Le sexe comme récompense : Une pratique jugée injuste et pervasive en Haïti

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Dans une société où les inégalités sont déjà criantes, une pratique malsaine continue de ronger les fondements de l’éthique : l’échange de faveurs sexuelles contre des services, des notes, des promotions ou même des biens essentiels. Que ce soit à l’école, à l’église, au bureau ou au marché, le sexe est trop souvent traité comme une monnaie d’échange. Une récompense attendue pour un service, une faveur ou une promesse. Ce phénomène, profondément injuste et déshumanisant, est banalisé, voire parfois toléré.

Une culture du silence

En Haïti, cette réalité est bien connue, mais rarement dénoncée. Les victimes souvent des femmes, mais aussi des hommes se taisent, par peur de la stigmatisation, de la perte d’opportunités ou des représailles. Et ceux qui en profitent s’appuient sur une culture du pouvoir et de l’impunité.

À l’école, des élèves sont contraintes de céder à des avances pour garantir leurs moyennes. À l’église, certaines fidèles sont manipulées sous prétexte de bénédictions spéciales. Dans les bureaux, des femmes voient leur avenir professionnel suspendu à leur capacité à dire oui. Sur les marchés, certaines marchandes cèdent pour obtenir un emplacement ou un prêt. Le sexe devient alors une récompense attendue, imposée, presque institutionnalisée.

” Je m’en souviens. J’avais 25 ans. Un entrepreneur m’a offert l’opportunité de trouver un emploi. J’avais enfin pu réaliser l’un de mes rêves. Et par la suite, il a voulu que je couche avec lui en guise de remerciement “, confie une jeune femme sous couvert d’anonymat. ” Les professeurs le font souvent. Ils veulent que tu couches avec eux pour t’assurer une bonne note. Les directeurs d’école le font aussi, notamment avec ceux et celles qui n’arrivent pas à payer leur scolarité. C’est une société qui abuse de la majorité des jeunes filles  et même des garçons “, témoigne Thamar.

Un regard biaisé de la société haïtienne

Malheureusement, une grande partie de la société haïtienne nourrit ce cycle. Le jugement ne tombe pas toujours sur le prédateur, mais sur la victime :
” Elles l’ont cherché. Elles le voulaient. Elles savaient ce qu’elles faisaient. ” Ces phrases, souvent lancées avec désinvolture, alimentent la honte et étouffent la parole. ” Moi, je porte souvent des vêtements décontractés. Lors de mon premier emploi, mon patron m’a invitée à dîner. Je n’ai pas refusé. Il m’a violée. Et en rentrant chez moi, tout le monde m’a critiquée. Même ma grande sœur m’a dit que je l’avais cherché à cause de ma tenue “, raconte une jeune trentenaire.

La faute est ainsi souvent déplacée. Ce n’est pas le supérieur hiérarchique ou l’homme d’église qui abuse de son pouvoir qui est blâmé, mais la jeune fille accusée de provocation. Ce regard social encourage le silence, et renforce la normalisation d’une pratique profondément toxique.

Comment y remédier ?

Il est urgent de déconstruire cette mentalité. Voici quelques pistes concrètes :

1. Éducation et sensibilisation : Dès le plus jeune âge, il faut enseigner le respect du consentement, l’égalité des sexes et le droit de dire non, sans conséquence.

2. Politiques claires dans les institutions : Écoles, églises, entreprises et administrations doivent adopter des codes de conduite stricts contre les abus de pouvoir à caractère sexuel, avec des sanctions réelles et appliquées.

3. Encourager la parole des victimes : Créer des espaces sûrs où les victimes peuvent témoigner sans peur, et recevoir un accompagnement juridique et psychologique adapté.


4. Changer le discours social : Les médias, artistes, influenceurs et leaders d’opinion doivent s’engager à dénoncer ces pratiques et à défendre la dignité des victimes.

5. Renforcer la justice : Trop souvent, les agresseurs restent impunis. La justice haïtienne doit jouer son rôle, sans favoritisme ni intimidation, avec rigueur et impartialité.

Aider ne doit jamais être conditionné

En dépit de tout, le sexe reste un plaisir passager, parfois un moyen de survie pour certaines femmes dans la rue. Mais lorsqu’il est question d’aide, de solidarité, d’un coup de main sincère, le sexe ne doit jamais être une récompense.

Si tu veux aider quelqu’un dans le besoin que ce soit pour un emploi, un logement, des études ou une assistance quelconque ne demande pas à coucher avec cette personne en retour. Cette exigence, souvent implicite, ne fait qu’aggraver la vulnérabilité de ceux que tu prétends soutenir. Tu veux aider ? Aide avec ton cœur. N’attends pas que l’on te remercie par le sexe. Le sexe ne doit jamais être une récompense. Il ne doit jamais être une condition. Il ne doit jamais être un outil de pression.

Dans une société juste, chaque individu mérite respect, dignité et liberté, quel que soit son sexe, son statut ou ses ambitions.
Briser ce cycle, c’est choisir de bâtir une Haïti plus équitable, plus humaine, plus digne.

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