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En ce fin novembre 2025, Haïti se retrouve au cœur d’une nouvelle tempête politique. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé serait sur le point de perdre son poste en raison d’un bilan jugé totalement négatif, une décision qui divise profondément le Conseil Présidentiel de Transition (CPT). Entre intérêts personnels de certains Conseillers-Présidents et pressions extérieures, la révocation du chef du Gouvernement peine à faire consensus.
Au centre de la polémique, le Chargé d’affaires américain Henry T. Wooster et l’ambassadeur canadien André François Giroux qui, via un message WhatsApp adressé à l’ancien coordonateur du CPT Fritz Alphonse Jean, auraient invité la transition à renoncer au changement de Gouvernement pour se concentrer sur le décret électoral et les élections prévues en 2026.
Cette intervention relance le débat sur le respect de la souveraineté haïtienne et sur le rôle réel des diplomates dans un État indépendant. Malgré les faiblesses de la classe politique, beaucoup estiment qu’Haïti ne peut continuer à accepter des comportements perçus comme de l’ingérence. Comme le soulignait l’ancien président et professeur Leslie François Saint Roc Manigat, le problème n’est peut-être pas seulement l’ingérence, mais aussi « la volonté d’être esclave ».
En effet, la question de l’ingérence étrangère dans les affaires internes d’Haïti revient au premier plan, alors que plusieurs interventions de représentants diplomatiques accrédités dans le pays suscitent de vives réactions. Pour de nombreux observateurs, Haïti, malgré sa dépendance économique, demeure un État souverain sur le plan politique et mérite un traitement conforme aux normes internationales.
D’ailleurs, selon la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques, un ambassadeur est accrédité auprès du chef de l’État, tandis qu’un chargé d’affaires relève du ministre des Affaires étrangères. En ce sens, les chefs de mission ne doivent en aucun cas s’adresser directement à l’exécutif pour influencer des décisions internes.
Pourtant, le message échangé via WhatsApp entre des diplomates étrangers et des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), autour d’une éventuelle révocation du Premier ministre, soulève la question du respect de ces règles. D’autant plus que, selon l’article 136 de la Constitution de 1987 amendée, « le Président de la République veille au respect de la Constitution et à la stabilité des institutions ». Dans la configuration actuelle, ce rôle est assumé par le CPT.
Le poids du visa : un levier d’influence
La menace de révocation de visa reste un outil régulièrement utilisé par plusieurs gouvernements étrangers, influençant directement la prise de décision de responsables haïtiens souvent dépendants de ces documents pour des raisons familiales ou personnelles. Aucun rapport indépendant ne vient appuyer les accusations brandies, mais ces annonces suffisent à créer un climat d’intimidation.
Dans ce contexte, nombreux sont ceux qui appellent à un regain de dignité nationale, rappelant que la qualification historique d’Haïti à la Coupe du monde 2026 prouve une fois de plus la valeur du pays et de son peuple.
Blocages structurels : le cercle vicieux de la pauvreté
La crise actuelle s’inscrit dans un ensemble de difficultés économiques profondes. Comme le rappellent Raymond Boudon et François Bourricaud, le cercle vicieux de la pauvreté repose sur une réalité persistante : faible productivité, faible revenu, incapacité d’épargne, absence d’investissement, stagnation économique.
Ce schéma ancien continue de freiner la capacité du pays à se développer durablement.
Transitions politiques sans résultat et insécurité persistante
Depuis l’assassinat du Président Jovenel Moïse en juillet 2021, Haïti enchaîne les transitions sans parvenir à organiser des élections. Le CPT, soutenu par des partenaires internationaux, n’a pas encore obtenu les résultats promis en matière de sécurité, de réformes institutionnelles et d’élections, comme le prévoyait l’accord du 4 avril 2024.
Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, au moins 2 680 personnes ont été tuées entre le 1er janvier et le 30 mai 2025, dont 54 enfants. Dans ce climat, l’organisation d’élections demeure incertaine.
Alors que le CEP a fixé la date du 30 août 2026 pour les prochaines élections, une question demeure :
Haïti aura-t-elle réellement les conditions nécessaires pour voter ?
Et surtout : que se passera-t-il le 7 février 2026 ?
Références
Boudon, R. & Bourricaud, F. (1990). _Dictionnaire critique de la sociologie._ Paris, France, Éditions PUF).
La constitution haïtienne de 1987 amendée ›https://share.google/J0G13QpWq1EZzgV5t/consulté le vendredi 28 novembre 2025.
(s.n). _L’accord du 4 avril 2024._ (s.l.) (s.m.é.).
La Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques › https://share.google/MYqjdQ5nqG4H7MZaT/consulté le vendredi 28 novembre 2025.
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