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Dans les années 70, 80 et même 90, on rapporte que des artistes comme Manno Charlemagne, Ti Manno, Yole Dérose, ou encore Boulo Valcourt mettaient leur art au service du pays. Leurs chansons étaient non seulement des mélodies agréables, mais elles étaient aussi des messages forts. Elles parlaient de pauvreté, d’exil, d’injustice, de la douleur d’un peuple trop souvent abandonné. À travers sa guitare, Manno dénonçait la corruption et la misère. Il chantait pour réveiller les consciences, pour pousser les jeunes à réfléchir, à s’indigner.
Ti Manno, avec sa voix unique, osait dire ce que beaucoup pensaient tout bas. Dans ses textes, il remettait en question les dérives sociales, l’hypocrisie, la violence des puissants. Ce genre de musique, c’était une sorte de guide moral, un phare dans l’obscurité. Les artistes d’alors prenaient des risques. Ils n’étaient pas juste là pour faire danser, mais pour faire réfléchir.
Aujourd’hui, les choses ont changé. La scène musicale est dominée par d’autres styles le rabòday, le rap kreyòl, le kompa love. Trop souvent, beaucoup de chansons sont axées sur l’argent facile, les armes, le sexe, les rivalités entre artistes. Bien sûr, il existe encore des voix qui essaient de faire passer un message fort des artistes comme BIC, Belo, Blaze One, Jean-Jean Roosevelt et tant d’autres. mais elles sont trop souvent noyées dans un flot de contenus superficiels.
Ce n’est pas pour critiquer les musiciens actuels. Le monde a changé, le public aussi. Il faut vivre, il faut vendre. Mais quand la musique devient uniquement un produit à consommer, elle perd cette dimension essentielle qu’elle avait autrefois : celle de nourrir l’âme, de parler à l’esprit, pas seulement au corps.
Et c’est là que le bât blesse. Dans une société où les repères se perdent, où les jeunes sont souvent livrés à eux-mêmes, où les modèles positifs se font rares, la musique pourrait être un outil puissant pour reconstruire. Mais si elle ne fait que refléter les dérives, voire les amplifier, elle devient complice.
Est-ce qu’on doit tout rejeter de la musique actuelle ? Non. Il y a du talent, de la créativité, de la force. Mais il faut aussi du courage. Le courage de dire des choses vraies, même si ce n’est pas à la mode. Le courage de proposer autre chose que la provocation ou l’évasion. Parce que dans un pays comme Haïti, chaque chanson peut être un cri ou un silence complice.
Ce n’est pas la nostalgie qui parle ici, c’est le besoin. Le besoin urgent d’avoir à nouveau une musique qui nous élève, qui nous rassemble, qui nous réveille. Une musique qui ose. Qui ose parler d’amour autrement. Qui ose dénoncer l’injustice. Qui ose dire aux jeunes qu’ils valent plus que ce qu’on leur montre.
La musique haïtienne a déjà prouvé qu’elle pouvait changer les choses. Elle peut encore le faire. Mais pour ça, il faut que les artistes, les producteurs, les médias et même le public choisissent d’aller plus loin. D’écouter autrement. D’écrire autrement. Parce que, oui, la musique a ce pouvoir. Celui de guérir. Celui de bâtir.
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