Corée du Sud : du palais présidentiel au banc des accusés, la malédiction du pouvoir

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L’ancien président de la Corée du Sud, Yoon Suk Yeol, est condamné à perpétuité après une tentative de coup d’État, selon ce qu’ont publié les Agences de Presse Internationale BFM et AFP, ce dimanche 22 février 2026.

De l’exil forcé à la condamnation à mort, du suicide à l’assassinat, la fonction présidentielle en Corée du Sud semble porter en elle une fatalité tragique. Rares sont les anciens chefs d’État sud-coréens à avoir échappé à la disgrâce, à la prison ou à une fin dramatique.


L’ancien président conservateur Yoon Suk Yeol incarne le dernier exemple de cette spirale tragique. Déjà destitué en avril, il a été condamné à la prison à vie après avoir instauré brièvement la loi martiale dans la nuit du 3 au 4 décembre 2024 et ordonné le déploiement de l’armée pour encercler le Parlement.

Justifiant son acte par la menace de « forces hostiles à l’État », il était déjà incarcéré pour des faits connexes. Le parquet avait requis la peine de mort, mais la justice a finalement prononcé la réclusion à perpétuité.

Moon Jae-in : l’exception fragilisée

Son prédécesseur, Moon Jae-in, semblait jusqu’ici échapper à cette malédiction. Depuis la fin de son mandat en 2022, il menait une vie discrète.

Mais en avril 2025, il a été inculpé pour corruption, soupçonné d’avoir favorisé l’embauche de son gendre dans une compagnie aérienne. Ses avocats dénoncent des accusations motivées par des considérations politiques.

Park Geun-hye : la disgrâce d’une héritière

La présidente Park Geun-hye, fille de l’ancien dictateur Park Chung-hee, a été destituée en mars 2017 pour corruption, divulgation de secrets d’État et abus de pouvoir.

Condamnée définitivement à 20 ans de prison en janvier 2021, elle est finalement graciée en décembre de la même année par Moon Jae-in. Ironie du sort, Yoon Suk Yeol, alors procureur à Séoul, avait joué un rôle clé dans les poursuites contre elle.

Lee Myung-bak : corruption et condamnation

Président de 2008 à 2013, Lee Myung-bak a été condamné en octobre 2018 à 15 ans de prison pour corruption.

Il avait notamment reçu des pots-de-vin du conglomérat Samsung afin de gracier son président, Lee Kun-hee, condamné pour évasion fiscale. Il sera finalement gracié en décembre 2022 par Yoon Suk Yeol.

Roh Moo-hyun : le suicide comme issue

L’ancien président Roh Moo-hyun, en fonction de 2003 à 2008, s’est suicidé en mai 2009 en se jetant d’une falaise.

Il faisait l’objet d’une enquête concernant des transferts d’argent suspects vers son épouse et un proche. Pourtant, quelques années plus tôt, la Cour constitutionnelle avait annulé sa destitution votée par le Parlement, lui permettant de terminer son mandat.

Roh Tae-woo et Chun Doo-hwan : condamnés puis amnistiés

Le président Roh Tae-woo, au pouvoir de 1988 à 1993, a été condamné en 1996 à 22 ans de prison pour corruption et trahison. Il sera amnistié en 1998 et décédera d’une leucémie en 2021.

Son prédécesseur, le général Chun Doo-hwan, surnommé le « Boucher de Gwangju » pour la répression sanglante d’un soulèvement démocratique, a été condamné à mort en 1996. Sa peine a ensuite été commuée en prison à vie, avant qu’il ne bénéficie lui aussi d’une amnistie en 1998. Il est mort en novembre 2021.

Park Chung-hee : assassiné après des années de pouvoir

Le dictateur Park Chung-hee, qui dirigea le pays d’une main de fer, a été assassiné en octobre 1979 par le chef des services de renseignement lors d’un banquet.

Il avait déjà survécu à deux tentatives d’assassinat, dont une attaque nord-coréenne en 1968 et une autre en 1974, qui avait coûté la vie à son épouse. Sa mort a plongé le pays dans une crise politique qui a ouvert la voie à un nouveau coup d’État militaire.

Yoon Bo-sun : président sans pouvoir

Le deuxième président sud-coréen, Yoon Bo-sun, a été réduit à un rôle symbolique après un coup d’État militaire mené par Park Chung-hee en 1961.

Privé de toute autorité réelle, il a finalement démissionné en 1962, laissant la junte militaire consolider son pouvoir.

Syngman Rhee : le premier président contraint à l’exil

Premier chef d’État de la Corée du Sud, Syngman Rhee a été renversé en 1960 par un soulèvement étudiant, après des accusations de fraude électorale visant à prolonger son mandat.

Contraint à la démission, il s’est exilé à Hawaï, où il est mort en 1965.

Une fonction marquée par la tragédie


Depuis la naissance de la République, la présidence sud-coréenne apparaît comme une fonction à haut risque. Entre coups d’État, procès, suicides et assassinats, les chefs d’État semblent souvent rattrapés par la justice, la violence ou les crises politiques.

La condamnation de Yoon Suk Yeol ne constitue pas une anomalie, mais plutôt la continuité d’une tradition politique aussi spectaculaire que tragique, où accéder au sommet du pouvoir signifie, trop souvent, en payer le prix fort.

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