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À des heures de l’échéance constitutionnelle du 7 février, censée marquer la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), la scène politique haïtienne ressemble à une arène où se disputent rivalités, ambitions personnelles et fragile quête d’un accord. Une fois encore, l’hôtel Montana lieu de dialogues et de débats depuis des années se retrouve au centre d’un théâtre politique aussi symbolique que contradictoire.
Un dialogue en écho et en concurrence
Depuis le 1ᵉʳ février, trois membres influents du CPT Leslie Voltaire, Edgard Leblanc Fils et Louis Gérald Gilles ont lancé ce qu’ils ont appelé des « assises de suivi du dialogue inter-haïtien » à l’hôtel Montana, visant à proposer une voie de transition post‑7 février. Les échanges ont duré jusqu’au 3 février, en tentant de dessiner une structure exécutive alternative, notamment autour d’un collège présidentiel bicéphale appuyé par un Premier ministre.
L’objectif proclamé de ces assises est double : amorcer une passation de pouvoir apaisée et proposer un modèle qui pourrait éviter un vide institutionnel. Ce modèle bicéphale qui diviserait symboliquement et fonctionnellement les responsabilités entre un collège présidentiel et un chef du gouvernement est présenté par ses promoteurs comme une manière d’équilibrer les forces en présence et de sortir de l’impasse politique. Cependant, ces initiatives n’émanent pas d’un consensus national élargi, mais plutôt d’une initiative restreinte pilotée par quelques membres du CPT, ce qui fragilise leur légitimité politique.
Un dialogue désaccordé et contesté
Le Nouvelliste a décrit cette dynamique comme un « parcours de dialogue désaccordé », révélant que les consultations menées sentent plus l’initiative opportuniste que la construction d’un consensus national solide. Autrement dit, alors que l’agenda officiel du dialogue politique lancé en janvier par l’ensemble du CPT visait à réunir une diversité d’acteurs pour réfléchir à l’après 7 février, ce nouveau cadre de discussions concentré à l’hôtel Montana s’apparente davantage à une manœuvre stratégique de certains conseillers pour produire une alternative institutionnelle qui leur convienne. Cette situation alimente le scepticisme d’une partie de la classe politique et de la société civile.
Des candidatures et des calculs politiques
Dans le même temps, des scènes politiques très concrètes se déroulent à l’hôtel Montana où, selon les dépêches, la succession du CPT est devenue une foire aux candidatures. Politiciens et groupes prennent position, déposent dossiers et multiplient les démarches pour occuper les postes clés qui devraient diriger le pays après l’expiration du mandat du CPT. Cette effervescence illustre une réalité dérangeante : la compétition pour les sièges de pouvoir est aujourd’hui dominée par les stratégies individuelles et la capacité à former des alliances rapides, plutôt que par une vision claire de gouvernance pour le pays. Pour beaucoup d’observateurs, ce phénomène rappelle davantage les jeux d’influence d’un marché politique que le déroulement d’un processus démocratique crédible.
Donc, cette fragmentation des initiatives s’inscrit dans un contexte plus large d’échec du CPT à imposer une direction politique cohérente. Dans les colonnes de Le Nouvelliste, plusieurs éditoriaux et analyses récentes ont qualifié l’action du CPT de largement partagée et critiquée, pointant un leadership fragmenté et incapable de générer un consensus inclusif. Les divisions politiques sont telles que même les structures de dialogue qu’elles soient initiées par le CPT ou par ses fractions peinent à attirer une large participation de partis politiques, d’organisations sociales, et de représentants de la société civile. Cela laisse craindre que les décisions prises dans ces cadres restent marginales et sans légitimité populaire.
En toile de fond : l’incertitude et l’urgence
Tous ces efforts, dialogues, propositions alternatives, accumulation de candidatures s’inscrivent dans la cadence étroite du calendrier politique haïtien. La date du 7 février qui marque la fin officielle du mandat du CPT approche à grands pas, laissant très peu de marge de manœuvre pour un accord véritablement consensuel. Cette urgence a rendu chaque initiative politique plus compétitive que collaborative, et chaque acte, plus stratégique que souverain. Dans ce contexte, la scène politique haïtienne reste incertaine et volatile : la construction d’une gouvernance post‑transition crédible est confrontée à des rivalités internes, au manque de représentativité des plateformes de dialogue, et à une compétition effrénée pour l’accès aux leviers du pouvoir.
À l’heure actuelle, le marketing politique, calculs, alliances opportunistes, stratégies personnelles est en train de définir davantage que les visions de gouvernance. Alors que certains parlent d’un exécutif bicéphale innovant, d’autres y voient une reconfiguration des jeux d’influence qui laisse de côté la participation la plus large possible et l’intérêt national. Plus qu’un simple débat institutionnel, la transition politique haïtienne s’apparente aujourd’hui à un théâtre vivant, où les acteurs se disputent les rôles, les décors changent à chaque acte, et où la fin reste incertaine.
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