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Entre 2020 et 2025, Haïti a vu sa Police Nationale renforcer ses moyens avec l’acquisition de plusieurs véhicules blindés, dans un contexte de montée sans précédent de la violence des groupes armés. Pourtant, malgré ces efforts et le soutien international, ces équipements stratégiques ont souvent été la cible d’attaques violentes, illustrant la difficulté des forces de l’ordre à combattre une insécurité grandissante qui a causé la mort de plusieurs milliers de personnes et forcé plus d’1,3 million d’autres à fuir leur domicile.
Des acquisitions importantes dans un contexte tendu
Dès février 2020, sous la présidence de Jovenel Moïse, la PNH a reçues 15 véhicules blindés. Chaque véhicule coûte environ 145 000 dollars, sans compter les frais de transport, selon les informations qui ont été disponibles. Cependant, des problèmes de maintenance ont rapidement fragilisé cet effort initial, certains blindés tombant en panne quelques mois plus tard.
Entre fin 2023 et août 2024, le gouvernement d’Ariel Henry a commandé 20 blindés Toyota aux Émirats Arabes Unis, livrés en août 2024. Encore des milliers de dollars dépensés pour cette acquisition, portant à 35 le nombre total de blindés acquis.
En août 2023, six nouveaux véhicules blindés ont également été livrés à la PNH par la société canadienne Inkas, via voie maritime. Parallèlement, la PNH a reçu 500 fusils d’assaut et d’autres équipements essentiels, renforçant ainsi ses capacités face aux gangs.
La France, autre partenaire clé, a alloué un budget d’un million d’euros pour l’acquisition d’équipements, avec notamment un don de 4 véhicules blindés d’intervention en décembre 2024.
De son côté, les États-Unis ont fourni 24 véhicules MRAPS (Mine-Resistant Ambush Protected) à la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS) et à la PNH en 2024, ainsi que d’autres équipements en novembre de la même année.
D’autres pays et organisations comme l’Union Européenne et le Canada ont aussi contribué, que ce soit par des dons ou par le financement d’équipements.
Une cible privilégiée pour les gangs armés
Malgré ces efforts, les véhicules blindés n’ont pas résisté aux attaques répétées des groupes armés. Dès 2021, des blindés ont été incendiés à plusieurs reprises dans des zones sensibles comme Village de Dieu et Martissant.
2021 : Le 11 février, un véhicule blindé est incendié par le gang 5 secondes à Village de Dieu, au Bi-centenaire. Le 12 mars, une embuscade à Village de Dieu cause la mort de plusieurs policiers et la perte d’un blindé. Le 1er octobre, un autre blindé est détruit à Martissant.
2022 : Alors que le pays pleure l’assassinat de l’ex-président Jovenel Moïse, la série des incendies continue. Le 22 novembre, un blindé est incendié à Canaan par le gang dirigé par le nommé Jeff.
2023 : Le 17 mai, lors d’une embuscade, deux blindés sont détruits dans la soirée. Le 8 décembre, un autre blindé est incendié à Mariani.
2024 : Le 11 février, un blindé est attaqué à Gressier ; le 4 août, un blindé est incendié à Ganthier par le gang 400 Mawozo. En octobre et décembre, les blindés de la MMAS, notamment ceux des policiers kényans, sont aussi ciblés et incendiés.
2025 : La situation se dégrade encore avec la perte de 9 blindés. Parmi les incidents marquants, le 16 mars à Kenscoff, un blindé est incendié, suivi de la perte de trois blindés à Savien (Artibonite) le 25 mars, deux autres capturés le 16 avril, un autre incendié à Liancourt le 22 juillet, et deux véhicules blindés de la MMAS incendiés à Kenscoff le 7 août.
Au total, entre 2021 et 2025, ce sont au moins 20 véhicules blindés de la PNH et de la MMAS qui ont été incendiés ou perdus lors d’attaques de gang. Considérant qu’une dizaine de ces véhicules ont été achetés par l’État haïtien, le pays a perdu au moins 1 million 450 000 dollars américains, sans oublier les frais de transport. Et en gros, pas moins de 2 millions 900 000 dollars, pour ne pas dire 3 millions, sont partis en fumée ou ont été saisis par les gangs sans récupérer un territoire ni arrêter ou stopper un chef de gang.
Un pays au bord du chaos
Cette succession d’attaques met en lumière l’incapacité des forces de l’ordre à contrôler efficacement le territoire face à des gangs de plus en plus puissants et organisés. Ces groupes armés ont formé une coalition “Viv Ansanm” et conquièrent désormais de vastes zones, tandis que le pouvoir politique, notamment le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et la primature de la République, restent indifférents.
En effet, le bilan humain est lourd : des dizaines de policiers et des milliers de civils ont perdu la vie depuis la montée de l’insécurité. Par ailleurs, selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), plus de 1,3 million de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays en 2025, fuyant la violence et les conflits. Ces centaines de milliers de familles haïtiennes ont dû abandonner leur domicile, cherchant refuge en province, dans des camps à Port-au-Prince, ou à l’étranger.
Entre 2020 et 2025, malgré l’investissement important en véhicules blindés par l’État haïtien via la PNH et ses partenaires internationaux, ces équipements ont été souvent détruits ou capturés, symbolisant la fragilité de l’État face à la violence des gangs. La situation sécuritaire reste critique, et le défi d’endiguer l’insécurité en Haïti est plus que jamais d’actualité.
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