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La commune de Liancourt, dans le département de l’Artibonite, s’est réveillée une fois de plus sous le choc, ce 22 juillet 2025, après l’annonce de la mort brutale de trois policiers.
Exécutés lors d’une opération, ces agents ont été froidement abattus, leurs corps mutilés, dévêtus et exposés sur les réseaux sociaux dans une mise en scène macabre. Une humiliation publique qui dépasse la simple barbarie et envoie un message glaçant : dans cette partie du pays, les armes illégales dictent leur loi, et l’État ne répond plus.
Selon les premières informations disponibles, les policiers menaient une mission pour reprendre une zone stratégique contrôlée par des hommes lourdement armés. Pris en embuscade, sans renforts adéquats, ils sont tombés sous les balles des assaillants. Les images circulant sur les réseaux sociaux témoignent d’une cruauté extrême et d’une volonté d’humilier l’institution policière dans son ensemble.
Une tragédie qui rappelle un massacre oublié : janvier 2023
Ce drame n’est pas un cas isolé. En janvier 2023, six policiers avaient déjà été tués dans la même commune de Liancourt, attaqués en plein service par les gangs armés de Savien. À l’époque déjà, les corps avaient été profanés, mutilés, exposés, sans que des mesures concrètes ne soient prises ensuite. Cette répétition honteuse soulève une question angoissante : combien de morts faudra-t-il encore pour que l’État agisse réellement ?
Une réponse étatique toujours insuffisante, malgré la force multinationale
Malgré les promesses, malgré l’arrivée en juin 2024 d’une force multinationale censée appuyer la sécurité, la vallée de l’Artibonite reste livrée à elle-même. Des localités entières sont sous l’emprise de gangs lourdement armés, qui érigent des barrages, exécutent, rançonnent et déplacent les habitants à volonté.
La présence de forces internationales n’a, jusqu’ici, pas permis de reprendre le contrôle effectif du territoire, ni de garantir la sécurité de la population et des policiers. Pendant ce temps, les gangs étendent leur territoire et leur emprise sur les zones agricoles, commerciales et résidentielles.
Un bilan humain effroyable dans l’Artibonite
Les chiffres sont alarmants. Selon les données des Nations Unies :
2023 : Près de 5 000 personnes ont été tuées à travers Haïti, dont un grand nombre dans la vallée de l’Artibonite.
2024 : Au moins 5 601 morts, 2 212 blessés et 1 494 enlèvements ont été recensés dans tout le pays, une part importante concentrée dans le Bas et le Centre-Artibonite.
Janvier à mai 2025 : Plus de 2 680 personnes tuées, et plus de 1 000 décès, 213 blessés et 620 kidnappings uniquement dans la région centrale, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.
Ces chiffres ne sont pas de simples statistiques. Ce sont des vies brisées, des familles détruites, des policiers sacrifiés dans l’indifférence.
Jusqu’où faudra-t-il descendre ?
À chaque nouvelle attaque, à chaque nouvel assassinat, à chaque nouvelle vidéo d’humiliation postée sur les réseaux sociaux, la République recule d’un pas. La mort de ces trois policiers n’est pas un fait divers : c’est un nouveau symbole d’un État absent, d’un appareil sécuritaire à genoux, d’un peuple abandonné à la terreur.
Tant que les décisions politiques ne seront pas suivies d’actions fermes sur le terrain, tant que la force multinationale ne fera que patrouiller sans impact réel, tant que les criminels seront plus organisés que les institutions, le pays sombrera davantage dans le chaos.
Les policiers tombés à Liancourt défendaient un territoire qu’ils ne reconnaissaient déjà plus. Leur sacrifice appelle à une action urgente, concrète, et déterminée. Sinon, les pages suivantes de l’histoire haïtienne risquent d’être écrites en lettres de sang.
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