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Le système éducatif haïtien traverse actuellement une crise sans précédent, marquée par une dégradation progressive des conditions d’apprentissage et une inégalité croissante d’accès à l’éducation. Face à cette situation alarmante, le ministre de l’éducation nationale et de la formation professionnelle, M Antoine Augustin, a récemment pris la parole pour dresser un bilan sombre et interpeller l’ensemble des acteurs concernés, tant au niveau national qu’international. « Paran, pwofesè mezanmi Lekòl la kraze» a-t-il déclaré.
Lors de sa récente intervention, le ministre Augustin a révélé des chiffres inquiétants : sur plus d’un million d’enfants inscrits dans les écoles haïtiennes, seuls environ 187 000 parviennent à atteindre la 9e année fondamentale. Ce chiffre traduit une déperdition scolaire massive, une fuite préoccupante du système qui peine à retenir ses élèves.
Par ailleurs, le ministre a indiqué que pour l’année académique 2024-2025, environ 109 000 candidats seulement sont inscrits au baccalauréat, y compris les élèves du Bacc Permanent. Ces données mettent en lumière l’ampleur des défis structurels que rencontre le système éducatif haïtien, où de nombreux élèves quittent prématurément l’école, souvent sans avoir acquis les bases nécessaires pour poursuivre leur parcours.
Les causes profondes de la crise
Antoine Augustin a insisté sur le fait que l’éducation en Haïti est majoritairement dispensée dans le secteur privé. Cette réalité crée une fracture sociale profonde, car beaucoup d’enfants issus de familles défavorisées ne peuvent tout simplement pas payer les frais de scolarité. Ce manque d’accès à une éducation de qualité accentue la vulnérabilité des jeunes, qui se retrouvent parfois contraints à abandonner leurs études pour rejoindre les rangs des groupes armés ou de la rue.
Le ministre a aussi dénoncé des dysfonctionnements majeurs, tels que le fait que des enfants âgés de seulement 11 ans passent encore les examens de la 9e année fondamentale, ce qui illustre une inadaptation du système et un manque de contrôle sur le parcours scolaire des élèves.
L’impact de l’insécurité : une génération sacrifiée
La situation sécuritaire catastrophique qui règne depuis plusieurs années en Haïti joue un rôle déterminant dans la dégradation du système éducatif. Les violences perpétrées par les groupes armés, les enlèvements ciblés, les affrontements meurtriers et les déplacements massifs de populations ont conduit à la fermeture forcée de milliers d’établissements scolaires dans tout le pays. Selon les rapports officiels, plusieurs centaines d’écoles ont cessé leurs activités, privant ainsi plusieurs centaines de milliers d’enfants de leur droit fondamental à l’éducation.
Outre les fermetures, de nombreuses écoles ont subi des dégâts matériels importants, avec des bâtiments endommagés voire détruits. D’autres établissements sont aujourd’hui occupés par des déplacés internes ou par des groupes armés, ce qui empêche toute reprise normale des cours. Cette situation dramatique place la scolarité de milliers d’élèves en suspens et fragilise un peu plus un système déjà affaibli.
Les conséquences sont terribles : privés d’école, ces enfants sont laissés à eux-mêmes, exposés aux dangers des rues, à la précarité, et aux influences néfastes des gangs. Cette génération risque d’être sacrifiée, avec des répercussions lourdes à moyen et long terme pour la société haïtienne tout entière.
La précarité économique, un frein supplémentaire
La crise économique qui frappe Haïti constitue un obstacle majeur à l’accès et à la continuité de l’éducation pour des milliers d’enfants à travers le pays. Cette précarité est intimement liée à l’instabilité politique et sécuritaire, mais elle s’enracine aussi dans des problématiques structurelles profondes. En effet, la majorité des familles haïtiennes vivent dans une situation de grande vulnérabilité financière, rendant le financement des études souvent impossible.
Pour beaucoup de ménages, les frais liés à la scolarisation, que ce soit les frais d’inscription, les uniformes, les fournitures scolaires ou encore les transports, représentent une charge trop lourde à supporter. Dans un contexte où le salaire moyen est extrêmement bas et que le chômage touche une grande partie de la population active, les parents doivent souvent faire des choix difficiles, privilégiant la survie immédiate à l’éducation de leurs enfants.
En effet, cette situation économique désastreuse pousse certains enfants à abandonner l’école pour travailler, souvent dans des emplois informels, mal rémunérés et parfois dangereux, afin de contribuer au revenu familial. D’autres sont contraints de se tourner vers des activités illégales ou de rejoindre des groupes armés, exposés à des risques élevés d’exploitation et de violence.
La précarité économique alimente aussi un cercle vicieux, où le manque d’éducation réduit à son tour les perspectives d’emploi futur et aggrave la pauvreté intergénérationnelle. Les enfants qui quittent prématurément le système scolaire ont peu de chances d’accéder à un emploi stable et décent, ce qui renforce la dépendance à l’économie informelle et fragilise davantage le tissu social haïtien.
Et maintenant ?
Les chiffres sont là. Les constats sont clairs. Le système éducatif haïtien vacille, et avec lui l’avenir d’une génération entière. Trop d’élèves décrochent, trop d’écoles déraillent, trop peu d’espoir se maintient.
Alors que faut-il ? Une réelle volonté politique ? Un sursaut collectif ?
Le pays peut-il encore croire à une école pour tous, équitable, stable et porteuse d’avenir ?
Le moment est venu de dépasser les constats et de poser les actes. Haïti ne peut pas se permettre de continuer à perdre ses cerveaux avant même qu’ils ne s’épanouissent. Il est temps d’agir. Pas demain, mais aujourd’hui.
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