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Au 17e jour de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, le détroit d’Ormuz demeure bloqué par Téhéran. Cette voie maritime stratégique, par laquelle transite environ un cinquième du pétrole mondial, est aujourd’hui au cœur d’une crise internationale majeure. Face à cette situation, le président américain Donald Trump appelle ses alliés à contribuer à la sécurisation du passage maritime, mais plusieurs pays refusent de s’engager.
Le 2 mars, en réponse aux frappes américano-israéliennes contre l’Iran, Téhéran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, passage clé reliant le golfe Persique à l’océan Indien. Depuis, la guerre a transformé cette zone en véritable théâtre d’affrontements maritimes.
Dimanche, le 45e et 47e président des États-Unis a exhorté ses alliés à participer à une coalition internationale pour sécuriser la zone. L’Iran, qui affirme avoir été la principale victime du conflit après la mort de son guide suprême Ali Khamenei dès le premier jour des hostilités le 28 février, ainsi que celle d’une quarantaine de dirigeants, a mis en garde contre toute implication d’autres pays dans cette guerre qui embrase le Moyen-Orient et fait grimper les prix du pétrole.
Dans une interview accordée au Financial Times, Donald Trump a averti que l’OTAN pourrait connaître un avenir « très mauvais » si ses membres refusent d’aider les États-Unis à rouvrir le détroit d’Ormuz. « S’il n’y a pas de réponse à la requête américaine, ou si celle-ci est négative, je pense que cela aura des conséquences très mauvaises pour l’avenir de l’OTAN », a-t-il déclaré.
Le président américain a également évoqué la Chine, estimant que Pékin devrait contribuer à l’effort international. Il a même prévenu que son sommet prévu début avril avec le président chinois Xi Jinping pourrait être reporté si la Chine ne participait pas aux discussions.
Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages maritimes les plus stratégiques au monde. Situé entre l’Iran au nord et les Émirats arabes unis ainsi qu’Oman au sud, il représente un point clé du commerce énergétique mondial.
Environ un quart du pétrole mondial et près d’un cinquième du gaz naturel liquéfié y transitent chaque année. Son blocage provoque un choc majeur sur le commerce maritime et menace de nombreux secteurs industriels.
Cette route permet notamment l’exportation de pétrole et de gaz des pays du Golfe. Elle est aussi essentielle pour les échanges régionaux, notamment vers le port de Port de Jebel Ali à Dubaï, l’un des principaux hubs logistiques du monde.
La vice-présidente de l’union TLF, Anne-Sophie Fribourg, explique que ce port sert de plateforme de redistribution vers plusieurs pays d’Afrique de l’Est et d’Asie. « À Jebel Ali, les porte-conteneurs sont déchargés sur des bateaux plus petits à destination de nombreux ports régionaux », précise-t-elle.
Pour sécuriser le détroit, Donald Trump souhaite former une coalition incluant notamment la France, la Chine, le Japon, le Royaume-Uni ou encore la Corée du Sud.
Selon l’historien militaire Guillaume Lasconjarias, professeur associé à la Sorbonne, cet appel ne doit pas être interprété comme un appel au secours mais plutôt comme une tentative de partager le fardeau stratégique.
« Les États-Unis ont, avec Israël, frappé largement l’Iran, mais ils se retrouvent aujourd’hui face à une situation plus compliquée que prévu », explique-t-il, soulignant que sécuriser le détroit d’Ormuz est bien plus difficile que ce qui avait été anticipé.
L’expert note également que plusieurs pays sollicités ont déjà décliné la demande américaine, notamment l’Australie et le Japon. « Cela montre que lorsqu’un pays n’est pas associé aux décisions initiales, il est plus réticent à supporter les coûts d’une opération », ajoute-t-il.
Toutefois, l’historien estime qu’une fermeture totale du détroit reste incertaine et que des négociations avec les Gardiens de la révolution iraniens pourraient encore permettre de réduire les tensions.
Le 16 mars 2026, le ministre japonais de la Défense, Shinjiro Koizumi, a indiqué que son pays n’envisageait pas d’envoyer de forces dans la région, rappelant que la Constitution pacifique de 1947 limite fortement les interventions militaires japonaises.
La Première ministre Sanae Takaichi a également souligné que toute opération de sécurité maritime serait « extrêmement difficile juridiquement ».
De son côté, la ministre australienne des Transports Catherine King a affirmé que son pays n’enverrait aucun navire dans le détroit.
Au Royaume-Uni, le Premier ministre Keir Starmer a déclaré travailler avec ses partenaires pour élaborer « un plan crédible » visant à garantir la reprise de la navigation dans la zone.
En Allemagne, le porte-parole du chancelier Friedrich Merz, Stefan Kornelius, a rappelé que « cette guerre n’a rien à voir avec l’OTAN », soulignant que l’alliance atlantique reste avant tout une organisation de défense territoriale.
Pour sa part, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a indiqué que l’Union européenne envisageait d’utiliser la mission navale Aspides pour protéger le trafic maritime dans la région.
La fermeture du détroit d’Ormuz pourrait avoir des conséquences importantes sur l’économie mondiale.
Le prix du pétrole a déjà franchi la barre des 100 dollars le baril, alimentant les craintes d’une nouvelle poussée inflationniste.
Selon les experts, près de 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde transitent par ce passage maritime.
Le professeur Miloud Chennoufi souligne que les pays du Golfe exportent également de nombreux produits dérivés du pétrole, comme les engrais et les plastiques, tout en important une grande quantité de biens de consommation.
De son côté, l’économiste Florian Mayneris estime que l’impact mondial concernera principalement l’énergie, car le reste du commerce maritime qui traverse la zone demeure surtout régional.
Enfin, le spécialiste en énergie Yvan Cliche rappelle que la planète consomme environ 105 millions de barils de pétrole par jour. Selon lui, l’augmentation des prix a été partiellement atténuée par les réserves disponibles sur le marché et par les stocks libérés par l’Agence internationale de l’énergie.
Cependant, si la crise devait se prolonger, les experts s’accordent à dire que les prix de l’énergie pourraient rester durablement plus élevés.
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