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Le jeune footballeur haïtien Théodore Djouny Junior, membre de la sélection nationale U17, a pris la fuite en Espagne, fin d’octobre 2025, alors que l’équipe s’y trouvait pour effectuer une dernière préparation avant de se rendre au Qatar pour jouer un coupe du monde . Ce geste inattendu fait les gros titres, soulevant à la fois indignation et compassion au sein de la communauté haïtienne, notamment sur les réseaux sociaux.
Pour certains, il s’agit d’un acte irresponsable qui ternit l’image déjà fragile d’Haïti sur la scène sportive internationale. Pour d’autres, c’est une opportunité saisie dans un contexte d’extrême désespoir. Quoi qu’il en soit, cet événement relance le débat sur la situation alarmante des jeunes en Haïti et sur le peu d’avenir qu’offre le pays à ses talents.
Dans un pays stable, où les perspectives d’avenir sont réelles, il est impensable qu’un jeune joueur fuie son équipe nationale aussi facile. Théodore n’aurait probablement pas eu cette pensée s’il voyait un futur viable chez lui. La comparaison avec des joueurs français, brésiliens ou espagnols est éclairante : chez eux, l’excellence est récompensée, les talents sont encadrés et l’espoir est permis.
Ce geste, aussi controversé soit-il, n’est pas une simple fuite : c’est un cri silencieux. Celui d’une jeunesse abandonnée, livrée à elle-même, qui préfère risquer l’inconnu que de rester dans une réalité marquée par la violence, l’instabilité et l’absence de soutien.
Au-delà du cas individuel, cette affaire risque d’avoir des répercussions sur la participation future de la sélection haïtienne à des événements internationaux. Les fédérations sportives étrangères pourraient hésiter à accueillir des délégations haïtiennes, craignant d’autres “défections”. Ce serait une sanction collective (injuste), mais malheureusement plausible.
Mais cette situation n’est pas unique au monde du sport. Les départs massifs dans le cadre de programmes d’aide humanitaire reflètent le même mal profond. Médecins, infirmiers, enseignants, ingénieurs, étudiants brillants… tous fuient un pays qui n’offre ni sécurité, ni encadrement, ni avenir stable. Ce sont des ressources humaines précieuses qui s’envolent, laissant derrière elles un vide béant dans tous les secteurs clés.
De nombreux professionnels acceptent des contrats internationaux à la première occasion, quitte à abandonner des générations entières d’élèves ou de patients. Ce phénomène d’”hémorragie silencieuse” est aussi destructeur que les crises visibles : il fragilise les institutions, ralentit le développement, et aggrave l’isolement des plus vulnérables.
Toutefois, le cas de Théodore devrait pousser le pays à une réflexion profonde. Qu’avons-nous fait de notre jeunesse ? Quels modèles, quelles structures, quelles sécurités leur offrons-nous ? La réponse est souvent accablante. Le sport, l’éducation, la santé, au lieu d’être des tremplins, deviennent trop souvent des moyens de fuite.
Plutôt que de condamner hâtivement, interrogeons-nous. Le véritable problème n’est pas la fuite de ce jeune, ni celle de tant d’autres, mais le contexte qui les rend nécessaires. Loin d’être des actes isolés, ces départs massifs sont le miroir d’une société à bout de souffle, qui devrait d’urgence repenser son avenir, pour ses jeunes, ses professionnels, et pour elle-même.
Un pays qui laisse partir ses espoirs sans chercher à les retenir prépare son propre effondrement.
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