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La protection des droits de l’enfant constitue l’un des fondements essentiels de tout État de droit, en particulier dans les situations de crise, où leur sécurité, leur développement et leur épanouissement sont largement compromis. En Haïti, depuis près d’une dizaine d’années, une instabilité politique accompagnée d’une série de crises : Sociale, sécuritaire, économique et humanitaire, affectent la population en générale. Ce climat turbulent a créé un environnement dans lequel, les enfants sont quotidiennement exposés à des violations graves de leurs droits fondamentaux. Ainsi donc, l’État Haïtien ne peut se soustraire de son obligation de protection de leurs droits, en particulier dans un tel contexte où les enfants sont parmi les plus touchés.
Cet article examine l’impact des crises sur les enfants et les obligations de l’État haïtien tant au regard du droit international que du droit interne de garantir la protection des droits de l’enfant, notamment face à l’urgence de leur situation.
Impact des crises : les enfants, les premiers affectés
En effet, les multiples crises que connait le pays, entraînent des conséquences considérables sur l’ensemble de la population, toutefois, les enfants sont parmi les premières victimes en raison de leur fragilité et de leur vulnérabilité. La situation conduit à des violations continuelles de leurs droits fondamentaux, notamment :
Leur droit à la sécurité
Les déplacements forcés dans des sites de fortune figurent parmi les principaux facteurs compromettant leur sécurité. Les sites d’accueil dépourvus de protection, exposent des milliers d’enfants à des risques de violences physiques et sexuelles, à des enlèvements, et à l’exploitation. Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a rapporté dans un article publié le 9 octobre 2025, que 680 000 enfants ont été forcés au déplacement en raison des violences armées au cours de l’année 2025.
Selon les Nations Unies, les violences sexuelles contre les mineurs ont été multipliées par dix en Haïti, en 2024. En outre, lors des affrontements entre les groupes armés, les enfants sont victimes de blessures graves, dans certains cas la mort, causées par des balles perdues.
Leur droit à l’éducation
Le droit fondamental de chaque enfant d’avoir accès à l’éducation, qui fut déjà un véritable défi en Haïti, se trouve encore plus compromis en raison de la violence et de l’insécurité. « Depuis janvier 2024, plus de 900 écoles sont fermées », rapporte ReliefWeb dans un article publié le 20 mars 2025. Ces établissements sont contraints de fermer leurs portes sous la menace des bandes armées, certains ont été reconvertis en abris provisoires pour des familles en situation d’urgence en raison de l’insécurité.
Dans un communiqué de presse publié en octobre 2025, l’UNICEF fait état de 3,3 millions d’enfants confrontés à une crise humanitaire sans précédent, et plus d’un million d’enfants se trouvent dans une situation sévère d’insécurité alimentaire. Dans lieux d’hébergement temporaire, Ils n’ont pas accès aux soins de santé, et ils sont exposés à des risques de maladies infectieuses, comme le choléra, et la tuberculose.
Le renforcement de la problématique de la délinquance juvénile en Haïti
Le pays, déjà en proie au phénomène de la délinquance chez les jeunes, connaît aujourd’hui une augmentation significative. Des mineurs, souvent confrontés à la faim, et parfois sous la menace, sont recrutés pour renforcer l’effectif des groupes armés, phénomène particulièrement constaté dans les quartiers défavorisés, tels que Cité Soleil, Martissant et Bel-Air. Selon l’UNICEF, en 2024, le nombre d’enfants recrutés par les groupes armés a augmenté de 70% en l’espace d’une année.
Cadre juridique international et national de la protection des droits de l’enfant
Dans le cadre juridique international de la protection des droits de l’enfant, la Convention relative aux droits de l’enfant (CIDE), adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989 et entrée en vigueur le 2 septembre 1990, constitue l’instrument juridique universel définissant les droits de l’enfant. Selon cette convention, ratifiée par 196 États, l’enfant est un individu à part entière et dispose des mêmes droits fondamentaux qu’une personne adulte, tout en présentant des besoins spécifiques et des droits particuliers.
La CIDE énonce quatre principes fondamentaux concernant les droits de l’enfant :
-la non-discrimination,
-l’intérêt supérieur de l’enfant,
-le droit de survivre et de se développer,
-le respect des opinions de l’enfant.
Ces principes correspondent aux droits fondamentaux des enfants tels que : le droit à l’identité, le droit à une famille, le droit d’être entouré et aimé, le droit à un refuge, le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit de jouer et d’avoir des loisirs, le droit de ne pas faire la guerre ni de la subir, le droit à la liberté d’information, d’expression et de participation, le droit d’être protégé contre toute forme de discrimination et le droit à la protection.
Selon l’article 4 de la convention, ses dispositions sont juridiquement contraignantes pour tous les États signataires et engagent ces derniers à publier des rapports réguliers, permettant ainsi au Comité des droits de l’enfant des Nations unies de contrôler leur mise en œuvre effective. L’article 42 souligne le caractère exécutoire de la convention en précisant que les enfants ne doivent pas être privés de la connaissance de leurs droits et obligent les adultes à les aider à en prendre connaissance.
Au niveau national, la constitution haïtienne de 1987 amendée, dans son article 262, constitue le cadre légal national de la protection des enfants, plaçant l’État comme garant de leurs droits fondamentaux. Par ailleurs, En tant qu’État partie à la Convention Internationale relative aux Droits de l’Enfant (CIDE), depuis le 23 décembre 1994, Haïti est juridiquement tenu de respecter l’ensemble des dispositions de cette convention et de les mettre en œuvre à l’échelle nationale. Par sa ratification, le gouvernement haïtien s’engage à garantir les droits fondamentaux des enfants, notamment leur protection contre toutes formes d’exploitation, d’abus et de violence.
Obligations de l’État haïtien en matière de protection des droits de l’enfant
Dans un contexte de crise, les enfants constituent la catégorie la plus vulnérable et la plus nécessiteuse. L’État, en coordination avec les organisations internationales telles que l’UNICEF et l’UNESCO, chargées de la protection des droits de l’enfant, devrait veiller à la mise en œuvre de politiques publiques adaptées à leurs besoins spécifiques. Ces mesures incluent notamment :
-La garantie d’un environnement sécurisé, comprenant l’accès à l’assainissement, à l’hygiène, aux soins de santé et à l’eau potable.
-L’accompagnement relatif à l’alimentation.
-La mise en place de dispositions permettant leur retour à l’école et l’accès à une éducation sans interruption.
-Les dispositions pour lutter contre la délinquance juvénile.
-Le rétablissement des conditions nécessaires à leur épanouissement physique, psychologique et social.
Les conséquences du contexte de crise sont particulièrement graves, tant pour l’enfant que pour son environnement immédiat. Des milliers d’enfants voient leurs droits fondamentaux quotidiennement violés, une situation alarmante, nécessitant donc une intervention urgente. L’État a l’obligation de placer la protection de ces enfants au centre de ses préoccupations et de répondre avec diligence à l’urgence de leur situation.
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