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La langue est bien plus qu’un simple moyen de communication, elle est le véhicule de la pensée, de la culture et de la compréhension. Dans le cadre scolaire, elle joue un rôle fondamental, car elle conditionne la manière dont l’élève reçoit, traite et assimile les connaissances. Lorsqu’un enfant ne comprend pas parfaitement la langue d’enseignement, c’est tout le processus d’apprentissage qui se voit freiné, voire bloqué.
L’apprentissage repose avant tout sur la compréhension. Les élèves doivent être capables de comprendre les consignes, les textes, les explications, et surtout de poser des questions. Une langue qu’on maîtrise mal devient alors un filtre entre le savoir et l’apprenant.
La langue d’enseignement devrait donc être celle que l’élève parle couramment, sa langue maternelle. C’est à travers elle que l’enfant développe sa pensée critique et sa capacité d’analyse. Selon l’UNESCO, l’enseignement dans la langue maternelle favorise la participation active, renforce la confiance en soi et améliore les résultats scolaires (UNESCO-IBE, 2023).
Quand la langue devient une barrière
Dans plusieurs pays, notamment dans les anciennes colonies, l’enseignement se fait encore dans une langue héritée du colonisateur. Ce choix, souvent politique et social, ignore les réalités linguistiques de la majorité de la population. Lorsqu’un enfant apprend à lire, écrire, compter et penser dans une langue qui n’est pas la sienne, il se retrouve en décalage.
Le linguiste haïtien Michel DeGraff, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’explique clairement : « French as the language of instruction works as a barrier against most students in Haiti » (DeGraff, MIT News, 2012). Autrement dit, enseigner en français dans un pays où la majorité parle créole revient à ériger une barrière entre l’élève et le savoir.
Le cas spécifique d’Haïti
En Haïti, cette problématique est particulièrement marquée. Le créole est la langue maternelle de plus de 90 % de la population, mais c’est le français qui domine encore dans le système éducatif. Les manuels scolaires, les examens officiels et les communications académiques sont pour la plupart rédigés en français.
Le créole, pourtant langue nationale et constitutionnellement reconnue, reste souvent relégué à un rôle secondaire. Cette situation crée un véritable fossé entre les élèves et l’école. Beaucoup d’enfants finissent par abandonner non pas par incapacité, mais parce que la langue utilisée pour enseigner leur est étrangère.
Une étude publiée par l’UNESCO International Bureau of Education (IBE) souligne d’ailleurs que « l’intégration du créole dans les écoles haïtiennes favorise l’inclusion, réduit le taux d’abandon scolaire et conduit à une réussite réelle de l’apprentissage » (UNESCO-IBE, 2023).
La nécessité de réformer l’approche linguistique
Pour que l’éducation en Haïti soit réellement inclusive et efficace, il est impératif de repenser le modèle linguistique du système éducatif. L’enseignement devrait se faire en créole, du moins durant les premières années de scolarité. Ce n’est qu’en enseignant dans la langue que les enfants comprennent naturellement qu’on peut garantir un apprentissage solide et durable.
Le français et d’autres langues étrangères doivent être considérés comme des matières à part entière, mais non comme langues principales d’enseignement. Une telle réforme favoriserait la compréhension, la participation et l’estime de soi des élèves.
Comme le rappelle Michel DeGraff dans le cadre de l’initiative MIT-Haïti, « enseigner dans la langue maternelle permet aux apprenants de s’impliquer plus activement dans leur propre éducation » (MIT OpenCourseWare, 2023).
Toutefois, il est illusoire de vouloir transmettre efficacement des connaissances sans passer par la langue maternelle de l’apprenant. L’apprentissage ne peut s’épanouir que lorsque la langue d’enseignement est aussi celle du cœur et de la pensée.
Dans le contexte haïtien, promouvoir l’usage du créole à l’école n’est pas une option idéologique, mais une nécessité pédagogique. L’adoption du créole comme langue principale d’enseignement permettrait à chaque enfant haïtien d’apprendre, de comprendre et de réussir dans sa propre langue, celle qui reflète son identité, sa culture et son intelligence.
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