Haïti : une rentrée scolaire sous tension entre insécurité grandissante et crise économique

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À moins de deux semaines de la rentrée des classes, prévue pour le 1er octobre 2025, l’incertitude plane encore dans plusieurs foyers haïtiens. Entre insécurité persistante, précarité économique et manque de préparation logistique, l’année académique s’annonce déjà sous tension.

Malgré la situation délétère, le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) reste inflexible. À l’issue d’une réunion tenue la semaine dernière, les autorités ont réaffirmé leur volonté de maintenir la date de la réouverture des classes. Une décision jugée irréaliste par de nombreux acteurs du secteur éducatif, qui estiment que toutes les conditions sont loin d’être réunies pour garantir une rentrée dans la sérénité.

L’insécurité, un obstacle majeur

Alors que les gangs continuent d’étendre leur emprise sur de nombreux quartiers, y compris dans des zones proches des établissements scolaires. Des territoires entiers échappent au contrôle de l’État, plaçant élèves, parents et enseignants dans une situation de peur constante. Dans les quartiers de la capitale comme dans certaines villes de province, les familles vivent dans l’angoisse. L’insécurité règne en maître, et plusieurs zones sont passées sous le contrôle de groupes armés, rendant les déplacements risqués, voire impossibles. Pour beaucoup, envoyer leurs enfants à l’école revient à les exposer à des dangers quotidiens.

Des parents désarmés face à la crise économique

Parallèlement à la menace sécuritaire, la crise économique frappe de plein fouet les familles. À quelques jours de la rentrée, de nombreux parents n’ont toujours pas les moyens d’acheter les fournitures scolaires nécessaires sans parler des frais d’écolage, souvent en hausse. Les parents, déjà accablés par une économie déclinante, ne savent plus à quel saint se vouer. ” On ne sait plus à quel saint se vouer. On n’a même pas encore payé les frais de l’année dernière. Les bulletins de nos enfants sont toujours à la direction, faute de paiement”, confie une mère de famille, visiblement désemparée. La situation reste la même dans la majorité des familles. Un père, lui, avoue sans détour qu’il n’enverra pas ses enfants à l’école cette année, faute de moyens. Cette réalité s’étend à une grande majorité de familles haïtiennes.

Commerçants à perte, parents absents

La crise touche également le petit commerce, traditionnellement actif à l’approche de la rentrée. Marchands de fournitures scolaires et vendeurs de sacs se plaignent d’un effondrement de la demande. Habitués à voir affluer les parents en cette période de l’année, ils font aujourd’hui face à une baisse drastique de la demande. ” J’ai dû emprunter pour acheter des marchandises, mais les clients ne viennent pas comme avant “, témoigne une marchande de fournitures scolaires. « Il y a des années de cela, à cette période, on ne pouvait même pas respirer tellement il y avait de clients. Aujourd’hui, c’est le désert », se lamente un vendeur de sacs à dos au marché. L’incertitude freine les achats, et les stocks s’accumulent.

À Port-au-Prince, la situation demeure la même. Cette baisse de fréquentation dans les marchés, s’explique autant par la crise financière que par la peur. Les coups de feu, les kidnappings et les barricades improvisées découragent plus d’un parent à s’aventurer pour faire des achats.

Des écoles transformées en centres d’hébergement

À cela s’ajoute un autre problème majeur souvent passé sous silence : de nombreux établissements scolaires ne sont plus disponibles pour l’enseignement, car ils ont été réquisitionnés comme centres d’hébergement pour accueillir les milliers de déplacés internes ayant fui la violence des gangs.

Dans plusieurs zones, des familles entières vivent aujourd’hui dans des salles de classe, parfois sans eau, sans électricité ni conditions sanitaires dignes. Ces écoles transformées en abris d’urgence sont improvisées, surpeuplées et totalement inadaptées à la reprise des activités pédagogiques.

Cette réalité rend encore plus illusoire l’idée d’une rentrée généralisée sur tout le territoire. Dans certains cas, il n’y a tout simplement plus d’école pour accueillir les élèves.

Une rentrée maintenue, mais à quel prix ?

Face à cette réalité, la décision du MENFP de maintenir la rentrée scolaire le 1er octobre suscite de vives critiques. Nombreux sont ceux qui redoutent une reprise chaotique, voire impossible, dans les zones les plus touchées par la violence armée. Rappelons que, la majorité des établissements dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince et des zones qui se sont retrouvés sous l’emprise des groupes armés ont été contraints de fermer leurs portes en plein cœur de l’année académique antérieure en raison de la tension qui y régnait dans les zones. De nombreux établissements risquent de rester fermés, comme cela a été le cas l’année dernière. Le gouvernement peine toujours à rétablir l’ordre, malgré les efforts des forces de l’ordre nationales et la présence d’une mission multinationale de soutien à la sécurité. Si l’éducation reste un pilier fondamental, encore faut-il que les conditions minimales de sécurité et d’accessibilité soient garanties.

Dans ce contexte tendu, c’est la population qui continue de payer le prix fort. Une population lasse, meurtrie, et de plus en plus abandonnée à elle-même. Le droit à l’éducation, pourtant garanti par la Constitution, se heurte à une réalité marquée par la violence, la peur et la misère. Pendant que les autorités maintiennent le calendrier scolaire, beaucoup s’interrogent : quelles garanties seront offertes pour assurer la sécurité des élèves et des enseignants ? Et à quel prix ?

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