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En Haïti, particulièrement dans la région Ouest et Bas-Artibonite, le droit fondamental de vivre chez soi est désormais suspendu au bon vouloir des gangs armés. Depuis plusieurs mois, la capitale haïtienne vit au rythme des affrontements, des déplacements massifs et de l’insécurité. Dans plusieurs quartiers de la capitale et au-delà, ce ne sont plus les autorités qui dictent l’ordre ou assurent la sécurité, mais des chefs de gangs, devenus les arbitres d’une paix fragile et provisoire.
Depuis septembre 2025, les habitants de Delmas 19, de Carrefour de l’Aéroport, et bien avant eux ceux de Solino, Delmas 30 ou Nazon, ont enfin pu regagner leurs maisons. Pas grâce à une opération des forces de l’ordre, ni à une intervention de la mission multinationale de soutien à la sécurité, mais parce que les groupes armés ont donné le feu vert. ” On est retourné chez nous parce que les bandits ont dit qu’on pouvait “, témoigne un habitant sous couvert d’anonymat. ” On est contents d’être de retour, même si on n’a plus rien “, confie un habitant de Delmas 19.” Il ne reste que les murs. Ma maison a été brûlée, pillée, et mon quartier est devenu méconnaissable. Mais c’est chez moi “, ajoute-t-il.
D’autres n’ont retrouvé que des ruines, des décombres, ou dans certains cas, une simple photo épargnée au milieu des cendres. Certains quartiers sont aujourd’hui fantomatiques : maisons vides, rues silencieuses, et une peur omniprésente. Malgré tout, le retour est vécu comme un soulagement, une bouffée d’espoir dans un pays qui peine à respirer.
Dans un contexte où l’État semble absent, où la police nationale est débordée et où la force multinationale tarde à faire sentir sa présence concrète, les citoyens n’ont d’autre choix que de se tourner vers ceux qui occupent réellement le terrain : les gangs. Triste paradoxe, mais réalité quotidienne pour des millions d’Haïtiens.
Mais cette fragile accalmie reste une faveur accordée par ceux-là mêmes qui avaient forcé les départs. Pendant ce temps, dans d’autres zones comme Gressier, l’Artibonite ou certaines localités de la capitale, les déplacés dorment encore dehors, dans des espaces transformées en sites d’hébergement, chez des proches ou ont fui vers les villes de province. Les souffrances persistent, et l’incertitude domine.
La question devient pressante : jusqu’à quand le peuple haïtien devra-t-il se fier aux paroles des bandits plutôt qu’à celles des autorités au pouvoir ou imposées pour savoir s’il peut rentrer chez lui ? Peut-on encore parler de souveraineté lorsque le contrôle effectif du territoire échappe totalement à l’État ?
Depuis plus d’un an, ceux qui détiennent le pouvoir, sous diverses formes, n’ont pas réussi à instaurer un minimum de stabilité. Et le pays tout entier en paie le prix. Les rues sont désertées, les écoles fermées, malgré la rentrée scolaire était fixée au 1er octobre, l’économie paralysée, et la peur s’est installée dans les esprits.
Entre temps, les Haïtiens n’attendent pas des miracles, ils veulent simplement pouvoir vivre sans craindre pour leur vie, pouvoir circuler librement sur leur propre sol, pouvoir rentrer chez eux… sans devoir d’abord obtenir la permission d’un gang.
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