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Selon l’Organisation des Nations Unies (ONU), entre 10 et 80 personnes ont été tuées dans une attaque menée par le gang « Gran Grif » dans la nuit du samedi 28 au dimanche 29 mars 2026, dans la localité de Jean-Denis, Petite-Rivière de l’Artibonite.
Au cours de leur passage, les assaillants ont incendié plusieurs habitations et coupé les voies d’accès menant à la zone, empêchant l’intervention rapide des forces de l’ordre et l’arrivée de renforts.
Ce récent drame n’est pas un cas isolé. Le 3 octobre 2024, le même gang avait massacré plus de 70 civils, forçant des centaines d’autres à quitter leurs maisons. Jusqu’à présent, personne n’a été arrêté ou jugé pour cet acte barbare, alors que certaines autorités continuent de grossir leurs comptes en banque et de jouer avec le pouvoir comme un ballon de foot.
La situation n’était pas encore critique dans la région en début 2024 lorsque les forces kényanes se préparaient à leur mission en Haïti. Alors que la Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MMSS), dirigée par le Kenya, était censée aider à rétablir l’ordre et neutraliser les gangs, la situation est devenue de plus en plus grave depuis leur arrivée. En réalité, plusieurs s’interrogent sur les véritables motivations de ce déploiement, certains allant jusqu’à évoquer un possible blanchiment d’argent sous couvert d’opérations de sécurité.
Comme il y a deux ans, les gangs gardent toujours leur position à Port-au-Prince et dans ses environs, contrôlant environ 80% du territoire. Une situation qui rend l’action de l’État presque symbolique et incapable de protéger sa population.
Les données du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) illustrent l’ampleur alarmante de la crise. En 2024, 5 601 personnes ont été tuées, plus de 2 200 blessées, au moins 1 494 enlèvements, et plus de 1,3 million de déplacés internes.
En 2025, 5 915 meurtres, 2 708 blessés et environ 1,4 million de déplacés internes ont été recensés. Loin de s’atténuer, l’insécurité s’installe durablement, s’imposant comme une crise structurelle qui fragilise profondément la société haïtienne et bouleverse le quotidien de millions de citoyens.
Face à l’échec de la mission kényane, une nouvelle initiative est en préparation : la Force de répression des gangs (FRG), soutenue par l’ONU et certains partenaires internationaux. Cette force devrait inclure plusieurs contingents étrangers, notamment des troupes tchadiennes annoncées pour les prochains mois. Présentée comme plus offensive, cette mission ayant déjà ses responsables en Haïti depuis le 1er avril, vise à mener des opérations directes contre les groupes armés. Toutefois, de nombreuses interrogations persistent quant à ses chances de succès.
Car, les défis structurels restent les mêmes : terrain complexe, gangs lourdement armés, absence de renseignement efficace et faiblesse des institutions locales risquent de reproduire les mêmes limites observées avec le contingent kényan.
Par ailleurs, le risque politique est majeur : sans une volonté claire des autorités haïtiennes de reconstruire l’appareil sécuritaire et judiciaire, toute intervention étrangère pourrait se heurter à un vide institutionnel. D’ailleurs, certains experts soulignent que cette nouvelle force pourrait être perçue comme une solution temporaire, voire une réponse internationale déconnectée des réalités locales.
Toutefois, face à une telle réalité, si les autorités ne font rien pour freiner le phénomène du banditisme et de l’insécurité progressivement, la répétition de ces tragédies ne pourra plus être attribuée uniquement à la puissance des gangs, mais bien à la négligence persistante de l’État haïtien. En laissant s’installer l’impunité, en tardant à intervenir et en échouant à protéger ses citoyens.
De Pont-Sondé à Jean-Denis, ce n’est pas seulement l’horreur des attaques qui choque, mais surtout l’absence de réponses à la hauteur, comme si ces vies perdues ne suffisaient pas à provoquer un sursaut national. À force d’inaction, l’État risque de se rendre complice par défaut d’un chaos qu’il n’arrive plus à contenir, ni même à affronter.
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