« Kot kòb PetroCaribe a ? » : une question qui s’efface face à un scandale toujours sans réponse

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Pendant plusieurs années, la question « Kot kòb PetroCaribe a ? » a résonné comme un cri collectif en Haïti. Lancée en 2018 par le cinéaste Gilbert Mirambeau Jr., elle s’est imposée comme le symbole d’une lutte contre la corruption et pour la transparence. Aujourd’hui, cette question semble s’effacer de l’espace public. Pourtant, le scandale, lui, reste entier.

Des milliards pour le développement… disparus

Le programme PetroCaribe, initié par le Venezuela de Hugo Chávez, permettait à Haïti d’acheter du pétrole à crédit, avec une partie du paiement différée sur le long terme.

Entre 2008 et 2016, près de 4 milliards de dollars ont été générés à travers ce mécanisme. Mais selon plusieurs rapports officiels et enquêtes, une grande partie de ces fonds a été détournée ou mal utilisée, avec des projets inachevés et peu d’impacts visibles sur la population.

Une mobilisation née sous Jovenel Moïse

C’est en 2018, sous la présidence de Jovenel Moïse, que la colère populaire a explosé.

Le mouvement PetroCaribe Challenge, porté par une jeunesse connectée, a rapidement pris une dimension nationale et internationale. Sans leader officiel, il a imposé une exigence claire : que les responsables rendent des comptes.

Des milliers de citoyens sont descendus dans les rues, faisant de ce mouvement l’une des plus grandes mobilisations populaires de l’histoire récente du pays.

Une dette réelle, un pays qui paie encore

Pendant que la mobilisation s’essouffle, une réalité économique persiste.

Haïti a accumulé une dette estimée à plus de 2 milliards de dollars dans le cadre de PetroCaribe. Selon Le Nouvelliste, en 2024, le pays a déjà versé environ 500 millions de dollars au Venezuela dans le cadre du remboursement de cette dette.

Le reste de la dette a fait l’objet de réaménagements ou d’annulations partielles, mais le principe reste le même : le pays paie pour un argent dont les bénéfices restent largement invisibles.

Ce remboursement, étalé sur plusieurs années, continue de peser sur une économie déjà fragilisée.

Un contraste frappant dans la région

Dans la Caraïbe, tous les pays n’ont pas connu le même sort.

Des États comme la République dominicaine ou la Jamaïque ont utilisé les fonds PetroCaribe pour financer des infrastructures, stabiliser leur économie ou soutenir des programmes sociaux.

En Haïti, au contraire, les résultats visibles restent limités, renforçant un sentiment d’échec collectif.

Un silence qui interroge

Depuis le début de l’année 2020, la mobilisation s’est affaiblie. La question ne résonne plus avec la même force.

Pourquoi ?

Certains soupçonnent l’influence des présumés dilapidateurs, capables de peser sur les institutions ou de ralentir le processus judiciaire. D’autres évoquent les menaces et pressions subies par des Petrochallengers, dans un contexte marqué par l’insécurité.

Entre peur, fatigue citoyenne et blocages politiques, le combat semble suspendu.

L’absence de justice, un danger pour l’avenir

Malgré les rapports accablants, le dossier PetroCaribe n’a pas encore abouti à un procès majeur.

Cette absence de justice n’est pas sans conséquences. Elle renforce l’impunité, fragilise la confiance envers les institutions et envoie un signal dangereux : celui que les crimes économiques de grande ampleur peuvent rester sans sanction.

À long terme, cela peut affaiblir davantage l’État de droit et compromettre les perspectives de développement du pays.

Une question qui refuse de mourir

« Kot kòb PetroCaribe a ? » ne se crie peut-être plus dans les rues, mais elle n’a jamais été réellement résolue.

Elle s’est transformée en silence.

Un silence lourd, chargé de frustration et d’incompréhension.

Et maintenant ? Changer de stratégie


Face à l’essoufflement des mobilisations traditionnelles, une nouvelle phase semble nécessaire.

Journalisme d’investigation, productions documentaires, mobilisation numérique, pression citoyenne structurée : le combat pourrait changer de forme.

Peut-être que le véritable enjeu aujourd’hui n’est plus seulement de poser la question, mais d’imposer des mécanismes capables d’obtenir des réponses.

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