![]()
Depuis plusieurs années, l’examen du baccalauréat en Haïti ne représente plus la même valeur symbolique et académique qu’auparavant. Cet examen, autrefois perçu comme un rite de passage vers l’avenir et la réussite sociale, perd progressivement son prestige. En témoignent les résultats alarmants qui, chaque année, révèlent une majorité d’échecs parmi les candidats. Cette dégradation ne relève pas uniquement de l’élève, mais pointe du doigt les défaillances structurelles du système éducatif haïtien.
L’un des facteurs majeurs de cette crise réside dans le dysfonctionnement chronique des écoles publiques, particulièrement des lycées. Chaque année scolaire, ces institutions connaissent de longues périodes de paralysie, allant parfois jusqu’à quatre mois sans activités pédagogiques. Entre les grèves à répétition des enseignants mal rémunérés et les retards administratifs, les élèves de ces établissements sont gravement désavantagés. Pourtant, ce sont eux qui forment la majorité des candidats aux examens officiels.
Un autre élément aggravant est l’insécurité qui sévit dans plusieurs régions du pays. De nombreux élèves vivent dans des zones contrôlées par des groupes armés, où se rendre à l’école devient un acte de bravoure quotidien, voire un rêve inaccessible. Certains passent pratiquement toute l’année scolaire sans fréquenter une salle de classe, mais se retrouvent tout de même contraints de se présenter aux examens nationaux. Ce déséquilibre criant entre préparation réelle et exigences officielles ne peut qu’alimenter l’échec.
Au-delà de l’accès à l’école, le contexte national marqué par l’instabilité politique, les violences, la pauvreté extrême et l’exil familial affecte profondément la santé mentale des jeunes. Déprimés, anxieux ou démotivés, ils doivent affronter un système d’évaluation qui ne tient aucunement compte de leur réalité. Ainsi, le baccalauréat, censé mesurer les acquis scolaires, devient plutôt le reflet d’un désordre national.
Face à cette situation, il est évident que l’État haïtien porte une grande responsabilité. L’inaction des autorités face aux problèmes systémiques de l’éducation publique, l’absence de politiques claires pour soutenir les élèves en zones vulnérables, et le manque d’investissement dans la formation des enseignants participent tous à l’effritement du système. L’examen du bac, dans ce contexte, n’est plus qu’une formalité vidée de sens pour des milliers de jeunes.
Si rien n’est fait, cette perte de valeur du baccalauréat risque d’entraîner des conséquences encore plus graves sur le long terme : baisse de la motivation des élèves, fuite des cerveaux, désintérêt pour l’éducation, et dégradation continue du niveau national. Il est urgent que des réformes profondes soient engagées, pour restaurer non seulement la qualité de l’enseignement, mais aussi la dignité de cet examen qui devrait être une source de fierté et non de découragement.
About The Author
En savoir plus sur Top Média Haïti
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

