’extraction dès 2027 afin d’approvisionner les industries américaines et européennes en minéraux critiques.
Une approche politique assumée par Washington
Signe de l’urgence accordée au dossier, Donald Trump a nommé le 5 janvier 2026 Jeff Landry, gouverneur de Louisiane, comme envoyé spécial pour le Groenland. Sa mission consiste à sécuriser l’accès aux ressources stratégiques de l’île, par des accords commerciaux renforcés ou par une redéfinition du statut politique du territoire.
Cette nomination illustre le glissement d’une logique économique vers une approche géopolitique assumée, où les ressources naturelles deviennent un instrument central de puissance.
Un dilemme environnemental et politique
L’exploitation des terres rares pose toutefois un problème majeur. Elle est extrêmement polluante et représente un risque important pour l’écosystème arctique. Le gouvernement groenlandais, dirigé par Jens-Frederik Nielsen, refuse tout projet susceptible de mettre en péril l’environnement ou d’impliquer l’extraction d’uranium.
De son côté, l’Union européenne tente de proposer une alternative à travers son Plan d’action sur les matières premières critiques. Cependant, elle ne dispose ni des moyens financiers ni du levier militaire que les États-Unis sont prêts à engager.
Une Europe unie mais prudente
Face aux déclarations américaines, plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Danemark, ont publié un communiqué commun rappelant que le Groenland appartient à son peuple. Si l’unité politique est affichée, la réponse européenne reste prudente.
La dépendance de l’Europe envers les États-Unis, notamment sur le dossier ukrainien et la sécurité en Arctique, limite sa capacité de réaction. La Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a néanmoins averti qu’une annexion du Groenland par Washington signifierait la fin de l’OTAN.
Un nouvel épicentre des tensions mondiales
À la croisée des ambitions militaires, économiques et technologiques, le Groenland s’impose comme un nouveau foyer de tensions internationales. En cherchant à s’affranchir du monopole chinois sur les terres rares, les États-Unis prennent le risque de fragiliser durablement leurs alliances et de transformer l’Arctique en une zone de confrontation ouverte.
L’issue des discussions diplomatiques à venir, notamment entre Washington et Copenhague, pourrait déterminer non seulement l’avenir du Groenland, mais aussi l’équilibre stratégique mondial en ce début d’année 2026.
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