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Le magistrat français Nicolas Guillou est, à ce jour, le dernier juge de la Cour pénale internationale à avoir été sanctionné par les États-Unis. Comme plusieurs de ses collègues, il est visé pour avoir participé à l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Face à cette situation, le président français Emmanuel Macron aurait adressé une lettre à son homologue américain Donald Trump afin de demander la levée de ces sanctions.
Les mesures imposées par Washington ont des conséquences lourdes pour Nicolas Guillou, qui se retrouve exclu de nombreux services bancaires et numériques. Le juge considère que cette situation révèle une dépendance structurelle de l’Europe vis-à-vis des grandes entreprises américaines. Selon lui, ces sanctions constituent une menace directe pour l’État de droit et traduisent une volonté de remise en cause des mécanismes internationaux visant à garantir la justice pour les crimes les plus graves.
La Cour pénale internationale trouve son origine dans les tribunaux instaurés après la Seconde Guerre mondiale, notamment lors des procès de Nuremberg. Elle a rendu son premier jugement en 2012 en condamnant le chef de milice congolais Thomas Lubanga à 14 ans de prison pour crimes de guerre. Aujourd’hui, la Cour est reconnue par 125 États, siège à La Haye et est composée de 18 juges élus pour un mandat de neuf ans non renouvelable. Toutefois, son champ d’action reste limité, car elle ne peut juger que les crimes les plus graves, notamment les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, le génocide et les crimes d’agression, et dépend largement de la coopération des États pour faire appliquer ses décisions.
Le 21 novembre 2024, la CPI a émis un mandat d’arrêt contre Benjamin Netanyahou ainsi que contre son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre présumés. Cette décision a été vivement contestée par les États-Unis, qui estiment que la Cour n’a aucune compétence sur Israël, ce pays n’ayant pas ratifié le Statut de Rome.
Les sanctions américaines reposent sur un décret signé par Donald Trump en février 2025. Elles comprennent notamment l’interdiction d’entrée sur le territoire américain pour les juges et leurs familles, le gel de leurs avoirs aux États-Unis ainsi que l’interdiction pour les entreprises de leur fournir des services. En pratique, ces mesures ont un impact mondial, notamment dans les secteurs bancaire et numérique, dominés par des entreprises américaines, ce qui rend leur application particulièrement contraignante.
Dans plusieurs interventions médiatiques, Nicolas Guillou a dénoncé une attaque contre la justice internationale. Il évoque des situations concrètes illustrant ces restrictions, notamment l’annulation de services ou des difficultés liées à l’utilisation de moyens de paiement. Pour lui, ces sanctions dépassent largement son cas personnel et visent directement le fonctionnement même de la justice internationale.
Le magistrat alerte également sur la dépendance de l’Europe aux systèmes financiers américains, notamment à travers les réseaux de paiement comme Visa et Mastercard. Il appelle ainsi au développement d’alternatives, notamment un euro numérique, afin de garantir une véritable souveraineté économique et financière.
Cette affaire met en lumière les limites de la justice pénale internationale. L’absence de grandes puissances comme les États-Unis, la Chine ou la Russie dans le système de la CPI, ainsi que le manque de mécanismes contraignants pour faire exécuter ses décisions, fragilisent son action. Malgré ces difficultés, Nicolas Guillou appelle à maintenir la confiance dans les institutions internationales, qu’il considère comme essentielles pour garantir une justice équitable à l’échelle mondiale.
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