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Sur TikTok et d’autres réseaux sociaux populaires en Haïti, l’expression « Ti minè pi dous » s’impose comme une nouvelle tendance inquiétante. Derrière ce slogan viral se cache une banalisation dangereuse des violences sexuelles faites aux mineurs, dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité, l’impunité et la défaillance de l’État en matière de protection de l’enfance.
« Ti minè pi dous » est une expression de plus en plus utilisée par des Haïtiens sur TikTok et d’autres plateformes numériques pour suggérer que des filles et des garçons de moins de 18 ans seraient capables de satisfaire sexuellement des personnes plus âgées. Une dérive grave qui a pris une ampleur particulière après la diffusion d’une musique interprétée par une TikTokeuse très suivie, connue sous le nom d’Abee, abordant explicitement cette “réalité”.
Dans un pays où les droits fondamentaux sont régulièrement bafoués, où les mineurs sont quotidiennement victimes de violences, de viols et de mauvais traitements, la vulgarisation d’un tel concept illustre l’usage toxique des réseaux sociaux pour amplifier une réalité déjà alarmante. Cette situation est d’autant plus préoccupante que l’État haïtien semble fermer les yeux sur ces pratiques, laissant prospérer des discours qui normalisent l’inacceptable.
Selon les données de l’UNICEF, les cas de viols sur mineurs enregistrés en 2024 ont été dix fois plus élevés qu’en 2023. À cela s’ajoute la prise de contrôle de nombreux territoires par des gangs armés depuis 2025 jusqu’à aujourd’hui en 2026, forçant des milliers de familles à se réfugier dans des camps de fortune. Un contexte qui expose davantage les enfants à toutes formes d’abus et d’exploitation.
Déjà plongés dans une réalité sombre, souvent sans en mesurer pleinement les conséquences, les mineurs se retrouvent aujourd’hui confrontés à une nouvelle menace : la banalisation de leur exploitation à travers des tendances numériques et des discours jugés immoraux dans une société de droit.
Le phénomène est devenu si courant qu’une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre des femmes débattant ouvertement de la possibilité d’entretenir des relations avec des mineurs. Si les auteures de ces propos sont des femmes, la logique demeure identique : l’acte reste le même et le terme qui le désigne aussi, la pédophilie.
Pourtant, la législation haïtienne est claire. L’article 281 du Code pénal stipule que la facilitation ou l’excitation à la débauche d’un mineur constitue un crime. Dès lors, une question fondamentale se pose : la musique produite par la TikTokeuse relève-t-elle de la dénonciation d’un fait social ou s’apparente-t-elle à une promotion, voire à une facilitation de la débauche des mineurs ?
Un témoignage recueilli auprès d’une tutrice illustre l’ampleur du problème :
« J’ai eu une conversation avec des élèves de 9e année. Elles affirmaient qu’elles ont le pouvoir de rendre un homme “dingue” parce que “ti minè pi dous”. Elles en parlaient avec une telle fierté », a-t-elle confié. Un témoignage qui met en lumière l’impact psychologique profond de cette réalité sur des enfants en pleine construction identitaire.
Face à cette dérive, les personnes influentes, les leaders d’opinion et les créateurs de contenu ont une responsabilité morale : celle de dénoncer et non de banaliser. De leur côté, les autorités compétentes ont l’obligation de redoubler d’efforts pour assurer la protection des mineurs, mais aussi pour encadrer et réguler l’espace numérique, devenu aujourd’hui un terrain fertile pour la normalisation des violences sexuelles.
La protection de l’enfance ne saurait être reléguée au second plan. Elle constitue un impératif national et un test décisif pour l’État haïtien.
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