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Le 12 janvier 2010, Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, s’est effondrée. Un séisme de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter, baptisé plus tard Goudou Goudou, a fauché près de 300 000 vies et bouleversé durablement le pays. Seize ans après, la douleur demeure, mais ce qui choque davantage, c’est l’absence de reconstruction réelle, de rupture et de vision. Si le drame était naturel, ses conséquences ont profondément affecté la vie politique, économique et sociale d’un pays aujourd’hui à genoux.
La reconstruction, un mirage entretenu
Après 2010, des milliards ont été promis. Des conférences ont été organisées, des plans ont été élaborés et partout des discours ont été prononcés. Pourtant, sur le terrain, les cicatrices sont toujours visibles. Les constructions anarchiques se sont multipliées, sans normes parasismiques, sans contrôle et sans planification. Les autorités haïtiennes ont tout laissé faire. En 2026, si un séisme de la même magnitude frappe le pays, les pertes humaines pourraient être encore plus lourdes qu’en 2010, car rien n’a changé, sinon l’aggravation du risque.
Une économie en chute libre
Depuis 2018, Haïti connaît une décroissance économique continue. L’inflation explose, les emplois se raréfient et le pouvoir d’achat s’effondre. La misère s’installe durablement. Le pays ne produit pas suffisamment, n’exporte presque rien et dépend de l’extérieur pour survivre. Cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais celui d’années de mauvaise gouvernance, d’improvisation et d’irresponsabilité au plus haut niveau de l’État.
L’insécurité comme héritage
Par ailleurs, Port au Prince, déjà meurtrie par le séisme, est aujourd’hui méconnaissable. L’insécurité est devenue la norme. Depuis janvier 2025, les gangs contrôlent à eux seuls environ 85% des territoires de la région métropolitaine de Port au Prince, selon l’ONU. De larges portions de la capitale sont transformées en zones de non droit. Des espaces qui n’étaient pas habitables avant 2010, mais occupés après le séisme, sont désormais sous la domination de groupes armés. La zone de Canaan, à l’entrée nord de la capitale, contrôlée par un gang dirigé par un chef connu sous le nom de Jeff, en est un exemple.
Alors que, quelque temps après, des milliers de personnes ont fait de cette zone un quartier habitable, les appels se multipliaient auprès du gouvernement de l’ex président Joseph Michel Martelly pour ne pas abandonner Canaan à lui-même. Des organisations de défense des droits humains avaient demandé la construction d’un commissariat de police, d’écoles, d’espaces de loisirs pour les enfants, d’hôpitaux et d’autres infrastructures sociales de base. Cependant, rien n’a été fait jusqu’à l’effondrement de la zone sous le poids de l’insécurité persistante.
Le Palais national, symbole d’un État à terre
Plus loin, le Palais national, effondré lors du séisme, n’a jamais été reconstruit. Pourtant, des projets ont existé, notamment sous la présidence de Jovenel Moïse. Rien n’a abouti. Ce bâtiment, aujourd’hui en ruine, est devenu le symbole d’un État insouciant, à genoux et incapable de se relever.
Au contraire, l’abri provisoire construit sur le terrain où se trouvait le Palais national ne peut même pas servir de lieu de travail au Conseil présidentiel de transition, le CPT. Ce groupe de sept présidents et de deux conseillers prétend diriger le pays depuis la mi 2024, mais sans changement réel.
PetroCaribe, la trahison ultime
Comment parler de l’après Goudou Goudou sans évoquer le scandale PetroCaribe ? Ce fonds, initié avec le soutien du Venezuela, devait permettre à Haïti d’investir dans des projets structurants. Aujourd’hui, cet argent est perdu, dilapidé et englouti dans la corruption et l’opacité. Le pays n’en a rien vu, sinon la confirmation d’une trahison collective envers le peuple haïtien. Pourtant, personne ne fait l’objet d’une enquête judiciaire sérieuse ni d’une condamnation pour des infractions liées à la corruption.
16 après, un pays plus vulnérable qu’avant
Haïti est aujourd’hui plus fragile qu’en 2010, plus pauvre et moins sécurisée, plus désorganisée et plus dépendante de l’extérieur. Le Goudou Goudou n’a pas été un électrochoc suffisant pour forcer un changement profond. Au contraire, il a révélé les failles d’un système qui a refusé de se corriger jusqu’à présent. Il révèle également la présence constante d’une série de dirigeants sans vision, sans plan d’action et sans projet de société.
Se souvenir du 12 janvier n’est pas un simple exercice de mémoire. C’est un devoir de lucidité. Seize ans après, Haïti ne vit pas seulement avec les morts du séisme, elle vit avec l’échec d’un État qui n’a jamais su honorer leur mémoire par l’action.
Au regard de la situation actuelle du pays, nul ne sait encore quand cette crise prendra fin. En l’absence d’un véritable plan visant à rééquilibrer l’économie, la vie sociale et la vie politique, l’avenir demeure incertain. Pire encore, les dernières élections organisées dans le pays auront dix ans dans quelques mois. Aujourd’hui, le Conseil présidentiel de transition, le CPT, se montre incapable d’organiser de nouvelles élections, une situation qui ne fait qu’assombrir davantage la crise nationale.
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