Patient receiving bad news, She is desperate and crying, Doctor support and comforting her patient with sympathy. Don't worry, this medical test is not so bad
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En Haïti, la consultation psychologique demeure largement incomprise et marginalisée. Dans l’imaginaire collectif, consulter un psychologue signifie souvent qu’on est « en état de démence ». Pourtant, dans un pays où s’entremêlent pressions économiques, insécurité permanente et stress social intense, chaque citoyen aurait intérêt à bénéficier, au moins une fois par mois, d’un accompagnement en santé mentale.
Dans ce contexte, Widelina Prévil, mémorante en psychologie au Campus Henry Christophe de Limonade, nous a accordé un entretien afin d’éclairer la situation actuelle.
« La santé mentale en Haïti a toujours été considérée comme un domaine réservé aux élites », explique-t-elle. « Pendant longtemps, seuls les classes aisées et les milieux mulâtres y avaient accès. La majorité de la population, environ 95 %, n’avait ni l’information ni les moyens. »
Elle précise que même la santé physique, bien qu’un peu mieux comprise, est encore affectée par des croyances culturelles profondément ancrées. Beaucoup de maladies sont attribuées à des forces mystiques ou surnaturelles, plutôt qu’à des causes médicales. « Tout est interprété à travers la magie, le destin ou la volonté divine, et rarement sous l’angle de la science », ajoute-t-elle.
Le séisme du 12 janvier 2010 a constitué un tournant majeur dans l’appropriation du concept de traumatisme psychologique. Des milliers de personnes ont été confrontées à des pertes et à des scènes d’horreur. Cet événement a permis de vulgariser, au sein du discours social, la notion de choc émotionnel. Mais malgré ce progrès, les préjugés restent tenaces et la santé mentale demeure un secteur négligé.
Pour Widelina Prévil, des actions concrètes peuvent changer la donne :
« Il faut mener des campagnes de sensibilisation à grande échelle afin d’éduquer la population. Nous avons déjà observé des résultats positifs grâce à certaines activités réalisées en partenariat avec MediCenter, qui ont encouragé de nombreuses personnes à consulter des psychologues. »
Cependant, un obstacle majeur persiste : le coût des consultations. La majorité de la population n’a pas les moyens de s’offrir un suivi psychologique. Elle appelle donc l’État haïtien à intégrer la santé mentale dans les hôpitaux publics et à créer des centres communautaires accessibles.
En lien avec la crise humanitaire actuelle, la psychologue en formation attire également l’attention sur la situation des Personnes Déplacées Internes (PDI). Originaire de Mirebalais, elle rapporte que plusieurs déplacés y seraient morts subitement, sans explication médicale claire.
« On oublie souvent l’impact psychologique du déracinement brutal, du stress continu, de la perte de repères. Ces décès ne sont pas seulement physiques, ils ont aussi un lien mental. »
Elle conclut en soulignant le rôle crucial que doivent jouer les psychologues aujourd’hui : renforcer la résilience collective, plaider pour une meilleure prise en charge de la santé mentale, et alerter sur la gravité de la crise humanitaire.
Mais, rappelle-t-elle, « renforcer la résilience ne suffit pas si les conditions sociales, politiques et économiques restent inchangées. La santé mentale d’un peuple dépend directement du milieu dans lequel il vit. »
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