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Dans un pays où accéder à l’éducation est déjà un combat quotidien, de nombreuses élèves, en particulier des jeunes filles, doivent affronter un autre ennemi plus sournois : le harcèlement scolaire. Derrière les murs des établissements éducatifs haïtiens, des voix s’élèvent pour dénoncer les abus, les propos déplacés et les comportements inacceptables de certains enseignants. Un phénomène encore trop banalisé, mais qui laisse des cicatrices profondes.
En Haïti, l’éducation est souvent reléguée au second plan, aussi bien par l’État que par une partie de la population. Pourtant, malgré les défis économiques et sécuritaires, certains jeunes parviennent à boucler la fondamentale, le secondaire, et à poursuivre des études universitaires. Ce parcours, déjà semé d’embûches, est encore plus difficile pour les filles, qui doivent souvent affronter le harcèlement moral et sexuel à l’école.
Des professeurs en position d’abus
Le harcèlement scolaire, qu’il soit moral ou sexuel, est une réalité quotidienne pour de nombreuses élèves. Plusieurs jeunes témoignent de professeurs qui utilisent leur autorité pour manipuler et faire pression :
« Ou dwe pase pwofesè a si w vle pase matyè a »,
« Bèl timoun tankou w paka soufri pou nòt. Ou konn sa pou w fè. »
Ces paroles, répétées avec insistance, détruisent la confiance des jeunes filles, brouillent leurs repères, et brisent l’image que l’on devrait avoir d’un enseignant, celle d’un guide, d’un mentor, d’un professionnel.
Une jeunesse en quête de respect et de dignité
Le harcèlement scolaire ne s’arrête pas aux salles de classe. Il suit les victimes jusque dans leur quotidien, influençant leur estime d’elles-mêmes et leur vision de la réussite.
« On me dit que je suis intelligente, mais je sais que ce qui compte, c’est que je sois jolie. Ce n’est pas ce que je sais qui me fera avancer, mais ce que je suis prête à tolérer. », nous confie une élève.
Danise, une autre raconte une expérience marquante:
« Le 18 mai, pendant une activité à la mairie d’une commune dans le département de l’Ouest, un homme que je ne connaissais même pas m’a embrassée dans le cou. Ce genre de situations me pousse à vouloir maigrir, juste pour qu’on me laisse tranquille.»
Agir avant qu’il ne soit trop tard
Face à cette réalité accablante, les autorités éducatives, les responsables d’écoles et d’universités, ainsi que la société dans son ensemble, devraient réagir. Il est urgent de :
Sensibiliser les enseignants à leurs responsabilités éthiques et morales, mettre en place des mécanismes de signalement efficaces et sûrs, protéger les victimes et punir les agresseurs et revaloriser le rôle de l’école comme lieu de transmission du savoir, mais aussi du respect.
Le harcèlement scolaire est une violence invisible, mais dévastatrice. Il tue les rêves, fragilise l’avenir, et compromet la dignité d’une génération déjà vulnérable. L’école doit redevenir un lieu sûr, juste, et respectueux pour tous les enfants d’Haïti.
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