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Alors que la fête de Pâques est habituellement l’une des célébrations les plus ancrées dans la culture haïtienne, l’édition 2025 s’est déroulée dans un climat de peur, d’insécurité et de désespoir. La situation sécuritaire a profondément bouleversé les habitudes religieuses, sociales et festives d’un peuple en quête de paix.
Attestée depuis le IIᵉ siècle, Pâques puise ses racines dans la Pâque juive, qui commémore la sortie d’Égypte du peuple hébreu. Les origines de la fête de Pâques remontent à l’Antiquité ; elle est la plus importante et la plus anciennement attestée du christianisme. Le sens de Pâques est la victoire de la vie sur la mort. Annuellement, la période pascale, appelée également Semaine sainte, est célébrée à travers le monde de différentes façons. Les catholiques participent aux rituels religieux, récitent des prières et prennent part à des processions dans les rues.
Autrefois, en Haïti, l’image n’était pas différente. Les chrétiens catholiques investissaient les rues de la capitale tout en récitant des prières en commémoration de la mort de Jésus-Christ. Des bandes de Raras défilaient, des marchands ambulants vendaient du poisson, des enfants et des adolescents se plongeaient dans le plaisir du cerf-volant. Une tradition qui serait sur le point de s’effacer en raison de la situation sécuritaire du pays, qui se dégrade chaque jour davantage.
« Je ne sais même pas si nous sommes en Semaine sainte. Mon cœur n’est pas à la fête. Comment fêter si l’on se retrouve hors de chez soi ? », interroge Maryse, l’une des rescapées de la commune de Gressier, sous le contrôle des gangs depuis plus d’un an.
Pour la grande majorité, les mots restent inchangés. Vivre en état de crise, c’est la pire des situations. Des ménages se plaignent de la cherté de la vie et de l’insécurité grandissante. « Je ne peux même pas m’offrir du poisson. Je ne vais pas faire de folie pour ce qui est impossible », lâche Josiane, une jeune femme d’une trentaine d’années. Pas de poisson cette année : c’est le mot de passe de la grande majorité.
Hormis les fruits de mer, les produits de première nécessité sont également de plus en plus chers. À l’instar de ce constat, nombreux sont ceux qui ne peuvent pas s’offrir un repas digne en cette période festive ni même au quotidien.
En plus des repas, faire voler des cerfs-volants a été l’un des symboles emblématiques de la fête de Pâques. Partout à travers le territoire national, le ciel se parait de mille couleurs. Enfants, adolescents et même adultes prenaient plaisir, sous le soleil, à relever le défi du cerf-volant. Cette année, le constat est différent : moins de cerfs-volants dans le ciel, notamment dans les zones les plus touchées par l’insécurité.
Par ailleurs, le Rara, une tradition qui définit la commune de Léogâne, est interdit cette année. La situation sécuritaire délétère à Gressier, sa commune voisine, a contraint les autorités locales à prendre des mesures pour arrêter les activités de Rara. Un coup dur pour les Léogânais. « Le Rara coule dans mes veines. Cette année, c’est une décision de mauvais goût », a déclaré une trentenaire, mère de quatre enfants.
Contrairement aux années précédentes, la population léogânaise se résigne et espère que la paix revienne dans le pays afin que cette tradition ne disparaisse pas à jamais.
En dépit de la situation difficile du pays, et bien que de plus en plus de territoires soient contrôlés par des gangs malgré la présence de la force multinationale, la population haïtienne ne sait à quel saint se vouer. Le Conseil présidentiel de transition (CPT) n’annonce aucune mesure adéquate pour ramener l’ordre et la paix à travers le territoire national. Ainsi, la fête de Pâques en Haïti, en 2025, au lieu d’être un moment de réjouissance, devient un moment de peur et de précarité absolue.
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