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À l’entrée Sud de la capitale haïtienne, la zone de Dégan est devenue, depuis début 2025, un véritable passage sous tension. Pour les passagers venant ou allant vers Carrefour, Léogâne, la Grand’Anse, les Nippes ou encore les Cayes, franchir cette portion de route est désormais synonyme d’angoisse, de danger et d’incertitude.
Des témoignages recueillis par notre rédaction décrivent un climat d’insécurité quasi permanent, entre braquages, enlèvements, tirs sporadiques et présence armée visible. « Dès qu’on approche de Martissant ou de Carrefour-Feuilles, on serre les dents. Mais Dégan est devenu le nouveau piège. Des bandits venant de Gressier sortent à tout moment, bloquent les routes, pillent, kidnappent. Et la police est absente », témoigne Jean-Marc, chauffeur de motocyclette sur la ligne.
La proximité de plusieurs zones contrôlées par des groupes armés, jointe à l’absence flagrante de présence policière régulière, a transformé cette voie pourtant stratégique en un piège quotidien pour des milliers de passagers. Les taxis-motos se voient parfois contraints de rebrousser chemin, malgré les coûts supplémentaires et les risques similaires. La population fait face à un sentiment d’abandon complet de l’État. « C’est une roulette russe. On ne sait jamais si on va passer sans encombre », témoigne Michelet, chauffeur de transport.
L’impact économique est lourd : retards de livraison de marchandises, augmentation du prix du transport, peur constante chez les usagers et un sentiment grandissant d’abandon. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer le silence des autorités étatiques, incapables jusqu’à présent de garantir un minimum de sécurité sur les routes nationales.
Depuis quelque temps, la présence de gangs lourdement armés dans les zones avoisinantes, notamment Gressier, Mariani, Fontamara et Carrefour, accentue les risques pour les voyageurs. Dégan, situé à la croisée de ces foyers de tension, devient souvent le théâtre d’opérations violentes, d’enlèvements ou d’attaques ciblées contre les véhicules de transport public. Alors que la population continue de subir, les groupes armés étendent leur influence, imposant parfois des frais de passage et rendant la circulation presque impossible à certaines heures de la journée. « Nous sommes tous inquiets, c’est risqué, mais nous sommes obligés, on le fait pour subvenir aux besoins de notre famille », déclare Jacob, père de famille. « Pas plus tard que la semaine dernière, il y a eu une vive attaque. Des bandits ont saisi des motos, tiré en direction des innocents qui empruntaient le passage. Dieu merci, ce jour-là j’étais chez moi, mais malheureusement, nous avons des frères qui sont sortis victimes », a-t-il conclu avec désolation.
Cette situation d’insécurité persistante à l’entrée Sud de Port-au-Prince a des conséquences économiques et humaines considérables. Le commerce interrégional est perturbé, les écoliers et étudiants de province ont des difficultés à rejoindre leurs centres d’études dans la capitale, et les malades en transfert vers les hôpitaux de Port-au-Prince prennent des risques vitaux. Pour les voyageurs du Sud, la situation est d’autant plus critique qu’il s’agit du seul axe routier majeur encore praticable. L’insécurité sur les routes secondaires et les détours improvisés les oblige à prendre ce passage quasi obligatoire, au péril de leur vie.
Les habitants de Carrefour, de Léogâne, du grand Sud, de la Grand’Anse, des Nippes et même les autorités locales tirent la sonnette d’alarme à plusieurs reprises : sans une intervention rapide et structurée, la situation à Dégan pourrait s’aggraver et bloquer complètement l’accès Sud de la capitale. Il en va non seulement de la libre circulation, mais aussi du droit fondamental des citoyens à vivre et se déplacer en sécurité.
En attendant, les passagers continuent de prier, d’attendre le bon moment et d’espérer qu’un jour, la route vers chez eux ne sera plus une roulette russe, avec la peur au ventre et l’espoir que le cauchemar cesse enfin.
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