La ville du Cap, autrefois surnommée « la ville PRESTIGIEUSE », peine aujourd’hui à faire honneur à son héritage. Alors que le carnaval de 2025 s’apprête à envahir les rues avec son lot de musique et d’exubérance, la ville offre un visage préoccupant, marqué par une insalubrité grandissante.
Dans les quartiers centraux, notamment le marché Cluny et les alentours du boulevard, des montagnes de déchets s’accumulent. Les canaux de drainage, obstrués depuis des mois, débordent à la moindre averse, transformant les rues en rivières nauséabondes. Cette situation, loin d’être nouvelle, semble s’ancrer dans la négligence des autorités municipales et le manque de civisme de certains habitants.
Pourtant, le carnaval se maintient, comme si de rien n’était. Derrière les fanfares et les chars colorés, la réalité est tout autre : une ville au bord de l’effondrement sanitaire. « Chaque année, c’est la même chose ! On danse dans la saleté et, après les trois jours de fête, c’est encore pire », déplore Jackson, un riverain du centre-ville. Pendant les festivités, les rues sont envahies de bouteilles en plastique, de débris alimentaires et d’emballages divers, abandonnés dans l’indifférence générale. Le lendemain, les déchets s’entassent, créant des scènes chaotiques qui choquent aussi bien les habitants que les visiteurs.
Ce constat met en évidence l’absence d’un véritable système de gestion des déchets. Les autorités locales se limitent souvent à des nettoyages superficiels des zones stratégiques, tandis que le reste de la ville est laissé à l’abandon. « On voit bien qu’ils nettoient juste pour faire bonne figure, mais après le carnaval, tout redevient comme avant », lâche Rosemond, un commerçant du marché Cluny. De plus, certains citoyens adoptent des comportements irresponsables, jetant leurs détritus dans les rues et les canaux, aggravant ainsi la crise sanitaire.
Face à cette situation, de nombreuses voix s’élèvent pour questionner la pertinence d’un tel événement dans un contexte aussi préoccupant. Si le carnaval est censé être le reflet de l’âme d’un peuple, que dit-il aujourd’hui du Cap-Haïtien ? « Nous ne sommes plus la ville d’autrefois. Aujourd’hui, nous dansons au milieu des poubelles », regrette Mackenzie, habitant du quartier Charrier.
Les solutions proposées restent au stade de l’utopie. Les campagnes de sensibilisation, bien que nécessaires, ne suffisent pas en l’absence d’infrastructures adéquates. « On nous dit de ne pas jeter les ordures n’importe où, mais où veut-on qu’on les mette si les bacs à ordures débordent déjà ? » s’interroge Alberte, une jeune de Cité Lescot. Des actions concrètes, telles que l’installation d’un système efficace de collecte et de traitement des déchets, ainsi qu’une responsabilisation plus stricte des citoyens, apparaissent comme indispensables.
Le carnaval 2025 sera-t-il une fois de plus une parenthèse festive dans un décor de ruines ? À moins d’une prise de conscience collective et d’une véritable volonté d’action, il est à craindre que la ville continue à danser au bord du précipice. Telles sont les inquiétudes capoises.