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L’annonce du non-renouvellement du Statut de Protection Temporaire (TPS) pour les ressortissantes et ressortissants haïtiens à partir du 3 février 2026 soulève une vague de panique et de réactions vives au sein de la diaspora. Cette décision de l’administration Donald J. Trump II s’inscrit dans une série de mesures migratoires plus restrictives, souvent jugées discriminatoires envers les populations du Tiers-Monde. Pourtant, le droit international reconnaît à toute personne la liberté de circulation et le droit de quitter tout pays, y compris le sien, tel que stipulé dans l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Un durcissement migratoire sans précédent
Depuis l’annonce faite à l’encontre des pays désormais considérés comme « non bienvenus », dont Haïti, plusieurs nouvelles mesures ont été adoptées. L’administration américaine a renforcé les contrôles liés à l’immigration clandestine, tout en annonçant la vérification systématique des cartes de résidence permanente (Green Card) pour tous les immigrants, quelle que soit la date d’obtention.Bien qu’Haïti soit qualifié pour la Coupe du monde 2026, seuls la délégation officielle et les détentrices et détenteurs de billets auront l’autorisation d’accès au territoire américain. Cette orientation va à l’encontre de la perspective globale et coordonnée que la question migratoire exige, comme le souligne Richard Perruchoud (2007).
Un programme vital pour plus de 330 000 Haïtiens
Selon les données officielles, plus de 330 000 Haïtiennes et Haïtiens bénéficient actuellement du TPS. Une grande partie d’entre eux sont inscrits depuis le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, période durant laquelle les États-Unis avaient accordé cette protection spéciale sous l’administration Obama. Le TPS, qui n’ouvre pas la voie à la citoyenneté, permet aux bénéficiaires de résider légalement sur le sol américain tout en disposant d’une autorisation de travail. Pour qu’un pays soit désigné éligible, il doit être confronté à un conflit armé continu, une catastrophe écologique ou épidémique, ou encore à des conditions extraordinaires et temporaires rendant le retour dangereux. Les désignations sont établies pour des périodes allant de six à dix-huit mois, avec la possibilité d’être prolongées en fonction de l’évolution des conditions.
L’absence de prolongation : un scénario redouté
Si l’administration américaine maintient sa décision, les bénéficiaires du TPS devront se préparer à organiser leur retour en Haïti. Ils seront invités à rassembler leurs documents de voyage et, idéalement, à quitter le territoire dans un délai pouvant aller jusqu’à six mois, même si la loi ne rend pas ce délai obligatoire. Celles et ceux qui resteraient au-delà de la date limite seraient alors considérés comme des personnes en situation irrégulière, perdraient le droit de travailler légalement et deviendraient susceptibles de faire l’objet d’une procédure de déportation.
La fin du TPS entraînerait des conséquences humaines et économiques majeures. De nombreuses familles risqueraient d’être séparées après plus de quinze années de vie aux États-Unis, alors que plus de 270 000 enfants nés sur le sol américain seraient directement concernés. L’économie haïtienne subirait également un choc important. Les transferts financiers envoyés par la diaspora représentent une part cruciale des ressources nationales. À titre d’exemple, en 2015, les envois de fonds en provenance des États-Unis s’élevaient à 1,3 milliard de dollars, soit environ 15 % du PIB haïtien.
Immigrés, émigrés, réfugiés : des distinctions essentielles
La compréhension de la situation migratoire nécessite également de clarifier certains concepts. Selon l’ONU, un immigré est une personne vivant dans un pays autre que celui où elle est née, tandis que l’émigré désigne cette même personne envisagée du point de vue de son pays d’origine. On distingue également les migrations volontaires des migrations forcées. Ces dernières concernent les individus contraints de se déplacer pour des raisons sécuritaires, environnementales ou politiques. Les demandeurs d’asile sont ceux qui franchissent une frontière à la recherche d’une protection internationale, conformément à la Convention de Genève de 1951. La Déclaration de Carthagène de 1984 élargit cette définition aux personnes fuyant la violence généralisée, les conflits internes ou les violations massives des droits humains.
Une lueur d’espoir : la démarche de la députée américaine Stacey E. Plaskett
Face à la situation dramatique en Haïti, marquée par la crise sécuritaire, la dégradation politique, les violences des groupes armés et les ravages de l’ouragan Melissa, la députée démocrate Stacey E. Plaskett a adressé en novembre 2025 une lettre à la Secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, afin de demander la prolongation immédiate du TPS au-delà de février 2026. Elle rappelle que les bénéficiaires haïtiens respectent scrupuleusement la loi américaine et contribuent de manière significative à l’économie, estimée à 4,4 milliards de dollars par an, tout en versant plus d’un milliard de dollars d’impôts fédéraux.
Quelles options pour les ressortissants haïtiens ?
À l’approche de la date fatidique, de nombreuses interrogations demeurent. Haïti, plongé dans une crise multidimensionnelle, sera-t-il en capacité d’accueillir plus de 330 000 citoyens de retour forcé, si l’administration américaine reste campée sur sa décision ? Les plus chanceux pourront-ils se tourner vers le Canada pour demander refuge ? Et certains couples, disposant du temps restant, auront-ils la possibilité de régulariser leur statut par le mariage ?
En attendant d’éventuelles bonnes nouvelles, des milliers de familles haïtiennes restent suspendues aux décisions de Washington.
BIBLIOGRAPHIE
—Lafleur, J.-M. & Marfouk, A. (2017). Pourquoi l’immigration ? Academia-L’Harmattan.
— Perruchoud, R. (2007). Glossaire de la migration. OIM.
— HCR (2018). Droit des réfugiés. IIDH.
— Justice for Immigrants : « Qu’est-ce que le TPS ? »
— American Immigration Council : « Temporary Protected Status Overview ».
— AlterPresse : « Les États-Unis annoncent la fin du TPS pour les Haïtiens ».
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