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Depuis plus de trois décennies, la date du 7 février occupe une place singulière dans l’histoire politique d’Haïti. Attendue, redoutée ou porteuse d’espoir, elle marque soit la continuité démocratique à travers l’investiture d’un président élu, soit une période de grande incertitude lorsque le pays est privé de leadership légitime. Mais pourquoi cette date cristallise-t-elle autant d’enjeux politiques et symboliques ?
1986 : la fin de la dictature et le début du mythe
Tout commence le 7 février 1986, avec le départ précipité de Jean-Claude Duvalier, mettant fin à près de 29 ans de dictature familiale, instaurée par son père François Duvalier. Pour une population longtemps opprimée, ce départ fut vécu comme un soulagement historique, un moment de rupture annonçant l’espoir d’un État démocratique. C’est à partir de cet événement fondateur que le 7 février s’inscrit durablement dans la mémoire collective haïtienne.
La Constitution de 1987 : le 7 février devient une norme
Un an plus tard, le 29 mars 1987, l’adoption par référendum d’une nouvelle Constitution vient institutionnaliser cette date. L’article 134.1 fixe la durée du mandat présidentiel à cinq ans, débutant le 7 février et prenant fin cinq ans plus tard, le même jour. Dès lors, le 7 février devient non seulement une date symbolique, mais aussi un repère constitutionnel majeur dans l’organisation du pouvoir exécutif.
Instabilité politique et promesses démocratiques
Le 7 février 1988, Leslie François Manigat prête serment comme président de la République. Son mandat sera toutefois écourté, ne dépassant pas six mois, en raison d’un coup d’État militaire.
Il faudra attendre le 7 février 1991, à la suite des élections historiques du 16 décembre 1990, pour voir l’investiture de Jean-Bertrand Aristide, considéré comme le premier président démocratiquement élu d’Haïti.
Entre 1991 et 2001, malgré des turbulences, la date du 7 février conserve son sens institutionnel. Mais à partir de 2001, l’instabilité politique chronique, les crises électorales et les transitions prolongées vont progressivement affaiblir la portée constitutionnelle de cette date.
Du flou institutionnel à la rupture totale
Après une longue transition, l’élection indirecte de Jocelerme Privert conduit à la prestation de serment du président Jovenel Moïse, le 7 février 2017, réaffirmant temporairement la centralité de cette date.
Cependant, l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021 marque un tournant décisif. Depuis lors, Haïti évolue sans président élu, et le 7 février, loin de symboliser l’alternance démocratique prévue par la Constitution, est devenu un moment de confrontation politique, parfois perçu comme une échéance propice à la contestation ou à la prise de pouvoir.
Une date en quête de son sens constitutionnel
Aujourd’hui, le 7 février demeure une date lourde de symboles, mais vidée de sa fonction première. Pour de nombreux Haïtiens, une question essentielle se pose : quand cette date retrouvera-t-elle sa véritable place dans l’agenda politique national, conformément à l’esprit et à la lettre de la Constitution de 1987 ?
Tant que le pays restera enlisé dans des transitions prolongées et l’absence d’élections crédibles, le 7 février continuera d’incarner à la fois un héritage historique, un idéal démocratique inachevé et un rappel constant des fragilités de l’État haïtien.
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