![]()
Face à la montée vertigineuse de l’insécurité dans la capitale haïtienne, de plus en plus de citoyens prennent la route de l’exil intérieur. Des milliers de familles quittent Port-au-Prince pour se réfugier dans les villes de province, bouleversant l’équilibre socio-économique et mettant à l’épreuve les ressources locales.
Une capitale abandonnée aux gangs
Depuis plusieurs années, Port-au-Prince vit au rythme des rafales de fusils automatiques et des affrontements entre gangs rivaux. Ce climat de terreur s’est aggravé au point de paralyser totalement plusieurs quartiers, notamment Carrefour-Feuilles, Delmas 24, Solino, ou encore Martissant. Des dizaines de milliers de résidents n’ont eu d’autre choix que de fuir leurs maisons pour échapper à la violence.
L’exode des habitants de la capitale est devenu massif, transformant les gares routières en zones de détresse humaine. Beaucoup partent avec peu ou pas de bagages, espérant trouver refuge chez des proches en province ou simplement échapper à la mort. Selon les chiffres du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), plus de 362 000 personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays à cause de la violence armée, rien que pour l’année 2024.
Un accueil difficile dans les villes de province
Les villes de province, relativement plus stables, apparaissent comme des havres de paix. Jérémie, Les Cayes, Jacmel, Hinche, Cap-Haïtien ou encore Ouanaminthe voient arriver chaque semaine de nouveaux habitants fuyant la capitale. Si cet afflux renforce parfois la main-d’œuvre ou stimule certaines petites économies locales (transport, location, alimentation), il engendre aussi de sérieuses tensions.
Les infrastructures locales ne sont pas préparées à absorber une telle pression démographique. Les hôpitaux, déjà sous-dotés, peinent à répondre à la demande. Les écoles voient leurs effectifs bondir, sans moyens supplémentaires pour encadrer cette nouvelle population scolaire. Sur le marché du logement, les loyers explosent, rendant l’accès à un toit de plus en plus difficile pour les familles locales.
Le ressentiment grandit dans certaines communautés rurales où les nouveaux arrivants sont parfois vus comme des intrus. On leur reproche d’occuper les terres, de faire grimper les prix, ou encore d’introduire une insécurité latente. Ce rejet social fragilise la cohésion et alimente de nouvelles formes de discrimination territoriale.
Vers une réorganisation du pays ?
Ce déplacement interne massif pourrait à long terme changer la géographie humaine d’Haïti. Certaines villes connaissent une urbanisation accélérée et parfois chaotique, avec la construction de logements précaires en périphérie. Des quartiers entiers poussent sans planification, recréant ailleurs les mêmes conditions d’exclusion qui sévissent à Port-au-Prince.
En parallèle, les autorités locales sont dépassées par l’ampleur du phénomène. Très peu de mairies disposent de fonds pour intégrer ces déplacés internes. L’État central, quant à lui, reste paralysé, souvent incapable d’intervenir dans les zones contrôlées par les gangs.
Cependant, certains y voient une opportunité historique : celle de repenser l’aménagement du territoire haïtien. La surconcentration de la population à Port-au-Prince a longtemps été un frein au développement équilibré du pays. Cette redistribution forcée pourrait, avec un accompagnement stratégique, favoriser l’essor des villes secondaires.
Mais à court terme, l’urgence reste humanitaire. Tant que l’insécurité règne à Port-au-Prince, l’exode va continuer. Et avec lui, les villes de province continueront à porter, souvent seules, le fardeau d’une crise nationale.
About The Author
En savoir plus sur Top Média Haïti
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

