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Ce week-end, à la suite de l’opération menée par la Police nationale d’Haïti contre la base du chef de gang “Lanmò 100 Jou” à Croix-des-Bouquets, un nouvel épisode est venu confirmer une réalité douloureuse : ce ne sont plus les autorités légitimes qui imposent leur calendrier au pays, mais les groupes armés. Dans une courte vidéo devenue virale, Jimmy Chérizier, alias Barbecue, porte-parole de la coalition “Viv Ansanm”, a ordonné que personne ne prenne les rues de la capitale les lundi 17 et mardi 18 novembre 2025.
Lundi matin, Delmas, Pétion-Ville et plusieurs zones avoisinantes se sont réveillées sous un calme pesant, non pas parce que les autorités l’avaient décidé, mais parce que la population craignait les représailles. Écoles fermées, entreprises à l’arrêt, services publics paralysés : tout un pays obéissant à la voix d’un chef de gang, tandis que l’État observait, impuissant.
Par ailleurs, depuis plusieurs années, les deux plus grandes routes nationales du pays sont occupées par des groupes armés, transformant ces axes vitaux en zones de non-droit. Pendant que l’État, à travers la Direction Générale des Impôts (DGI), peine à collecter efficacement les impôts, les gangs, eux, ont installé leurs propres postes de péage, qui fonctionnent quotidiennement avec une efficacité redoutable. Ces structures illégales rapportent souvent plus que certaines succursales officielles de la DGI.
Cette réalité met à nu la faiblesse extrême de l’État haïtien, incapable d’assurer la sécurité minimale d’une population abandonnée à elle-même. Comment un gouvernement peut-il prétendre gouverner lorsqu’il n’a plus d’emprise sur le quotidien de plusieurs millions de citoyens, écrasés par la peur et livrés à des groupes armés qui dictent leur loi ?
La police, de son côté, est fragilisée, politisée et infiltrée. Même l’opération menée à Croix-des-Bouquets, que certains ont saluée comme un signe de sursaut, n’était pas le fruit d’une stratégie institutionnelle, mais plutôt une réaction à une attaque que le gang avait lancée contre un bourgeois influent, un certain Apaid. Lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts des puissants, l’État trouve des moyens ; lorsqu’il s’agit de protéger le peuple, c’est le silence et l’inaction qui dominent.
Si cette situation persiste, Haïti risque un effondrement total. Un pays ne peut survivre lorsque les criminels ont plus d’autorité que les dirigeants qui perçoivent chaque jour l’argent public pour assurer la sécurité collective. Le pouvoir est éclaté, le gouvernement règle ses affaires internes, et le peuple, lui, continue de payer le prix fort.
Haïti ne pourra se relever tant qu’une question fondamentale ne sera pas résolue : qui dirige réellement le pays ? Un gouvernement légitime ou des hommes armés qui imposent leur loi ? Tant que la réponse restera floue, l’avenir du pays demeurera plongé dans l’incertitude et la peur.
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